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Dans les mairies, des DSI à double casquette

Directeur des systèmes d'information pour la mairie ; directeur des technologies de l'information et de la communication pour la ville. Petit à petit, les municipalités font appel à cette double compétence. Trois d'entre elles nous font partager leur expérience et leur vision.

Vive les tic, les technologies de l'information et de la communication . Quelle ville de France, même la plus petite, ne résonne pas entre ses murs des éclats de ces trois lettres ? Beaucoup de communes reculées luttent pour le haut débit. D'autres proposent aux habitants de consulter les offres d'emploi ou les informations administratives dans les espaces publics numériques (EPN), de sélectionner le livre ou le DVD du week-end sur le site web de leur médiathèque, de s'abonner à la lettre électronique municipale, d'utiliser un porte-monnaie électronique pour payer le parcmètre et la baguette de pain. Ou aux parents d'élèves de dialoguer avec l'école et de consulter le menu de la cantine de leurs bambins. Cet inventaire est sans fin.
Très souvent, ce sont encore les chargés de communication ou bien des élus responsables des TIC qui supervisent ces projets . Pourtant, petit à petit, certains DSI de mairie écartent les murs de l'édifice pour se faire une place dans la ville. Ils continuent de superviser le système d'information interne, mais ils interviennent également dans les projets communaux. Cette évolution pourrait même se révéler une des clés du succès de la mutation technologique des communes.

Tous les projets comportent un volet TIC

La tendance est récente et les contours de ce nouveau double rôle des DSI de commune, de leur responsabilité et de leur influence, restent mal définis. Certains se contentent d'intervenir ponctuellement sur quelques projets, de leur propre initiative, de celle de leur hiérarchie, ou encore de leur responsable politique . Mais d'autres, comme Céline Farges à Aixe-sur-Vienne, sont engagés au plus haut niveau dans l'ensemble des projets de la ville. ' Aujourd'hui, dans une commune, tous les projets comportent un volet TIC ', insiste-t-elle. Au point que la DSI de la petite ville limousine s'est vue nommée fin 2004 directrice générale adjointe en charge des projets de développement et d'innovation. ' Les projets de cyber-espaces, l'équipement des écoles, etc., étaient gérés par un chargé des nouvelles technologies rattaché à notre direction, raconte de son côté Louis Marrocco, directeur des systèmes d'information et de télécommunication (DSIT) de la mairie de Grenoble. C'est terminé depuis l'an dernier. '
Quant à Claude Lambey, outre sa double fonction de DSI de la mairie et de la ville, il s'occupe de la communauté d'agglomérations du Grand Besançon. Il en va de même pour Céline Farges et la communauté de communes du Val de Vienne. Les DSI en charge de ces nouvelles entités revêtent un rôle de conseiller auprès de plus petites mairies qui ne possèdent pas les moyens de s'offrir un responsable informatique. A Blois, en 2001, la nouvelle équipe municipale a pour sa part préféré un binôme : Annie Boussinet, maire adjointe chargée des NTIC, travaille ainsi en étroite collaboration avec Etienne Guérard, le DSI de la ville.

Aller au-delà des compétences techniques et métier

En premier lieu, c'est évidemment la volonté politique qui permet au DSI de coiffer ces deux casquettes de manager du système d'information de la mairie et de promoteur de l'évolution de la ville vers la haute technologie. Quoi de plus probant, à ce titre, que la décision de la municipalité d'Aixe-sur-Vienne ? ' J'assiste au conseil municipal, mais aussi aux réunions de bureau, raconte Céline Farges. Et suis tenue informée des affaires en cours, des sujets sur lesquels travaillent les commissions. ' Elle peut intervenir à tout moment. Qu'il s'agisse, évidemment, d'un aspect technologique, mais aussi d'expliquer qu'il est possible d'obtenir pour telle initiative un financement particulier. Pour le projet de la maison de l'emploi de la loi Borloo, elle a signalé les crédits d'investissement proposés par la Caisse des Dépôts. ' Je joue un rôle politique pour le déploiement des TIC et la création de nouveaux services, confirme Annie Boussinet . J'assure aussi la validité juridique et technique avec l'aide du DSI qui, lui, assume la tâche de conseil auprès de moi. '
Une fois avalisée leur position, les DSI ne peuvent se contenter de compétences techniques et métier. Ils sont également tenus de comprendre le fonctionnement de la ville, des écoles, de l'agence pour l'emploi, des bibliothèques, des diverses associations. Il leur faut maîtriser les aspects juridiques, économiques et financiers. Mais, plus encore, ils doivent connaître les divers réseaux d'influence, la bonne personne à contacter. Sinon, comment garantir le succès ?" comme à Besançon ?" du cartable électronique ? Chaque année, grâce à un accord avec une banque qui renouvelle ses machines, mille PC sont installés au domicile des élèves. Forfait internet et formation de l'enfant et de sa famille à la clé. Une maîtrise des rouages de la vie municipale et de tous ses acteurs s'impose. Les compétences de ces DSI se révèlent multiples et leur parcours, souvent caractéristique. Ancien de chez Bull, Louis Marrocco a, par exemple, aussi été élu de Grenoble.

L'organisation s'adapte à un maximum de situations

Quant aux équipes de ces DSI, elles ne changent que rarement pour s'occuper des projets dans la ville. Lesquels se mènent sur le même mode que des projets internes. ' Nous avons piloté un projet Espaces numériques de travail (ENT) de l'Education nationale afin de mettre en ligne les carnets de correspondance des élèves, leurs cahiers de texte, des échanges entre les enseignants et les parents, raconte Claude Lambey, directeur des technologies de l'information et de la communication de Besançon. Les personnes qui y ont travaillé avaient l'expérience de projets informatiques aussi bien que municipaux . ' L'organisation, en revanche, s'adapte à un maximum de situations. Ainsi, la DSI de Besançon compte une cellule e-Administration de trois personnes. La DSI de Grenoble dispose d'une équipe de quarante personnes réparties entre maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'?"uvre. L'adaptation est de rigueur, car la prise en charge de la couverture de la commune en haut débit ou l'équipement des médiathèques va rarement de pair avec une augmentation des moyens disponibles.
' Il ne faut pas oublier que, dans une commune, un projet doit coûter le moins cher possible au citoyen ', rappelle Céline Farges. Pour compenser, les DSI adoptent plusieurs tactiques. Parmi elles, la réduction des tâches de maintenance matérielle, pour que les équipes se concentrent sur des travaux à réelle valeur ajoutée. ' A Grenoble, nous sous-traitons la maintenance de nos postes de travail à Stéria depuis mon arrivée en 2003 ', témoigne Louis Marrocco. Les 650 PC de la mairie de Blois ont été renouvelés, leur amortissement est passé à quatre ans et les contrats de maintenance négociés pour que l'équipe interne n'intervienne que ponctuellement. Sinon, la situation peut se révéler très délicate. ' Nous n'avons que sept personnes pour nous occuper d'un total de sept mille postes dans la mairie et la ville, y compris ceux des familles ', regrette Claude Lambey.
Focalisés sur leur c?"ur de métier, les DSI font face à un constat majeur. Si les utilisateurs ne s'impliquent pas lors de la mise en ?"uvre d'un projet, il semble difficile de se contenter d'installer l'infrastructure puis de repartir. Comme dans toute initiative, il faut sélectionner des utilisateurs clés ; mais dans ce cas, il s'agit également d'identifier des médiateurs. Louis Marrocco loue tout particulièrement les bibliothécaires de Grenoble, souvent à l'origine d'excellentes idées. Mais il souligne aussi une autre difficulté : la technologie est à la fois un atout et un obstacle. ' C'est la l'usage qui déclenche un projet, insiste-t-il. Or, aujourd'hui, tout le monde veut du Wi-Fi, de l'ADSL... avant même de savoir pour quel besoin. Notre rôle se situe aussi là. ' Un DSI pour modérer les ardeurs technologiques... Tous sont d'accord. Les outils ne doivent pas mener la danse. Et cela est encore plus vrai dans une commune. A quoi bon le haut-débit, si l'on n'a rien à diffuser ? A quoi bon des sites web si tout le monde ne peut pas se connecter ?

Au risque de délaisser d'autres actions

Tout n'est pas rose. La transition entre le rôle classique de DSI du système d'information de la mairie et celui qui se charge des TIC de la ville ne paraît pas toujours facile . Jean-Louis Bernard, consultant pour les collectivités locales de taille moyenne, rappelle que la plupart des villes de moins de 50 000 habitants n'invitent pas leurs DSI dans les comités de direction.
Moins grave mais gênant, à Besançon, la focalisation sur les TIC en ville a abouti à un délaissement du système interne. ' Depuis 2002, nous avons trop mis l'accent sur les services à la population, reconnais Claude Lambey. Notre système d'information interne s'est dégradé et, aujourd'hui, nous le remettons à niveau. ' Mais, du cartable électronique aux sites d'accès aux écoles et à leur équipement, en passant par les espaces publics numériques et l'équipement du tissu associatif en outils d'administration, le DSI de Besançon a tout de même fait progresser sa ville.
C'est également le cas de Céline Farges, dans sa commune de tout juste 5 600 âmes . Elle travaille à la mise en place d'une cyberbase, c'est-à-dire au développement des usages des TIC dans la population ?" entre autres par son initiation à internet. Les services d'insertion de la ville de Grenoble, quant à eux, ont interpelé la DSI afin d'équiper un forum de trois jours pour l'emploi. Les quinze PC ont permis les prises de rendez vous et les dépôts de CV. Enfin, à Blois, Annie Boussinet et Etienne Guérard vont constituer une base de données d'habitants de Blois sur la base du volontariat, afin qu'ils reçoivent des informations municipales par SMS . Sans oublier qu'à Besançon, après les enfants, on compte équiper les aînés en 2006.

Céline Farges : une implication dans tous les projets de la ville

Aixe-sur-Vienne est une petite ville de 5 600 habitants et de 90 employés municipaux. Sa mairie a pourtant fait un choix digne des plus grandes préfectures : voilà un an, elle a nommé Céline Farges directrice générale adjointe en charge du développement et de l'innovation. Son rôle ? S'occuper d'une part de l'informatique municipale, des télécoms, des projets d'organisation comme l'audit d'un service et, de l'autre, des projets TIC de la commune. Résultat : Céline Farges n'est pas appelée au moment où l'on identifie les besoins technologiques d'un projet, mais elle est présente sur tous les projets pour définir les usages et outils qui lui sont associés. Sa position de directrice générale adjointe lui donne tout accès indispensable à l'information. Elle assiste au conseil municipal de même qu'aux réunions de bureaux. Elle est ainsi au fait de toutes les initiatives et connaît les personnes qui en sont chargées. Parallèlement, elle mène une veille technique, stratégique, économique et juridique qui aidera à la mise en ?"uvre des projets. Elle s'attache surtout aux usages. ' Il est essentiel d'être proche des usagers pour connaître leurs besoins. C'est pourquoi nous communiquons énormément sur nos projets. Dans le bulletin municipal, à travers des sondages ou lors de réunions publiques. ' Lors de la dernière convention de l'Assemblée des communautés de France (ADCF) à Angers, elle a retenu plusieurs idées : un visioguichet France Télécom destiné aux personnes âgées ; ou encore, dans le Jura, le prêt de PDA à certains touristes pour valoriser le territoire.

Pour tenir ce rôle, son parcours est forcément mixte. Après l'obtention d'un un DESS en systèmes d'information, elle a effectué des stages dans les services informatiques du conseil régional, puis intégré la commune sur des projets informatiques techniques. Elle prend de plus en plus de responsabilité sur les télécoms, l'e-Administration et les usages. Aujourd'hui DGA de la ville, elle s'occupe même des TIC pour la communauté de communes du Val de Vienne.

Avis d'expert : Yannick Landais : ' les sites web des villes auront besoin des DSI '

Beaucoup de communes se contentent de sites web vitrines. L'informatique intervient alors comme simple support technique. Les responsables du projet restent trop souvent les chargés de la communication. Or, dans un deuxième temps, le site web doit devenir interactif. Puis, fournir de véritables services aux citoyens. Si peu de villes ont pour l'heure franchi ces deux étapes, ce sont pourtant elles qui entraîneront une plus grande implication des DSI. La dernière, en particulier, se traduit par une interaction entre le site et le système d'information. Par exemple, pour les demandes de place en crèches, un échange est nécessaire avec la gestion de la petite enfance. On entre dans des problématiques de DSI. Ces démarches entraînent d'autres projets visant à assurer que les citoyens accèdent à internet. C'est une réaction en chaîne. En Ile-de-France, seuls 50 % des habitants sont connectés à domicile. Il s'agit donc de développer les accès publics.

L'implication précoce de la DSI en collaboration avec la communication est une des clés de la réussite des sites municipaux dignes de ce nom. Une autre étant le soutien du maire ou de la direction générale. Pour l'instant, ce mode de fonctionnement paraît loin de se généraliser, en particulier dans les petites communes. Peu de villes ont mesuré à leur juste valeur les enjeux futurs des services en ligne au point d'adopter une telle logique. Ce manque d'engagement risque de devenir d'autant plus criant que l'e-Administration progresse très vite. Un véritable risque politique se fait jour : l'éventualité que, au regard des perspectives tracées par les ministères, le citoyen soit en demande vis-à-vis des communes et que celles-ci ne sachent pas répondre.

Contrairement à ce qui se pratique dans le secteur privé, on se voit plutôt confronté à des directions informatiques qu'à des DSI. Or, quand les responsables de communication soumettent des idées d'évolution de leur site, les directions informatiques freinent souvent pour cause d'infaisabilité. Dans les villes qui connaissent les progrès les plus rapides, les élus ou le service de communication dialogue généralement avec la DSI. Au final, deux profils de DSI coexistent. Ceux qui s'intéressent d'abord aux logiciels métier. Et ceux qui feront preuve d'une ouverture et d'une vision à moyen et à long termes, apportant ainsi une contribution majeure à l'évolution de la ville.

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