Haut-débit : la Moselle a tranché !
Afin d'attirer les entreprises, le conseil général de la Moselle a entamé des travaux visant à poser avant la fin de 2006 un réseau de fibres optiques long de 900 kilomètres.
01net.
le 26/04/05 à 07h00
En ce matin brumeux de janvier, le calme de la campagne mosellane est soudain troublé. A la sortie de la commune des Etangs, un monstre de plus de trois tonnes. Une trancheuse éventre le bord de la route. A quelques kilomètres, dans
la petite ville de Condé-Northen, une machine du même acabit creuse un sillon dans la chaussée... Ces chantiers sont les premiers kilomètres du réseau haut débit départemental. Une fois achevé, il courra sur plus de 900 km à travers tout
le département. Une infrastructure destinée à attirer (ou retenir) les entreprises dans cette région de l'Est de la France.
Tout a démarré en octobre 2003, lorsque le conseil général de la Moselle lance une procédure de conception-réalisation pour déployer un réseau de fibres optiques. Neuf mois plus tard, le tandem formé d'Alcatel et de Sogea
(filiale de Vinci) est enfin retenu. Le chantier commence en octobre 2004.
Le conseil général, maître d'ouvrage
Pour que le projet démarre, Jean-Christophe Nguyen Van Sang, DSI du conseil général, a dû mettre en place toute une organisation. La collectivité assure la maîtrise d'ouvrage et son DSI, la direction du projet. L'équipe comprend un
chef de projet, deux ingénieurs télécoms et TIC, et une demi-douzaine d'intervenants. Suit, dans l'organigramme du projet, le maître d'ouvrage délégué ?" la société d'économie mixte Internet Débit Moselle ?", qui assure le suivi
financier de l'opération. Enfin, juste avant le concepteur-réalisateur, le maître d'?"uvre contrôle l'exécution des engagements souscrits par le concepteur-réalisateur. De plus, la Direction des routes, des transports et des constructions valide
le tracé du réseau tout au long de son déploiement.
Dans le couple Sogea-Alcatel, à chacun son rôle. Le premier se charge de la partie génie civil, et notamment de la pose des fourreaux. Le second interviendra ensuite pour introduire dans ces fourreaux les câbles de fibres optiques.
Puis il procédera à une série de tests avant livraison au conseil général. Le réseau sera alors confié à un opérateur chargé de le commercialiser auprès de plusieurs fournisseurs de services : opérateurs télécoms, FAI, etc. Le tracé du réseau
prévoit de couvrir l'ensemble des n?"uds de raccordement abonnés (NRA) de France Télécom. L'opérateur en charge de la commercialisation pourra ainsi y installer des équipements DSLAM pour offrir des accès ADSL aux opérateurs qui viendront proposer
leurs services dans le département. Ces opérateurs auront aussi la possibilité d'installer leurs propres DSLAM. Tous les acteurs du projet se réunissent une fois par semaine pour faire le point sur l'avancée des travaux et sur les autorisations
nécessaires au génie civil.
Le déploiement du réseau de fibres noires (sans équipements d'extrémité) s'effectue en deux phases. En septembre prochain, 620 km auront été posés. Les 300 km restants seront disponibles douze mois plus tard. Pour le moment,
une quarantaine de kilomètres sont déjà déployés. ' Nous sommes en phase de rodage. Seuls cinq ateliers (chantiers, NDLR) tournent en même temps, explique Hervé Siat, chef de projet.
Dans une ou deux semaines, quand nous atteindrons notre rythme de croisière, nous devrions avoir entre 13 et 17 ateliers simultanés sur les routes du département. ' Ce qui représente une centaine d'ouvriers sur
le terrain pendant une année. Sur le chantier, en rase campagne, la trancheuse creuse le bas-côté sur une profondeur de 80 cm et une largeur de 50 cm. Les cinq fourreaux qui accueilleront les fibres optiques sont déposés au fond de cette
tranchée, immédiatement rebouchée avec deux pelleteuses.
Un chantier à suivre au jour le jour
Hors agglomération, la trancheuse avance de 400 à 800 m par jour. En ville, c'est deux fois moins rapide. ' Nous pourrions aller beaucoup plus vite, explique le chef de chantier. Mais
des contraintes réglementaires nous empêchent de fermer la circulation sur plus de 400 m. ' Tout au long du chantier, le conseil général veille au bon déroulement de l'opération. Hervé Siat joue l'homme-orchestre.
' Je dirais plutôt le facilitateur, corrige-t-il. Il faut éviter les tensions dès le début et s'assurer que la stratégie décidée est bien mise en ?"uvre. '
Avec un autre montage du projet ?" comme la délégation à un opérateur du tracé et de la construction ?", le réseau aurait peut-être coûté moins cher et mobilisé moins de monde. ' Si nous
avions confié notre réseau à un opérateur, nous n'aurions plus été propriétaires de l'infrastructure. En outre, ce n'est pas à une entreprise privée de fixer les objectifs à atteindre, explique Hervé Siat. Nous ne pouvions
prendre le risque que l'opérateur ne déploie que dans les zones rentables, en délaissant une partie du territoire. '
Le risque de mécontentement est, en effet, bien réel. ' Nous nous situons dans une zone d'activité. Et pourtant, il nous est impossible d'obtenir mieux qu'un débit de
512 kbit/s ! ', vitupère Patrick Jeanmaire, directeur général de Telmo, un installateur-intégrateur de solutions télécoms. En fait, les exemples sont légion, illustrant combien la Moselle, sans cette artère de
fibre optique, serait restée sur le bord de la route du développement numérique. A l'instar de beaucoup d'autres départements.
Mais bâtir une infrastructure ne suffit pas. Il faut également réfléchir à l'usage que l'on fera de cette autoroute de l'information. C'est précisément le rôle d'Agnès Duchesne, secrétaire générale de la CNIE (Communauté
numérique interactive de l'Est), une association regroupant l'ensemble des communautés de communes du conseil général et du conseil régional.
Sensibiliser élus et administrés
Tout d'abord, la Moselle est fière d'avoir été le département le plus en avance dans le développement des réseaux câblés. Aujourd'hui, ces réseaux attendent avec impatience cette infrastructure haut débit, qui leur permettra d'ajouter
de nouvelles offres à leur bouquet de télévision ?" notamment la connexion à Internet. ' Nous avons été associés dès le départ aux réflexions concernant le réseau. Nous avons organisé une trentaine de réunions avec
nos adhérents. Ils ont bien compris cet enjeu d'aménagement du territoire ', explique Agnès Duchesne. Ainsi, le CNIE organisera, courant 2005, plusieurs conférences autour de thèmes tels que l'apport du haut débit dans
l'économie régionale, l'e-Administration au quotidien ou le rôle du haut débit dans l'éducation.
Pour des démonstrations plus tangibles, le conseil général a transformé, moyennant 90 000 euros, un ancien bibliobus en cyberbus. Il sillonne le département pour montrer aux élus et aux administrés les usages d'internet. Sur
le toit, une parabole reliée au satellite offre une connexion à 2 Mbit/s. A l'intérieur, des démonstrateurs munis de quatre postes informatiques expliqueront les bienfaits d'une société en réseau.
60 M d'euros pour éviter la désertification
L'enthousiasme semble général. En province, l'unanimité est rarement acquise autour des projets. Les querelles de chapelle ont souvent tendance à faire traîner les choses. Il y a bien quelques opposants au projet.
' Dans nos réunions de communautés de communes, nous avons un farouche opposant... Il travaille chez France Télécom ! ', sourit Jean Weber, maire de Rémilly. Et, bien entendu, le conseil
général reçoit son lot habituel de mécontents, face à tous ces chantiers sur les routes du département.
Au total, le projet coûtera près de 60 millions d'euros. C'est cher. Et il est encore trop tôt pour savoir si le choix de la Moselle est le bon. En revanche, ce département est assuré d'avoir une couverture la plus vaste
possible. Tandis que ceux qui ont confié la réalisation de leur réseau à un opérateur prennent le risque d'avoir une couverture orientée sur les zones les plus rentables.
Dans la même logique, le conseil général de Moselle s'est lancé dans la couverture des zones blanches, non couvertes par les opérateurs de téléphonie mobile. Il est donc à la recherche de sept sites pour y installer des pylônes, sur
lesquels les opérateurs installeront chacun trois antennes. Coût de l'opération : entre 100 000 et 120 000 euros par site, à la charge de la collectivité. Mais ces investissements, très importants, ne sont-ils pas le prix à payer pour
éviter la désertification des régions françaises ?
Un chantier monumental
920 km de fibres optiques
58 M d'euros investis
1 million de clients potentiels
Trois options de déploiement
L'une des deux formes de délégation de service public : la collectivité assure les investissements et le fermier (souvent une société privée) supporte les frais d'exploitation et d'entretien.
Le plus : La collectivité possède l'infrastructure.
Le moins : Un investissement coûteux.
Elle se distingue de l'affermage par la prise en charge par le concessionnaire non seulement des frais d'exploitation et d'entretien courant, mais aussi des investissements.
Le plus : Moins coûteux pour la collectivité.
Le moins : L'infrastructure dépend du concessionnaire pendant des décennies.
La collectivité compétente assure avec son propre personnel la gestion du service. Elle couvre toutes les dépenses, jusqu'à la facturation aux usagers.
Le plus : Une maîtrise totale du réseau.
Le moins : Nécessite de développer un nouveau métier au sein de la collectivité.
Le point de vue :
Jean-Christophe Nguyen Van Sang, DSI et DGA du conseil général
' L'aménagement du territoire n'est pas du ressort des opérateurs '
' La Moselle vient de fermer son dernier puits de mine. Si notre département veut rester millionnaire en habitants, il faut encourager l'installation d'entreprises. Les employés se logent près de leur lieu
de travail. Nous sommes dans une logique d'aménagement du territoire. C'est notre rôle, et sûrement pas celui de France Télécom ou de tout autre opérateur. Avec le réseau haut débit que nous mettons en place, nous donnons une impulsion à la création
de richesse en Moselle. '
Jean Weber, maire de Rémilly et président de l'AMR de Moselle
' Satisfait par le tracé qui englobe les petites communes '
' Quand nous avons parlé du projet de réseau haut débit à une réunion de l'Association des maires ruraux de France (AMRF), tout le monde s'est montré enthousiaste. Au départ, en Moselle, les maires des
petites communes étaient plutôt réticents : ils pensaient que leur commune n'y aurait pas droit. Ils ont changé d'avis en constatant que le tracé les couvrira quasiment toutes. L'un de nos gros dossiers, qui concerne le service public en milieu
rural, pourra être sauvé par le haut débit. '
Philippe Cousin, directeur des magasins Cousin
' Cela va améliorer nos processus '
' Nous possédons une trentaine de magasins répartis dans le nord de la France. Nous voudrions mettre en place une architecture informatique et télécoms pour effectuer des relevés de caisse à distance, depuis
notre siège, et surveiller nos entrepôts par vidéo. Or, actuellement, les infrastructures existantes ne nous le permettent pas. Même si nous ne savons pas exactement ce que nous apportera ce réseau, nous sentons qu'il contribuera à améliorer nos
processus. '
Yves Kesseler, conseiller à la limonaderie Geyer Frères
' La délocalisation évitée grâce au haut débit '
' Notre usine est basée à Munster, mais tous nos services marketing et commerciaux sont à Paris. Nos clients envoient là-bas leurs bons de commande. Les récupérer demande près de dix minutes avec notre
connexion internet actuelle. Puis nous devons envoyer le bon d'expédition, ce qui prend encore du temps. Lorsque notre entreprise a été rachetée, le nouveau propriétaire a failli délocaliser. Mais l'arrivée du réseau haut débit l'a fait changer
d'avis. En attendant, nous utiliserons la connexion satellite de la mairie pour améliorer le débit. '
Ce qu'ont choisi les autres collectivités locales
Conseil général du Calvados
Solution retenue : la concession.
Le Calvados a passé un marché avec Altitude Télécom, France Télécom et LDCom pour développer infrastructure et services dans sept agglomérations de moins de 30 000 habitants.
Conseil général de l'Oise
Solution retenue : la concession.
L'Oise a confié à LD Câble et Sogetrel le déploiement d'un réseau haut débit pour couvrir l'ensemble du département à l'aide du DSL, de la boucle locale radio et de solutions satellite.
Conseil général de l'Orne
Solution retenue : la concession.
Altitude Télécom va fournir un service haut débit pour le département à l'aide de la technologie Wimax. Objectif : offrir un accès à 2 Mbit/s à tous les collèges et zones d'activité.
Agglomération de Bayonne-Anglet-Biarritz (BAB)
Solution retenue : l'appel d'offres de services.
L'agglomération BAB n'a pas retenu l'option délégation de service public. Elle a confié ses besoins télécoms à LDCom, qui a promis d'investir 10 millions d'euros pour développer des services de dégroupage.
Conseil général des Pyrénées-Atlantiques
Solution retenue : la concession.
La société Iris 64 s'est vu confier la construction, l'exploitation et la maintenance dun réseau départemental. Taches que le concessionnaire assurera pendant vingt ans.