Le projet de Pau
01net.
le 17/01/03 à 00h00
' Capitale du Béarn, patrie de Henri IV, ville anglaise, Pau a les atouts d'une ville jardin et les projets d'une métropole du XXIe siècle. ' C'est ainsi que la localité de Pau et son
sénateur-maire, André Labarrère, accueillent les visiteurs sur leur site web. A peine quelques lignes de plus suffisent pour que soit évoqué le projet qui justifie la deuxième facette de la cité paloise, estampillée du sceau du
XXIe siècle. Le Pau Broadband Country (PBC), dont l'appellation anglo-saxonne dénote à elle seule l'ambition, vise à relier les habitants et les entreprises de l'agglomération à une infrastructure à très haut débit.
' Aujourd'hui, nous ne disposons, au mieux, que d'un accès ADSL, explique Jean-Pierre Jambes, directeur du développement et des partenariats pour la ville de Pau. Ce qui est loin d'être suffisant
pour les usages sur lesquels nous travaillons. Nous voulons au moins dix fois plus. Entre 5 et 10 Mbit/s en résidentiel, et bien davantage en entreprise afin de fournir aux usagers le confortindispensable pour de nouveaux cycles
de contenus. '
D'autant que c'est bel et bien sur ce contenu et sur les usages que la réflexion menée par l'agglomération se concentre, avant même l'infrastructure. Jean-Pierre Jambes évoque les jeux en ligne et la vidéo à la demande, sans temps de
latence. Mais aussi l'accès, pour les citoyens, aux procédures en ligne. Sans oublier la possibilité en particulier pour les nombreuses firmes régionales des secteurs de la 3D et de la réalité virtuelle de transférer leurs réalisations sans
difficulté d'accès ni délais rédhibitoires. Des ambitions qui font du PBC un projet quasi unique en Europe.
Un budget de 35 millions d'euros
Quelques briques sont d'ores et déjà en place. ' La création d'un pôle formation avance bien ', se félicite Jean-Pierre Jambes. Dès janvier, s'ouvre ainsi l'initiative originale de la Foundry, qui
formera des équipes de création d'entreprises de contenu. Et, en septembre, l'Eisti (Ecole internationale des sciences du traitement de l'information), sise à Cergy-Pontoise, inaugurera une antenne locale.
' Mais l'e-administration génère un travail plus lourd, note le directeur du développement et des partenariats. Nous définissons le cahier des charges et les demandes des usagers de
l'Administration ; nous travaillons également sur l'e-santé avec l'hôpital de Pau. Du côté des entreprises, les modèles économiques restent à préciser. Même si cela avance aussi très vite. Des bouquets de services sont à l'étude, avec de la vidéo,
du jeu et de la web TV pour le grand public, ainsi que de la sécurité informatique, voire du back up en ligne, pour les entreprises. Il existe des projets de voix sur IP et de visiophonie, ainsi que d'ingénierie simultanée. Cette dernière est très
prisée en particulier par l'industrie aéronautique, fortement présente dans notre région. Enfin, en matière d'éducation, nous établissons des partenariats, par exemple sur des solutions de présentiels asynchrones. '
Autre étape concrète : afin de donner une visibilité au projet, un plateau d'environ 8 000 mètres carrés vient d'être aménagé. Il accueillera les entreprises impliquées tant dans le contenu que dans les technologies à haut débit. Du
côté de l'infrastructure comme pour le reste, Jean-Pierre Jambes reste prudent. ' Nous inaugurerons le haut débit dans la ville proprement dite en septembre prochain. Cela concernera essentiellement les sociétés et un premier panel
de trois mille cinq cents habitants. Si nous réussissons, c'est entre trente-cinq mille et cinquante mille prises qui seront allumées en trois ans sur l'ensemble de l'agglomération, ses quatorze communes et ses cent cinquante mille habitants.
'
Mais le projet n'en est qu'à ses débuts. Même si la ville a décidé, depuis déjà plus de deux ans, d'effectuer ce pas en avant en matière de haut débit. Le véritable signal de départ a été donné par le vote d'un budget de 35 millions
d'euros fin 2002. D'autres financements émanant d'institutions régionales devraient les compléter. Des organisations comme l'Agence française de l'innovation (Anvar) ou la Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement
(Drire) seront aussi parties prenantes à moindre échelle.
Objectif : développer l'économie locale
La maîtrise d'ouvrage du projet incombe naturellement à l'agglomération, à travers une équipe d'une vingtaine de personnes. Outre Jean-Pierre Jambes, deux autres co-organisateurs chapeautent l'ensemble : Gérard Fauveau, directeur
informatique de l'agglomération, tient le rôle de responsable technique, et Jean-Michel Billaut, ancien président de l'Atelier (cellule de veille de BNP Paribas), conseille la ville.
Les membres de l'équipe se répartissent des fonctions variées de l'étude des paramètres juridiques à celle du contenu (sept personnes), en passant par le système d'information, les études clientèle, le réseau optique, l'extranet et
les outils coopératifs, les relations publiques internationales, ou encore l'e-administration.
En réalité, toutefois, l'équipe est bien plus importante, car, localement, tout le monde s'est investi. La municipalité, bien sûr, mais aussi les entreprises. Le Pôle e-business Sud-Aquitaine, qui réunit trente-cinq SSII régionales,
et l'important prestataire palois Heliantis sont naturellement de la partie. C'est aussi le cas de sociétés plus modestes, comme Eikonex pour le logiciel libre. Du côté de l'éducation, le Club du e-learning s'est engagé, de même que l'Ecole
supérieure de commerce de Pau et l'Afpa (Association nationale pour la formation professionnelle des adultes). Car les ambitions premières de ce projet concernent bel et bien le développement économique local.
Il s'agit, bien sûr, de fournir à tous les Palois l'accès aux applications internet du futur, mais en permettant en priorité aux entreprises locales de réaliser du contenu à valeur ajoutée ou de participer au développement des
infrastructures. Le PBC pourrait aller jusqu'à transformer l'essai en attirant sur son territoire des sociétés extérieures.
Un projet qui rallie des grands acteurs du marché
D'ores et déjà, et même s'ils ne s'installent pas encore au pied des Pyrénées, les plus grands acteurs du marché ont répondu présent. Tous ont engagé des ressources humaines de haut niveau, tant sur le plan du conseil et de
l'organisation que sur le plan purement technique. Le PBC s'attire ainsi des compétences internationales indispensables et des noms reconnus, qui lui donnent une visibilité allant bien au-delà de la région. Les fournisseurs, quant à eux, trouvent
dans la future plate-forme une vitrine pour démontrer les possibilités de leurs technologies.
D'une voix unanime, ils apprécient également le rapprochement des secteurs public et privé, qu'ils ont rarement rencontré ailleurs et qui leur fournit un terrain d'expérimentation quasi unique. Logiquement, Microsoft propose son
savoir-faire en ingénierie logicielle, mais aussi du conseil sur la génération de revenus en particulier sur des applications de diffusion multimédia, de mobilité, ou tournées vers le citoyen. Cisco s'investit dans le partage de la compréhension
des enjeux, des modèles économiques et juridiques, qu'il a glanée au cours de nombreux projets du même type autour du monde.
De son côté, Intel met l'accent sur le credo quune infrastructure à haut débit réussie doit être multiforme : fibre, GPRS, Wi-Fi, etc. Et il se concentre plus particulièrement sur le sans-fil. IBM, enfin, devrait travailler sur des
expériences de back up à distance et le soutien technologique aux PME.
Tous les ingrédients semblent donc réunis pour que le PBC réussisse. Reste à savoir si, au pays de la bonne chère, les nombreux et si différents acteurs du projet sauront trouver la bonne recette.