Benoît Legait, (Ecole des mines de Paris, Conférence des grandes écoles)
' Au savoir-faire technique de l'ingénieur s'ajouteront un savoir-être et une ouverture vers l'international. '
01net.
le 05/07/06 à 07h00
<i>01 Informatique :</i> A quoi ressemblera l'ingénieur de l'avenir ?
Benoît Legait : L'Ecole des mines de Paris enquête régulièrement auprès des entre-prises pour savoir comment elles conçoivent les ingénieurs de demain. Indépendamment des lieux communs (changement de métier et de
fonction plusieurs fois dans leur carrière, mobilité...), trois critères ressortent. D'abord, la dimension internationale. Outre maîtriser plusieurs langues, ils devront être capables de travailler dans des équipes internationales
multiculturelles.
Ensuite, le savoir-faire technique, primordial. Un ingénieur restera un expert doté de compétences techniques et scientifiques. Dans leurs cursus, de nombreuses écoles ont multiplié les options. Du coup, il est parfois difficile
pour les entreprises de savoir avec quel bagage de base sort le jeune diplômé de telle ou telle école. Enfin, le savoir-être. Les étudiants devront pouvoir, par exemple, gérer la complexité dans les projets et travailler en équipe.
Comment les écoles d'ingénieurs vont-elles faire évoluer leur formation pour mieux préparer les élèves au monde professionnel ?
Les écoles ont déjà largement orienté leurs cursus vers l'international, et elles vont continuer de le faire. Tous les étudiants devront avoir effectué un stage ou une partie de leurs études à l'étranger. Les écoles organisent
aussi de plus en plus d'activités pédagogiques novatrices pour développer le savoir-être des étudiants. A l'Ecole des mines de Paris, nous avons lancé le projet mécatronique, dont le but est de réaliser un drone, un robot ou un système électronique
avec des élèves de lycées professionnels. Les étudiants des Mines apprennent à travailler dans des équipes très diversifiées, et se rendent ainsi compte qu'ils ont besoin des uns et des autres.
Concernant le savoir-faire technique, nous cherchons une solution au problème posé par le niveau de mathématiques du concours commun Mines-Ponts. Le bagage acquis en classes de première et de terminale a, en effet, décru ces
dernières années, car il y a moins d'heures d'enseignement consacrées cette matière. Pourtant, les programmes de concours sont restés peu ou prou les mêmes. On pourrait envisager des cursus de rattrapage pour ceux qui ont des lacunes à
combler.
Le stage reste une expérience très enrichissante pour les élèves. L'international est-il obligatoire ?
Un bon stage, d'une durée de trois à six mois, doit être effectué avec un professeur, dans une école ?" le meilleur cas de figure n'étant pas celui de l'étudiant, toujours en formation, qui se retrouve livré à lui-même.
Un tuteur l'aide à prendre du recul par rapport à son expérience, et à trouver quelques pistes de réflexion s'il rencontre un problème lors de son stage.
A l'Ecole des mines de Paris, un des deux stages a lieu systématiquement à l'étranger. En dehors des destinations traditionnelles que sont l'Europe et les Etats-Unis, certaines zones géographiques intéressent les entreprises,
dont l'Asie ?" et surtout la Chine ?", l'Amérique latine ?" notamment le Brésil ?", et l'Europe de l'Est ?" en particulier la Pologne et dans une moindre mesure la Russie. Un séjour à l'étranger
est vraiment un bonus, devenu incontournable. Grâce à cette expérience, l'élève prouve son ouverture d'esprit, mais aussi qu'il est capable de s'adapter à un environnement nouveau et de prendre des risques.
Quelles autres qualités l'étudiant doit-il développer pour coller au mieux aux profils recherchés par ses futurs employeurs ?
De plus en plus, les entreprises recherchent des jeunes diplômés mobiles. Ils doivent être prêts à se déplacer en France ou dans le monde, et accepter de partir trois ans en Roumanie ou au Brésil ! Ils changeront également
plusieurs fois de métier au cours de leur carrière. Leur formation peut les y préparer. Ainsi, à l'Ecole des mines de Paris, on enseigne aux élèves des disciplines scientifiques variées (les matériaux, la mécanique, l'énergie, etc.), utiles dans de
nombreux secteurs.
Il leur faudra aussi apprendre à développer une activité ou des projets nouveaux au sein même de leur entreprise : être des ' intra-entrepreneurs '. Et cela, c'est d'abord un
état d'esprit. Il faut aimer entreprendre. L'ingénieur doit faire preuve de créativité et d'une capacité à gérer et à susciter l'innovation au sein d'une équipe, par exemple. Ce qui requiert un minimum de savoir-faire et de compétences en gestion de
linnovation.