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En route pour la Silicon Valley

Partir travailler dans le temple de la high-tech attire toujours les Français. Mais le départ doit être bien préparé. Premier réflexe, obtenir un visa.

La Silicon Valley fait encore rêver ! Même si la situation est plus dure qu'à la fin des années 90, où l'on embauchait à tour de bras dans l'informatique, ' elle continue d'offrir des opportunités, notamment aux jeunes entrepreneurs ', confie Ale Gicqueau, le patron d'Interfrench, réseau francophone qui rassemble 5 000 professionnels de la high-tech travaillant dans la Silicon Valley (contre 160 inscrits en 2001). Ils seraient à peu près 30 000 Français dans la seule Bay Area, selon une étude de la mission économique de San Francisco datée de février 2004.
Mais contrairement à d'autres communautés, nos compatriotes sont très éparpillés. Avec une forte proportion d'ingénieurs dans les domaines du logiciel, des télécoms et des biotechnologies. ' Ils travaillent surtout dans des sociétés américaines, car très peu de filiales d'entreprises françaises ont réussi dans la high-tech à part Ilog, Infograme et Business Objects ', précise Ale Gicqueau.

La course au sésame

Quels que soient leurs projets, les Français qui veulent s'expatrier dans la Silicon Valley doivent préparer leur voyage. Premier réflexe : obtenir un visa pour les Etats-Unis. Seuls les plus motivés et les plus patients s'en sortent ! La plupart du temps, ceux dont l'expérience professionnelle est encore limitée commencent par se doter d'un visa J1 (catégorie ' trainee '). Leur séjour peut alors durer de un à dix-huit mois, à condition d'avoir trouvé un recruteur sur place.
Pour obtenir un visa H1B (pour trois ans, renouvelable une fois), il faut absolument être diplômé de l'enseignement supérieur. Mais il n'est pas rare de croiser en Californie des Français chanceux qui ont gagné leur carte de séjour à la loterie américaine !
Mais pour décrocher un emploi avant de partir, la meilleure carte à jouer reste le réseau. Il en existe 200 (spécialisés, par exemple, par catégorie professionnelle). Glaner des informations et des contacts sur leur site est souvent fructueux. A savoir aussi : la chambre de commerce franco-américaine de San Francisco (FACCSF) propose gratuitement sur son site des offres d'emploi, des informations et des conseils pour aborder le marché américain. Elle vend également une liste des sociétés américaines qui recrutent des Français.

Le choc des cultures

Autre point crucial, la connaissance du pays. Les expatriés ont trop souvent l'impression de connaître les Etats-Unis. Pourtant, les différences culturelles sont importantes. Et plus encore dans la Silicon Valley, où tout est centré autour du travail et de l'argent ! Selon Ale Jicqueau, après avoir d'abord idéalisé ce lieu, nombre de Français ressentent un manque émotionnel. Pour s'y préparer, des stages interculturels, proposés avant le départ, aident à mieux appréhender les habitudes des Américains. Des professionnels en free lance qui ont vécu plusieurs années aux Etats-Unis se sont spécialisés dans le ' coaching interculturel ', comme Nathalie Monsaint, par ailleurs professeur en management interculturel.
Reste la gestion du retour ! La plupart des expatriés revenus en France ont du mal à entrer dans le moule des entreprises de leur pays, à entendre certains discours privilégiant les diplômes plutôt que l'expérience acquise. Pour éviter ce deuxième ' choc culturel ' et assumer le retour en douceur, il peut être judicieux, là encore, de s'y préparer avant même de partir !

Témoignage : Guillaume Le Dieu de Ville (à droite sur la photo) et Arnaud Portanelli (chef de projets)

' Nous avons choisi de démarcher les entreprises en binôme. '

' L'idée de partir travailler dans la Silicon Valley s'est imposée d'elle-même. C'est là où tout se passe en matière de nouvelles technologies. A cela s'ajoutent un cadre de vie exceptionnel et l'opportunité de " faire fortune ". Le rêve américain ! Nous avons choisi de démarcher les entreprises en binôme pour bénéficier mutuellement de nos compétences et partager les frais de notre future vie d'expatriés.

Notre premier réflexe a été de mettre en valeur nos stages dans la communication et la publicité. Nous avons créé un site Internet, avec un descriptif de notre école, de nos expériences et de nos compétences en informatique. Il nous a servi de plate-forme de travail pour organiser et suivre notre prospection. Nous avons aussi joué la carte du réseau pour glaner des conseils et des contacts auprès de toutes les communautés françaises, comme Interfrench. Sans oublier les journalistes français de la Silicon Valley !

Nos démarches ont porté leurs fruits auprès des chefs d'entreprise, notamment ceux de l'association des patrons francophones de la Silicon Valley (DBF). Peu habitués à être directement sollicités par des candidats, ils nous ont bien accueillis. Nous avons décroché une dizaine d'entretiens sur place ou par visioconférence. Pour, finalement, signer un premier contrat de sept mois avec Luc Julia, cofondateur de Bravobrava, laboratoire de recherche et d'innovation technologique. Aujourd'hui, confrontés à la politique de quotas restrictifs mis en place par l'immigration américaine, nous sommes de retour en France. Mais nous attendons impatiemment un nouveau visa. '

Parcours du binôme

Point de vue d'un expert : Pascal Baudry (WDHB Consulting Group)

Français d'origine et naturalisé américain, il est l'auteur de ' Français et Américains, l'autre rive ' (Ed.Village mondial). Cet ouvrage est en accès gratuit sur www.pbaudry.com.

' Des premiers mois difficiles. '
' A part une petite minorité d'expatriés ou d'émigrés très fonceurs, qui se barricadent contre ce qui remettrait en cause leur modèle cognitif culturel, la plupart d'entre eux passent par une première phase difficile. Elle se situe généralement autour du quatrième mois de présence aux Etats-Unis. '

' La Silicon Valley ne convient pas à tout le monde. '
' Déjà, on peut considérer la Californie comme l'Amérique de l'Amérique. La Silicon Valley est encore plus extrême, tant dans le degré d'optimisme foncier qui y règne que dans la taille des projets que l'on ose entreprendre. Cela s'oppose frontalement à ce que j'appelle le " penser petit " de la culture française. '

' Nos deux cultures sont très différentes. '
' A un certain degré, elles sont peut-être même incompatibles. Les Américains appellent un chat un chat. Les Français, eux, préfèrent l'art de la nuance, du sous-entendu. Cela rend la plupart d'entre eux moins aptes à diriger des entreprises américaines et les exemples d'échecs sont nombreux. '

Utilisez les structures d'échange

1. Réglez d'abord la question du visa
Un tableau récapitulatif de l'ensemble des visas de travail est disponible sur le site de l'ambassade des Etats-Unis : www.amb-usa.fr/consul/niv_visawfr.htm. Vous pouvez aussi tenter votre chance à la loterie américaine : www.dvlottery.state.gov. L'autre possibilité, la green card, est souvent réservée à ceux qui ont déjà vécu plusieurs années aux Etats-Unis ou à ceux qui se marient à une Américaine, ou un Américain.

2. Faites-vous une idée réaliste du poste que vous allez occuper
Informez-vous sur la société d'accueil, sa culture, son mode de fonctionnement. Cela vous évitera de perdre trop de temps et d'énergie sur place.

3. Calculez bien votre rémunération
Ne vous contentez pas de la simple conversion en euros et analysez ce qu'il vous restera une fois les impôts et le loyer ?" très élevé aux Etats-Unis ?" payés.

4. Pensez à la protection sociale
Un accord a été passé avec les Etats-Unis. Il autorise les Français à continuer à cotiser pour leur retraite. Le site du Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale ?" www.cleiss.fr ?" vous renseigne sur le sujet.

5. Évitez de vous croire supérieur !
Ne restez pas coincés dans une comparaison perpétuelle entre les deux cultures. Faites preuve de curiosité et restez ouvert à la culture de votre pays daccueil. Pour vous faire une idée précise des habitudes de vie et de management, les stages interculturels ou, simplement, les lectures sont vivement conseillés.

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