La sauvegarde sur disque en plein décollage
Les systèmes de sauvegarde sur disque améliorent la productivité. L'offre étant diversifiée, il convient de choisir sa solution de façon rigoureuse.
01net.
le 10/03/06 à 07h00
Les solutions de sauvegarde conventionnelles sont parfois sources de grande frustration. Les lourdeurs d'exploitation des bandothèques, combinées à l'explosion du volume de données, font qu'il devient difficile d'assurer correctement
les missions de sauvegarde.
Depuis environ trois ans, le disque à technologie S-ATA, alliant grande capacité et bon rapport performance/prix, est venu piétiner le champ d'application de la bande magnétique. ' L'essayer c'est
l'adopter ', assurent les entreprises qui ont franchi le pas de la sauvegarde sur disque. Encore faut-il ne pas se tromper, car les solutions sont multiples.
Les ressources : l'embarras du choix
Première possibilité technique pour faire de la sauvegarde sur disque : des baies spécialisées qui gèrent des technologies de virtualisation simulant le fonctionnement de bibliothèques et de lecteurs de bandes. L'un de ces
matériels, un REO 4000 d'origine Overland, a été retenu par la mairie de Valence pour sauvegarder ses serveurs. Exploité avec le logiciel Time Navigator VTS d'Atempo, le REO 4000 a été configuré avec quatre lecteurs LTO virtuels. Il est aussi
possible de choisir des appliances ne nécessitant pas de logiciel de sauvegarde de tierce origine, telles que les boîtiers Synerbox de Synerway dont s'est équipée la société Promod. Créateur et distributeur de prêt-à-porter
féminin, Promod a retenu la solution Synerbox pour ses établissements européens.
Dans un premier temps, l'entreprise avait pourtant bien essayé d'étendre le périmètre de sa solution de sauvegarde centralisée NetBackup. Mais cela n'avait pas été satisfaisant. ' Auparavant, nous avions mis en
place dans nos sites distants, des robots de sauvegarde pilotés par des agents NetBackup, explique Gérard Facon, responsable système et réseau de Promod. Mais ceux-ci étaient lourds à gérer, le niveau de sécurité n'était pas
optimal et nous n'avions pas de compétences techniques sur place. Nous avions alors commencé à nous intéresser à la sauvegarde par Internet avant de connaître les boîtiers Synerbox. Après une phase de tests positive, nous avons acquis des boîtiers
TX 120. '
Le paramétrage des Synerbox n'a pas posé de problème particulier. ' Il est très simple et peut se faire à travers un navigateur. ' Certains types de NAS sont aussi adaptés à la
sauvegarde. C'est notamment le cas des baies NearStore d'origine Network Appliance, auxquelles s'est intéressé Musiwave.
Ce fournisseur de musique en ligne commercialise ses services essentiellement auprès des opérateurs téléphoniques. Pour cela, il a mis en batterie deux baies NearStore R200 de 26 téraoctets. Ces NAS servent en premier lieu à
l'archivage des fichiers audio, mais un espace d'environ 800 Go a été réservé pour sauvegarder les pages et les données personnelles des consommateurs ainsi que des bases de données MySQL et SQL Server. Enfin, et à condition que l'on dispose
d'un logiciel de sauvegarde supportant le disque, on peut recourir à de classiques baies de stockage S-ATA/ Fibre Channel en lieu et place des bandothèques.
Parallèlement à un chantier de consolidation SAN, le groupe Cegedim, un prestataire de services en ligne pour les professionnels de la santé, a abandonné ses anciennes robotiques pour les remplacer par deux baies FlexLine FLX 280
d'origine Engenio/Storage-Tek. Ces baies, de 20 To chacune, sont répliquées l'une sur l'autre et installées dans deux sites différents. Utilisées exclusivement pour la sauvegarde des 500 serveurs Red Hat, Windows et AIX de la société,
elles sont exploitées par l'intermédiaire du logiciel de sauvegarde d'IBM, TSM (Tivoli Storage Manager). Avec les anciennes bandothèques, ' nous sauvegardions la nuit. Quand Cegedim opérait seulement en
Europe, cette solution suffisait. Mais c'est devenu intenable lorsque nous nous sommes installés au Brésil, au Mexique et en Russie, se rappelle Didier Fleury, le DSI de la société. Nous arrivions à des niveaux de volumes et de
criticité de services tels que nous ne pouvions sauvegarder que les serveurs. '
Les gains : ne pas considérer que la fenêtre de sauvegarde
Si Cegedim a choisi de sauvegarder exclusivement sur disque, c'était pour répondre aux contraintes pesant sur ses fenêtres de sauvegarde. Musiwave a rencontré un problème identique. Le site musical qui n'avait
' quasiment jamais de vraies tranches de temps libre ' est désormais en mesure de lancer l'ensemble des copies de ses bases de données en tout début de matinée et de réaliser ensuite, toutes les une à
deux heures, des ' dumps ' partiels des parties les plus vitales des sites.
Pour autant, c'est moins la vitesse de sauvegarde qui préoccupait ce commerçant en ligne que la rapidité des restaurations. ' Pour nous, le temps de remise en ligne est primordial, explique son
directeur technique, Colin Gruia. Du fait de nos engagements contractuels avec les opérateurs télécoms, nous ne pouvons avoir des coupures de plusieurs heures. En cas de crash d'un serveur, nous devons être capables de le réinstaller en
15 minutes, en le redémarrant à partir d'un CD master et en appliquant l'image disque sauvegardée. ' Opération impossible à conduire rapidement s'il faut recourir à des données sauvegardées sur bande.
La relative cherté des solutions de sauvegarde sur disque doit être mise en rapport avec les gains de productivité que ces solutions procurent et avec leur facilité de maintenance. ' D'expérience, se
remémore Colin Gruia, les sauvegardes sur bande occasionnaient souvent des problèmes de lisibilité, de stockage ou de temps d'accès. Aujourd'hui, le moyen le plus pratique de sauvegarder les données et de conserver les sauvegardes en
ligne, c'est de recourir à ce type de NAS. '
La mise en ?"uvre : réussir le mariage disque-bande
Bien que la bande ait perdu de son lustre, les exploitants sont loin de tous la rejeter. En fait, le recours à des solutions ' disk to disk to tape ' semble la norme, encore que, sur ce
plan, plusieurs variantes soient possibles. Certains se contentent d'équiper leurs appliances de sauvegarde d'un lecteur de bandes. Promod a ainsi retenu des lecteurs VXA-2 pour ses boîtiers Synerbox de façon à apporter un niveau de protection
supplémentaire à ses serveurs distants. Dans chacune des installations européennes de la société, ' les boîtiers Synerbox stockent quinze jours de sauvegardes incrémentielles jour nalières ; tous les quinze jours, une
sauvegarde totale est enregistrée sur bande et on change la bande. '
Ainsi, les données les plus anciennes stockées sur disque ont quinze jours tandis que les plus anciennes sur bande ont un mois. Pour remplacer les cartouches, ' un mail est envoyé automatiquement à nos
correspondants locaux pour qu'ils se chargent de cette opération '. Quant à la surveillance des sauvegardes journalières, ' un mail donnant le statut de la sauvegarde de la veille nous est envoyé tous
les matins '. D'autres exploitants installent la baie de disques en frontal d'une bandothèque.
Pour la mairie de Valence comme pour le CND, il ne fait nul doute qu'un système combinant une baie de disques et une bandothèque LTO représente un bon compromis financier et fonctionnel. Le système de sauvegarde à deux étages REO/NEO,
retenu par le CND, lui permettra de mettre en place une procédure de sauvegarde des postes clients différente de celle des serveurs. Pour les postes de travail, le système REO accélérera les transferts de données vers les bandothèques ; une
fois enregistrées sur bande, les sauvegardes incrémentielles et totales des données ' micro ' seront effacées des disques.
L'intérêt de procéder ainsi ? Optimiser le fonctionnement des lecteurs de bandes : ' Lorsque l'on transférera les fichiers bureautiques du REO vers la bandothèque NEO, les flux de données se feront à
débit constant. D'où une usure moins importante des matériels et des consommables et une maintenance moindre des lecteurs ', affirme Laurent Dassier. L'utilisation d'appliances de sauvegarde conduit à
mettre en place des bandothèques plus petites qu'auparavant.
La mairie de Valence en a fait l'expérience : ' La bandothèque que nous avons acquise en complément du REO était de taille moindre que celle de notre ancien robot. Sur le REO nous conservons jusqu'à trois
semaines d'exploitation ; il n'est donc pas nécessaire de faire appel à la bande pour restaurer des données récentes. Bien évidemment, nous conservons et externalisons sur bandes les sauvegardes mensuelles et
annuelles ', déclare Thierry Panalier, son DSI.
Les écueils : penser sauvegardes hiérarchisées
Les gains en performance qu'apporte le disque sont d'autant plus appréciables que l'intégration d'une solution de sauvegarde sur disque n'est pas forcément d'une grande complexité. Pour tout dire, témoigne Laurent Fanichet, d'Atempo,
' à la mairie de Valence, l'installation du matériel s'est faite en trois à quatre jours et le paramétrage de la politique de sauvegarde s'est étalé sur deux mois. Nous avions démarré avec un paramétrage
" basique " du système, demandant de configurer les bandes virtuelles qui serviraient aux sauvegardes incrémentielles et totales ; nous avons observé la façon dont se déroulaient les sauvegardes, et les volumes qu'elles
consommaient ; le tuning a demandé ensuite une dizaine de jours de prestation entre juin et septembre 2005 '.
Même son de cloche au CND, pour qui la définition de la politique de sauvegarde a été l'affaire de quelques réunions de travail. À l'évidence, il ne faut pas ignorer que la sauvegarde de type ' disk to disk to
tape ' amène à penser en termes de sauvegarde hiérarchisée. Mais cette hiérarchisation des données que l'on répartit sur des disques ou sur des bandes, en fonction de critères d'ancienneté ou de criticité, est d'autant plus
aisée à appréhender que l'on s'appuie sur un logiciel de sauvegarde aux fonctions de visualisation avancées. Ainsi, à la mairie de Valence, on apprécie beaucoup les fonctions de navigation temporelle de Time Navigator, qui se montre capable de
répertorier les différentes instances d'un fichier, que celles-ci soient récentes, stockées sur disque ou plus anciennes, archivées sur bande.
Globalement, il semble que la sauvegarde sur disque n'impose pas de modification drastique des procédures de sauvegarde. Chez Cegedim, par exemple, ' on a conservé notre logiciel de sauvegarde Tivoli, qui a été
reparamétré de façon à rediriger les sauvegardes vers les baies de disques. On continue de conduire nos plans de sauvegardes incrémentielles et totales comme auparavant '.
De tels propos sont toutefois à nuancer : comme le système de sauvegarde devient plus performant, de nouvelles perspectives d'utilisation s'ouvrent aux administrateurs. Il devient possible de sauvegarder correctement les postes
clients comme les serveurs, et de prendre en compte de nouvelles technologies. En définitive, bien que l'acquisition d'une solution de sauvegarde sur disque se traduise par un surcoût financier, les avantages procurés, tant en termes de qualité de
service que de productivité de l'exploitation, compensent les investissements initiaux. Ce qui n'empêche pas les exploitants de tenter d'optimiser les coûts de possession.
A ce sujet, deux points mériteront leur attention : la planification des espaces de stockage, d'une part, puisqu'il devient tentant d'utiliser toujours plus d'espace disque ; l'évaluation des tarifications des logiciels de
sauvegarde, d'autre part, car les modes de licensing ne font pas toujours bon ménage avec les technologies de virtualisation des lecteurs et emplacements de bandes.
1 - des performances améliorées
La sauvegarde sur disque répond au problème des fenêtres de sauvegarde trop étroites. Elle permet aussi d'améliorer grandement les vitesses de restauration des données récentes. En cela, la bande est pénalisée par ses temps de
latence et son mode d'accès séquentiel aux données.
2 - une exploitation plus productive
Grâce au disque, les exploitants réalisent plus facilement les sauvegardes synthétiques. Pouvoir virtualiser plusieurs lecteurs de bandes sur une appliance de sauvegarde sur disque permet de paralléliser les actions. La maintenance
des disques est plus aisée que celle des bandes et les données sur disque sont protégées en Raid 5.
3 - des offres trop diversifiées
Les solutions de sauvegarde sur disque se sont multipliées et panachent matériels et logiciels diversifiés (appliances tout-en-un ou baies de disques banalisés, lecteurs de bandes intégrés ou bibliothèques externes, logiciels avec ou
sans options de virtualisation, etc.). Il convient de choisir avec soin la solution qui s'intégrera au mieux à l'existant et de mesurer les contraintes d'exploitation.
4- des licences logicielles chères
Les boîtiers de sauvegarde sur disque proposent d'intéressantes technologies de virtualisation de lecteurs et de bandothèques. Néanmoins, les éditeurs de logiciels de sauvegarde considèrent parfois les éléments virtuels (lecteurs et
' slots ) de la même façon que les composants physiques. Ce qui peut inciter les utilisateurs à ne pas tirer parti de ces fonctions et à se tourner vers une tarification à la capacité brute plus
intéressante.
retour d'expérience : Thierry Panalier (mairie de Valence) : ' Pour un surcoût minime, notre sauvegarde est plus sécurisée et rapide '
' Nous avons retenu le logiciel Time Navigator VLS d'Atempo et une baie de disques Overland REO 4000 qui, configurée en Raid 5, offre un espace de sauvegarde de 1,5 To. Pour externaliser nos
sauvegardes, nous avons investi dans une bandothèque plus petite que notre ancien robot ', explique Thierry Panalier. Cette modernisation répondait à un problème de fenêtre de sauvegarde. ' Nous
lancions nos sauvegardes le soir vers 20 heures et celles-ci ne s'achevaient qu'en début de matinée. ' Avec le nouveau système, ' tout est fini vers minuit et demi '.
Les gains en temps tiennent notamment au fait que le boîtier REO a été configuré avec quatre lecteurs de bandes LTO virtuels, ' ce qui fait que l'on peut mener quatre travaux de
front '. Les exploitants conservent en ligne un important historique des données. ' La période de rétention des données sur le REO est de trois semaines ; auparavant, nous ne pouvions conserver que
deux semaines de données sur cartouches. ' Ce qui n'est pas sans incidence sur les restaurations puisque ' la plupart du temps, nous n'avons besoin de restaurer que des données de moins de trois
semaines. Celles-ci étant sur disque, les restaurations se font en quelques minutes '.
Mairie de Valence
retour d'expérience : Laurent Dassier (Centre national de la danse) : ' Nous projetons de sauvegarder les postes clients '
L'impossibilité d'assurer correctement les sauvegardes a poussé le CND vers le disque. Cet établissement public a dû faire face à la montée en puissance de ses serveurs. ' Quand le CND a été créé, le
problème de la sauvegarde était très basique ; il se limitait à la sauvegarde de deux serveurs sur bandes AIT-2. Mais nous nous sommes agrandis et gérons désormais une vingtaine de serveurs Apple, Sun, Linux et Windows. Cela posait un
problème : la sauvegarde de notre site consommait l'intégralité des cartouches de notre bandothèque. Nous devions intervenir presque tous les jours pour enlever et remplacer les cartouches. '
Finalement, le CND a opté pour une solution associant des matériels Overland (une baie REO 4000 d'une capacité de 2 To couplée à une bibliothèque LTO NEO 8000) et le logiciel de sauvegarde NetVault de BackBone Software, dans
sa version pour Mac OS X Server. Pour Laurent Dassier, le bilan est simple : ' Auparavant, il nous fallait pratiquement 24 heures pour sauvegarder 180 Go, aujourd'hui, nous pourrions accomplir les sauvegardes
totales en moins de 6 heures. ' Pour autant, le CND n'a pas configuré des lecteurs virtuels sur son REO. ' Nous avions testé les fonctions d'émulation ; cela marche très bien. En revanche,
nous avons préféré, pour notre logiciel de sauvegarde, une tarification à la volumétrie, plus avantageuse que la tarification au nombre de slots. '
CND (Centre National de la Danse)
avis d'intégrateur : Gérard Porcel (MIBS) : ' La bande va rester, mais elle sera utilisée différemment '
<i>Décision informatique :</i> La sauvegarde sur disque décolle-t-elle ?
Gérard Porcel : D'après nos partenaires, moins de 10 % de la base installée sont passés à la sauvegarde sur disque. En revanche, notre expérience montre qu'aujourd'hui la moitié des propositions d'intégration
inclut de la sauvegarde sur disque. Cette proportion est en augmentation.
Quels en sont les avantages ?
La sauvegarde sur disque a pour elle la rapidité et la souplesse de programmation des scripts et de configuration des lecteurs et bibliothèques virtuelles. Il est plus facile de générer des sauvegardes synthétiques totales sur disque
que sur bande. Le disque facilite l'implémentation de fonctions de sauvegarde incrémentielle en mode bloc. Il répond également au problème de la sauvegarde des postes clients.
Le disque va-t-il supplanter la bande ?
On se dirige plutôt vers une cohabitation des deux systèmes, avec cependant une diminution de la taille des bibliothèques. La bande va rester, mais elle sera utilisée différemment, pour les politiques d'externalisation
notamment.
MIBS (Filiale du Groupe IB-Group)