Question 2 : évolutions réglementaires : quel impact pour les DSI ?
Le système d'information doit s'adapter aux réglementations sur la moralisation de la vie financière. Traçabilité et intégrité des données sont les maîtres mots de cette évolution. Mais quelles sont les éventuelles responsabilités
du DSI ?
01net.
le 04/03/05 à 00h00
Suite aux scandales d'Enron, de World Com ou de Parmalat, les réglementations comptables et financières deviennent beaucoup plus contraignantes. Citons, entre autres, le Sarbanes-Oxley Act (SOA) aux Etats-Unis, la loi sur la
sécurité financière (LSF) en France ou la huitième directive européenne, actuellement en cours de discussion. Ces réglementations visent à assurer la transparence des comptes vis-à-vis des actionnaires et des pouvoirs publics.
Autre objectif : rationaliser la comparaison entre sociétés grâce à des critères d'analyse communs. D'ores et déjà, les entreprises soumises au SOA ou à la LSF subissent des contrôles réguliers et approfondis des comptes et
de la fiabilité du contrôle interne. Et le chef d'entreprise est devenu personnellement et pénalement responsable de la véracité de son bilan. Dans ce contexte, une question taraude les DSI : quel est leur propre niveau de responsabilité ?
Tout dépend du périmètre de pouvoir que le chef d'entreprise délègue à la direction informatique.
Derrière la faute professionnelle, le risque pénal
La responsabilité du DSI est d'assurer la prestation de services, l'expertise en système d'information, l'assistance à la maîtrise d'ouvrage et à la maîtrise d'?"uvre pour les solutions informatiques nécessaires au respect des
règlementations financières. En cas de manquement, la sanction reste le licenciement. Toutefois, même si le DSI ne bénéficie d'aucune délégation de pouvoir, il commet une faute professionnelle, éventuellement condamnable au pénal, s'il n'avertit pas
à temps sa hiérarchie des lacunes du SI en termes de sécurité financière. Ou s'il ne met pas en place les mesures garantissant la fiabilité du circuit de l'information financière. ' Un DSI ne peut prétendre ignorer les
réglementations financières et leur impact sur le système d'information ', souligne Isabelle Renard, avocate associée chez August & Debouzy. Si les failles de sécurité du SI dégradent fortement la qualité du contrôle
interne de l'entreprise, le responsable du système d'information peut en répondre devant sa hiérarchie.
En revanche, la délégation de pouvoir fait peser contractuellement une toute autre charge sur le DSI. Car elle transfère une part de la responsabilité pénale du chef d'entreprise au délégataire. ' Les DSI
encourent alors un réel risque pénal ', précise Isabelle Renard. Problème : ' Il y a un vide juridique sur les moyens technologiques devant assurer le contrôle interne du système d'information
financier ', regrette-t-elle. Or, selon la jurisprudence, un chef d'entreprise s'exonère de sa responsabilité pénale s'il prouve qu'il a délégué ses pouvoirs à une personne pourvue de la compétence, de l'autorité et des
moyens nécessaires pour assurer sa mission. Des notions sujettes à interprétations. Néanmoins, le DSI ne saurait être tenu pour responsable du contenu financier et comptable des informations.
De la traçabilité des données à l'archivage des e-mails
Pour se couvrir, le DSI commence par fiabiliser le contrôle interne du SI financier en fonction de l'organisation mise en place par la direction générale (circuits de documentation et de validation de documents, dispositifs de
protection des données, superviseur...) Objectif : relier l'information financière à son fait générateur, et intégrer l'origine d'une décision d'ordre comptable ou financier.
Le défi porte sur la capacité du système d'information à garantir la traçabilité des informations (origine, transformation...), l'intégrité des enregistrements stockés (non manipulés après traitement), l'archivage et
l'horodatage des messages électroniques. Y compris la messagerie instantanée. Certes, ces exigences sont satisfaites par les outils embarqués dans une kyrielle de progiciels : annuaires LDAP, PGI, bases de données, progiciels de contrôle de
gestion et de consolidation financière... La difficulté étant de fluidifier l'ensemble. D'où l'utilité de procéder à un audit d'applicatif et à un audit de sécurité. Ces conditions peuvent devenir le facteur déclencheur de la gouvernance du
système d'information.
A l'image du réassureur français Scor, chez lequel la direction de l'audit du groupe conduit la mise en conformité avec le Sarbanes-Oxley Act, sous le contrôle d'un comité de pilotage dans lequel la direction générale est
représentée. Un véritable projet d'entreprise, structuré et géré comme tel. ' Dans le contexte actuel, la gouvernance du SI est une affaire de survie, assène Régis Delayat, DSI et membre du comité de pilotage du
projet. L'effort de formalisation du mode de fonctionnement de l'entreprise a engendré une énorme mobilisation et bousculé les habitudes. ' Il n'empêche, son équipe va plancher cette année sur le contrôle et la
vérification des données financières. Un travail de titan.
Les principaux changements
Sarbanes-Oxley Act (SOA), juillet 2002 : s'applique à toute entreprise active sur le marché financier américain. Les dirigeants portent la responsabilité personnelle quant à la qualité du contrôle interne,
la présentation fidèle des comptes et la détection des fraudes.
Loi de sécurité financière (LSF), août 2003 : impose au président de la société de rendre compte des procédures de contrôle interne.
International Accounting Standards (IAS) International Financial Reporting Standards (IFRS), juillet 2002 : une série unique de normes internationales de reporting comptable qui définissent la transparence
et la comparabilité des rapports financiers des sociétés cotées.
Nouvelles régulations économiques (NRE) février 2002 : oblige les sociétés cotées à fournir des informations sur les conséquences territoriales, sociales et environnementales de leur activités dans leur
rapport annuel.
Huitième directive européenne : en discussion.
Scor
Activité : réassurance.
PDG : Denis Kessler.
Chiffre d'affaires 2004 : 2,578 milliards d'euros.
Effectif : 1 162 collaborateurs.
Service informatique : 65 personnes, 19 millions deuros de budget.
Site internet :
www.scor.fr