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Les synthèses des bonnes pratiques sur les sujets IT du moment

Le PoE pour avoir un unique câblage

La technologie PoE concentre voix, données et courant électrique dans un même câble. Une solution pratique dans les déploiements de téléphones IP.

La technologie PoE (Power over Ethernet) sera-t-elle le principal catalyseur de la migration vers la VoIP ? Souvent méconnue, cette technologie permet de véhiculer, sur un câble réseau standard (à partir de la catégorie 3), une tension de 48 V, afin d'alimenter des téléphones IP, mais aussi tous types d'équipements à basse consommation, telles des caméras de vidéosurveillance et des bornes Wi-Fi.
Un dispositif qui facilite grandement l'essor de la VoIP, selon Philippe Bessaguet, cofondateur et vice-président de Ques-Com, une société française spécialisée dans les passerelles IP. ' Les gens n'ont pas l'habitude qu'un téléphone ait besoin d'une prise de courant et cela les bloque pour l'adoption de la VoIP. Si l'on veut qu'une nouvelle technologie soit massivement adoptée, il faut faire disparaître les freins mentaux. Et pour cela, il faut que celle-ci apporte non seulement des fonctions supplémentaires, mais surtout quelque chose de strictement équivalent à l'existant. '

La technologie : rentabiliser le câblage Ethernet

Depuis 1996, date de son apparition avec le protocole H.323, la voix sur IP, comme nombre de technologies novatrices, a suscité beaucoup de polémiques et de controverses. Après une longue maturation technologique, celle-ci trouve enfin un écho de plus en plus favorable auprès des DSI de PME et de grands comptes.
' La fiabilité des équipements s'est considérablement améliorée, affirme Laurent Couraud, ingénieur avant-vente au sein de l'agence nantaise de l'intégrateur Amec Spie. Depuis un an, nous sentons un regain d'intérêt de la part des décideurs informatiques pour la VoIP, avec davantage de projets en cours. Nous avons déjà quelques belles références. Mais le grand décollage aura vraisemblablement lieu en 2006. ' Parmi les freins fréquemment cités par les utilisateurs, on trouve en particulier la perte d'utilisation du téléphone lors d'une coupure de courant.
Avant la disponibilité de la technologie PoE, les premiers téléphones IP étaient en effet alimentés sur le secteur, et non par la prise réseau, comme c'est le cas avec les postes traditionnels. Aux yeux des utilisateurs finals, la téléphonie sur IP apparaissait alors comme une régression par rapport à la téléphonie classique. ' Un PABX traditionnel peut fonctionner huit heures grâce à ses batteries, en alimentant les téléphones ', rappelle Laurent Couraud.
Mais, depuis juin 2003, la donne a changé. Sous l'impulsion de la société iraélienne PowerDsine, l'IEEE (Institute of Electrical and Electronics Engineers) entérine la spécification 802.3af, qui permet de transmettre du courant sur un câble Ethernet standard (cuivre à paire torsadée). Depuis, bien conscients du réel bénéfice qu'apporte l'alimentation à distance des terminaux IP, les constructeurs de commutateurs font feu de tout bois pour proposer des modèles de périphérie de réseau (ou d'extrémité), capables d'injecter du courant dans les câbles Ethernet.

Les besoins : saisir l'opportunité d'un nouveau projet

PoE, une technologie de plus en souvent intégrée aux nouveaux matériels IP, est généralement mise en ?"uvre à l'occasion d'un projet global de migration ou lors du renouvellement d'équipements télécoms. Ce fut le cas récemment chez Vecteur Plus, une société nantaise employant environ 120 personnes, où il s'agissait de renouveler le système téléphonique de l'entreprise.
Le métier de cette entreprise de services consiste à éplucher les appels d'offres provenant des journaux officiels, à les informatiser, à les qualifier, puis à les livrer à ses clients. ' Précédemment, nous avions déjà opté pour un PABX IP de marque WellX. Cette société n'existe plus aujourd'hui, ce qui pose problème. Le choix du PoE s'est opéré naturellement dans le cadre du projet ', se souvient Pascal Schelcher, administrateur réseau de la société, qui dispose désormais d'un PBX IP de marque Astra Matra (ex-EADS Telecom).
Mais la téléalimentation n'est pas toujours liée aux projets de VoIP, et nombreuses sont les applications pouvant tirer parti de celle-ci. Star Développement, par exemple, est l'éditeur d'un logiciel de type PGI spécialisé dans la gestion des stocks de matériaux à destination des enseignes spécialisées, telles que BigMat. ' Plus qu'un logiciel, c'est une solution clé en main que nous fournissons, tant logicielle que matérielle : celle-ci intègre des PDA industriels, qui sont utilisés pour saisir les codes à barres des matériaux sur les espaces de stockage en plein air. Pour faciliter la mise en ?"uvre de cette solution, nous avons privilégié des points d'accès Wi-Fi basés sur la technologie PoE ', explique Thierry Jaulin, président de cette petite société basée à Luçon, qui compte seize personnes.
Christophe Jeannerot, administrateur réseau et téléphonie chez l'horloger franco-suisse ISA, a, quant à lui, mis en ?"uvre l'alimentation à distance (lire l'encadré), dans le cadre d'un déploiement voix sur Wi-Fi : ' En migrant vers la voix sur IP pour les postes fixes, nous avons également migré vers la voix sur Wi-Fi pour les postes sans fil. Or, une bonne couverture Wi-Fi nécessite de poser un nombre important de points d'accès. L'alimentation à distance simplifie considérablement ces installations. '

Les gains : simplicité, économie, disponibilité

La simplicité de câblage est le premier argument en faveur de cette technologie. ' Nous posons les points d'accès en extérieur, dans des endroits où il est parfois bien difficile de trouver une prise électrique. Nous ne tirons qu'un seul câble, c'est donc un vrai confort ', assure Thierry Jaulin, qui fait confiance à D-Link dans le choix de son matériel PoE. Avec à la clé, de sérieuses économies : ' Cette technologie ne nécessite aucune compétence électrique et nous évite de faire appel à un électricien avec les frais que cela entraîne. '
Pour Pascal Pouit, directeur informatique du conseil régional d'Aquitaine (lire l'encadré), la téléalimentation contribue grandement à la convergence vers le tout-IP : ' La voix, les données informatiques ainsi que l'alimentation passent désormais sur le même câble. A titre d'exemple, pour accueillir 300 à 350 personnes dans notre nouveau bâtiment acheté en 2002, il aurait fallu, avec la téléphonie traditionnelle, installer au moins 900 prises informatiques (PC, imprimantes réseau, portable...) et 400 prises de téléphone (salles de réunion, fax...). Mais, avec la VoIP, nous n'avons installé que 750 prises réseau, d'où une économie de câblage que nous estimons comprise entre 500 et 600 prises tous types confondus, soit environ 180 000 euros. Sans compter les éventuelles économies de prises électriques... '
Pour le conseil régional d'Aquitaine, un autre bénéfice attendu du PoE était d'éviter l'indisponibilité du téléphone en cas de coupure de courant. Son infrastructure réseau est donc alimentée par des onduleurs, eux-mêmes secourus par un groupe électrogène (lire l'encadré). Une préoccupation que l'on retrouve chez le nantais Vecteur Plus : ' En cas de coupure de courant, le téléphone fonctionne encore pendant une petite demi-heure, soit l'autonomie des batteries de nos onduleurs réseaux, mais nous conservons quelques postes analogiques pour appeler les numéros d'urgence ', explique l'administrateur réseau, Pascal Schelcher.
Chez ISA, qui dispose pourtant d'un réseau ondulé, la téléalimentation s'est révélée une source d'économies. Pour assurer la disponibilité du téléphone, ' il aurait fallu brancher les bornes sur le réseau ondulé de l'entreprise, ce qui coûtait nettement plus cher et était plus compliqué ', estime Christophe Jeannerot.

La mise en ?"uvre : de multiples options possibles

Pour utiliser la technologie PoE, la première solution consiste à acheter des commutateurs intégrant nativement cette fonction. Ces modèles ont une consommation bien supérieure à celle de commutateurs standards, équivalente en général à celle d'un serveur. A titre d'exemple, Vecteur Plus a opté pour des modèles HP ProCurve 2626 et 2650 PWR à 24 et 48 ports, qui ont une consommation typique de 631 watts, alors que leurs équivalents non PoE ne consomment que 100 watts. Reste que ces commutateurs nativement POE sont également plus chers.
Pour ISA Europe, Christophe Jeannerot, qui a fait le choix d'une solution Cisco de bout en bout, hésitait entre des modèles Catalyst 2950T non PoE et des Catalyst 3560 PoE : ' Les premiers coûtaient 700 euros HT et les seconds, 2 060 euros HT. Cette fonctionnalité reste encore chère. ' Résultat, Christophe Jeannerot a finalement opté pour les modèles non PoE, mais en acquérant également des injecteurs de courant pour chaque borne. Ce type de produit, appelé aussi patch panel ou Midspan, intègre un dispositif permettant d'ajouter un courant de 48 volts sur les ports de sortie.
Pascal Pouit se souvient de cette première solution implémentée au conseil régional d'Aquitaine : ' Le patch panel contribue à gonfler les armoires de brassage, mais il peut se révéler pertinent lorsque l'on ne souhaite pas renouveler les commutateurs. ' Côté câblage, Pascal Pouit a voulu ' préparer l'avenir ' en installant du câble de catégorie 6 dans ses nouveaux locaux, même si la téléalimentation pouvait fonctionner parfaitement avec de la catégorie 5 (le type de câble le plus courant).
Quant à Thierry Jaulin, de Star Développement, il utilise le dispositif inverse de l'injecteur à l'extrémité de la ligne pour séparer l'alimentation des données réseaux. Cet équipement fournit une alimentation continue de 5 ou 12 volts. ' L'intérêt est de pouvoir effectuer son choix parmi toutes les bornes Wi-Fi du marché, et pas uniquement les modèles compatibles PoE. Grâce à ce dispositif, n'importe quel point d'accès en 5 ou 12 volts peut être utilisé. '
De fait, la technologie Power over Ethernet, a priori orientée vers le réseau, peut être exploitée dans de multiples applications domotiques pour alimenter à distance non seulement des caméras IP, mais aussi des capteurs, des détecteurs tout ou rien, des actionneurs, des contacteurs, etc. Un champ d'expansion où la technologie Ethernet/IP étend, elle aussi, de plus en plus sa toile.
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1 - Economies de câblage
L'utilisation du PoE permet de se passer d'une alimentation secteur, ce qui évite souvent de faire appel à un électricien. Il est bien plus facile de tirer un câble réseau qu'une ligne électrique, car cela ne nécessite aucune compétence particulière. Dans les endroits où il n'y a pas d'alimentation secteur, cette possibilité est vraiment très pratique.

2 - Transparence et simplicité
Tous les utilisateurs interrogés sont formels : la téléalimentation est un moyen simple et élégant pour alimenter les postes IP. Aucun ne constate de problème particulier dans la mise en ?"uvre de cette technologie désormais aboutie et complètement standard (réf. IEEE 802.3af) ; elle s'intègre dans une architecture de manière totalement transparente pour l'utilisateur, et réussit à se faire complètement oublier.

3 - Sécurisation électrique des postes
En sécurisant les commutateurs par des onduleurs, voire par un groupe électrogène, les téléphones IP peuvent continuer à fonctionner, même en cas de coupure du réseau EDF. Cette mise en ?"uvre permet d'éviter de placer un onduleur pour sécuriser chaque poste IP ou de déployer un réseau électrique de secours uniquement pour les téléphones.

4 - Prix élevé du matériel
Les utilisateurs constatent un vrai écart de tarif entre les commutateurs compatibles PoE et les modèles non PoE (consulter le tableau de l'offre). Les prix varient parfois du simple au double, voire au triple. Il est évident que la partie alimentation de l'équipement est plus complexe à développer et gonfle considérablement la note. Mais le prix des jeux de composants permettant d'injecter le courant sur les lignes devrait diminuer dans les prochaines années avec de plus grands volumes de production.

retour d'expérience : Pascal Pouit, directeur informatique au conseil régional d'Aquitaine

' Le PoE garantit la disponibilité du téléphone. '

' En 2002, le CR Aquitaine a fait l'acquisition d'un nouveau bâtiment d'une capacité d'accueil de 300 personnes à proximité du bâtiment historique hébergeant l'essentiel des effectifs. Il fallait rénover le bâtiment : gros ?"uvre, électricité, peinture, câblage, pour l'arrivée du nouveau personnel en juillet 2004. Mi-2003, nous avons émis un appel d'offres pour équiper ce bâtiment en infrastructures voix-données, et pour renouveler les équipements de c?"ur de réseau de l'ancien bâtiment. Le contrat a été remporté en décembre de la même année par l'intégrateur NextiraOne, qui a répondu avec une solution tout-IP basée sur du matériel Alcatel.

Outre les 300 postes IP, celle-ci est capable de gérer l'existant, à savoir 200 lignes numériques et 400 lignes analogiques. Le projet coûtera environ 1,6 million d'euros sur quatre ans. Nous étions bien décidés à migrer vers la téléphonie sur IP, mais nous ne voulions aucune dégradation de la disponibilité du téléphone. Le PoE nous a permis d'atteindre cet objectif.

Nos commutateurs sont sécurisés par des onduleurs, qui peuvent tenir quelques minutes grâce à leur batterie. En cas de coupure longue, notre groupe électrogène prend le relais et alimente les onduleurs. Le téléphone reste ainsi opérationnel à 100 %. La mise en ?"uvre du PoE est une alternative au déploiement d'un réseau électrique secouru pour les dispositifs de faible consommation. '

Conseil régional d'Aquitaine

retour d'expérience : Christophe Jeannerot, administrateur réseau et téléphonie d'ISA Europe

' Un moyen simple et économique d'alimenter nos points d'accès. '

' Nous produisons des mouvements de montres, autrement dit des pièces mécaniques par injection thermoplastique, par découpage ou par usinage en bande, et des pièces électroniques en quartz, qui servent ensuite à la fabrication des montres. Compte tenu de notre répartition géographique, à cheval entre la Suisse et la France, beaucoup de nos appels internes sont des appels internationaux, alors que deux kilomètres seulement séparent le site français du site suisse le plus proche. Avec la VoIP, ces appels passent désormais dans le " tuyau Internet ". Résultat : la facture téléphonique du site français est passée de 1200 euros à environ 310 euros.

Nous avons aussi déployé des bornes Wi-Fi pour assurer un service de téléphonie sans fil sur IP. Grâce à la téléalimentation, il n'a fallu tirer qu'un seul câble pour chaque borne, ce qui a considérablement simplifié cette opération. Nous avons donc fait d'importantes économies de câblage, à peine entamées par le coût des injecteurs, Midspan ou patch panel, qui n'excédait pas 30 euros par borne. Nous utilisons ces dispositifs car les commutateurs PoE sont encore assez chers, malheureusement. '

ISA France

avis d'intégrateur : Daniel René, responsable marketing Amec Spie

' Le PoE se systématise dans les nouveaux projets de VoIP. '

<i>Décision informatique :</i> Le PoE est-il une technologie aboutie ?
Il y a quelques années, je voyais encore quelques inconvénients à cette technologie : avant qu'elle ne soit normalisée, l'injection du courant sur les paires de cuivre pouvait différer selon les constructeurs, d'où une incompatibilité possible entre les matériels provenant de plusieurs fournisseurs. Au tout début, il fallait aussi faire l'achat d'un patch panel [injecteur appelé aussi Midspan, NDLR], qui était relativement coûteux et contribuait à rendre complexe le brassage des câbles dans les armoires.

L'offre actuelle est-elle suffisamment riche ?
Aujourd'hui, cette technologie est complètement standard et l'offre en commutateurs PoE natifs est abondante. On n'a plus besoin de passer par des injecteurs sauf lorsque les commutateurs ne sont pas renouvelés. Pour les nouveaux projets de voix sur IP, on ne se pose même plus la question : la téléalimentation est quasi systématiquement déployée, en raison de la simplicité de câblage qu'elle offre. A terme, les fabricants intégreront cette fonctionnalité sur tous leurs commutateurs d'extrémité.

Amec Spie Communications

Une vraie différence de prix sur les commutateurs

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