Retour en grâce pour le protocole SIP
Adopté par tous, le protocole d'initiation de session devient la clé de voûte des réseaux IP et des services de VoIP, de visioconférence, de chat...
01net.
le 19/05/06 à 07h00
Aujourd'hui la majorité des annonces réseaux, et même logicielles, met en avant le protocole d'initiation de session SIP, comme un viatique obligatoire pour séduire les utilisateurs. C'est avant tout le signe de la maturité de ce
protocole qui se pose de plus en plus comme la clé de voûte des réseaux et des services du futur. Le 7 mars 2006, lors de la conférence VoiceCon, même Cisco ?" qui jusqu'alors promouvait MGCP et Skinny, voire H.323 ?"
annonçait des applications de communications unifiées avec pour pierre angulaire SIP.
' Pour intégrer SIP dans les produits, il a fallu attendre sa finalisation fin 2003 et sa mise en ?"uvre courant 2004. Le temps que les solutions soient prêtes, le délai est normal ',
justifie Michel Cugnot, consultant Communications Unifiées chez Cisco. En réalité, Cisco est surtout parmi les derniers du marché à adopter le protocole...
De nouveaux services
SIP est le garant d'une interopérabilité entre matériels et logiciels, une nécessité pour assurer la convergence informatique-télécoms impulsée par la VoIP. En jeu, les communications unifiées, soit un nouveau modèle économique et
technique pour la mise en ?"uvre des communications. Preuve en est, tout le monde fourbit ses armes, éditeurs y compris : IBM, dont la dernière actualisation de WebSphere incorpore SIP, Oracle, avec Hotsip, mais aussi Microsoft qui l'utilise
depuis longtemps pour sa messagerie instantanée et l'embarque au sein de son serveur LCS (Live Communications Server), clé de voûte de sa messagerie unifiée.
' Avec LCS, il est possible d'écouter les messages vocaux depuis l'interface d'Outlook ; et de lire ses e-mails, grâce au text-to-speech, depuis un GSM. Mieux il est possible de synchroniser les calendriers
de divers intervenants, par exemple. La vidéoconférence aujourd'hui bidirectionnelle sera dès juin multi-utilisateurs. Autant de fonctions qui sont rendues possibles grâce à SIP/SIMPLE, un choix qui s'impose pour faire converger les communications
de tous types vers le PC ', explique Gwenaël Fourré, chef de produit LCS.
Les opérateurs télécoms ne sont pas en reste, comme neuf cegetel avec son service de téléphonie grand public Wengo, fondé sur SIP, et
Interoute et ses services de VoIP professionnels iSip, pour ne citer qu'eux. Même les acteurs historiques de la visioconférence poussent en faveur de SIP, loin de voir dans
l'interopérabilité de leurs solutions avec ces nouveaux services IPune menace pour leur marché.
' Aujourd'hui, l'ensemble de notre offre est compatible SIP. La croissance annoncée de la visioconférence individuelle sur IP et l'attrait des grands équipementiers pour ce marché représentent pour nous une
opportunité. Nous formons des alliances avec ces derniers, qui viennent piocher dans notre catalogue une offre complémentaire à la leur. Par exemple, Alcatel a récemment intégré à son outil de travail collaboratif My Teamwork, notre client logiciel
PVX de visioconférence ', résume Joël Hamon, directeur de Polycom France.
La glu de la convergence
Protocole magique ? Non, mais SIP a l'élégance de la simplicité et autorise une adjonction de nouveaux services liés au ' rich média '. Son rôle n'est que d'établir, modifier et
terminer des sessions multimédias et des appels téléphoniques. Les fournisseurs profitent de certaines de ses fonctions pour bâtir leurs arguments de vente. Principale d'entre elles, la gestion de présence. Schématiquement, l'indicateur de présence
signale si votre interlocuteur est disponible pour répondre à votre appel téléphonique ou converser par la messagerie instantanée.
Si la convergence entre informatique et télécoms remet SIP sur le devant de la scène, c'est aussi parce que ' les opérateurs, notamment mobiles ont fait le choix de SIP comme protocole pour leurs plates-formes,
sur tout en vu d'IMS ', rappelle Michel Cugnot.
Pour mémoire,
IP Multimedia Subsystem est cette infrastructure qui fait converger le monde IP et la téléphonie cellulaire ou fixe. SIP joue alors le rôle de glu pour la mise en place des
sessions.
' Le choix de SIP comme protocole de signalisation tient à une seule chose. Contrairement à H.323 ou H.248, il est ouvert et disponible. Le seul bémol réside sur les extensions, et certaines fonctions qui ne sont pas
encore définies dans le protocole. Chacun développe donc ses propres extensions, ce qui génère des problèmes d'interopérabilité ', commente Frédéric Fleurat, directeur technique de Lucent.
Concrètement, chaque utilisateur aura un identifiant SIP de type XXX@domaine.fr. Ce faisant, où que soit cet utilisateur et quel que soit son terminal, il sera reconnu par l'opérateur local. Et par l'intermédiaire d'un jeu de domaines
et d'échanges interopérateurs, il bénéficiera de son environnement informatique et télécoms habituel, auquel s'ajoutera une flopée de services additionnels proposés par les opérateurs. ' Tout le monde a peur de Google ou de
Yahoo!. Avec IMS, ils pourront proposer des services en quelques semaines et les retirer s'ils ne fonctionnent pas. Ils ont tous intérêt à y aller ', conclut Frédéric Fleurat.
Vers la convergence des communications
1 - Fonction de répondeur téléphonique incorporée à l'interface.
2 - Consultation du message du répondeur téléphonique sur le PC.
3 - Écoute des e-mails reçus convertis au format sonore.
4 - Indicateur de présence.
5 - Via le client de messagerie unifiée, appel d'un correspondant en cliquant sur le nom dans le carnet d'adresses.
6 - Visioconférence.
7 - Chat.
Des alternatives à SIP
Si SIP apparaît de plus en plus comme une brique fondamentale des réseaux convergents, il n'est cependant pas le seul protocole sur le marché. Longtemps, MGCP ' d'origine Cisco ?" et H.323 ont fait les beaux
jours de la VoIP. Tous deux originaires du monde des télécoms, ils semblent aujourd'hui dépassés par la simplicité de SIP.
Ce n'est pas le cas de Jabber, protocole utilisé pour le chat, qui est en avance sur SIP. ' À l'IETF, on travaille sur des technologies issues de SIP et du peer to peer ', rappelle
Jean-François Rey, architecte système à la division entreprise d'Alcatel. Sans oublier ces services très populaires qui utilisent des technologies propriétaires, comme Skype. SIP cohabitera donc avec d'autres protocoles et technologies. Mais le
dynamisme de la communauté SIP lui donne une petite longueur d'avance.
Pierre-Alexandre Fuhrmann (Aastra Matra Telecom) : ' Toutes les fonctions ne sont pas encore définies '
Pierre-Alexandre Fuhrmann est directeur général délégué d'Aastra Matra Telecom. La société fournit des systèmes et des réseaux de communication IP.
' Il y a deux manières d'envisager SIP. D'un point de vue télécoms, il s'impose comme le protocole de la téléphonie sur IP. D'un point de vue applicatif, il apporte des services, comme la gestion de présence. En
Europe, il est pour l'instant considéré pour son apport dans les télécoms. Aujourd'hui, tout le monde l'implémente, car les services téléphoniques de base sont suffisamment définis dans le protocole : décroché, transfert d'appel, conférence,
etc. Mais on est encore loin d'avoir des fonctions équivalentes à celles des systèmes téléphoniques classiques. Par exemple, le rappel automatique n'est pas encore formalisé. Cela dit, la situation évolue vite et une simple mise à jour des firmware
permet d'accéder aux nouvelles fonctions définies. SIP sera toujours en chantier, mais à terme, il sera assez riche pour que nous puissions en faire ce que nous voulons, et dépasser avec les IPBX SIP les capacités fonctionnelles des systèmes
traditionnels. '
Jean-François Thau (Hypcom) : ' Humaniser les communications d'entreprise '
Jean-François Thau est le PDG d'Hypcom. Un grossiste en équipements de réunion en distance, audioconférence, visioconférence, webconférence...
' Nous avons constaté une très nette accélération du marché de la voix sur IP au troisième trimestre 2005, ce qui explique l'effervescence autour de SIP. Tout le monde a compris que l'interopérabilité des
solutions serait un facteur de croissance. Après avoir mûri son offre, Cisco se rallie à SIP. Il s'agit clairement d'une stratégie de contrôle du marché afin d'arriver au bon moment avec les bons équipements. En enrichissant l'offre au niveau
applicatif, les équipementiers consolident leur stratégie sur la partie infrastructure, ce qui est un coup de billard à deux bandes. Mais cela correspond à une véritable demande : des opérateurs, qui ont compris qu'à terme la voix serait
gratuite et qui cherchent à proposer de nouveaux services plus rémunérateurs. Et des entreprises, qui veulent humaniser un peu plus les communications dans l'entreprise et contrer la toute puissance de le-mail : la visioconférence répond à ce
besoin. '