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' Logiciels : Paris, capitale du libre... arbitre ! '

Réponse à la Carte blanche de Danielle Auffray, publiée dans 01 Informatique 1863

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Le saviez-vous ? L'édition de logiciels crée en moyenne 8 % d'emplois de plus chaque année, réalise des taux de croissance trois fois supérieurs au PIB, et le tiers de son chiffre d'affaires est investi en recherche et développement.
Bien que dynamique, ce secteur n'en est pas moins fragile. Méconnu des décideurs publics, atomisé et trop rarement présent à l'international, il ne s'engage pas avec tous les atouts requis dans la compétition qui se joue aujourd'hui. Pourtant, l'enjeu est majeur. C'est celui du maintien d'une capacité d'innovation en France et de l'ensemble des emplois hautement qualifiés qui en dépendent. Les emplois que représentent les 2 500 éditeurs de logiciels français. Toute initiative traduisant une prise de conscience publique de l'enjeu serait donc à saluer.
Il se trouve justement que la Mairie de Paris consacre un grand rendez-vous public au logiciel ou plutôt au logiciel libre. En effet, cette dernière, qui co-organise avec l'Association des sociétés de service en logiciels libres (ASS2L) l'événement intitulé Paris, capitale du libre, précise que ' ce parrainage entend marquer l'engagement de la ville de Paris en faveur des industries parisiennes du logiciel libre et mettre en valeur la place prééminente de Paris dans le développement de l'open source '. Pourquoi donc le logiciel libre en particulier et non pas le logiciel dans son ensemble ?
Alors que tout démontre aujourd'hui que l'opposition entre propriétaire et open source n'est ni constructive ni conforme à la réalité, le fantasme libertaire d'un logiciel libre émancipateur semble avoir la vie dure dans notre pays. Surfant sur la vague altermondialiste, la mention ' open source ' serait finalement devenue un argument marketing. Mais que recouvre la réalité de l'open source ? En premier lieu, le modèle du logiciel libre conçu individuellement ne s'est pas concrétisé en un modèle économique. Ce n'était pas le but. Le logiciel libre est en réalité aujourd'hui soit le fait de communautés de développeurs organisées ou non en fondations, et financées par de grands acteurs internationaux du marché, principalement américains, soit le fait de sociétés de service (SSII). Dans les deux cas, le modèle économique du libre repose presque exclusivement sur la vente de prestations de services.

Un logiciel innovant doit être créateur de richesses

Mais lorsque le logiciel impose de gros investissements en R&D (technologie nouvelle, ergonomie particulière, spécialisation métier), ce modèle atteint ses limites. On ne finance pas une industrie lourde avec du service. Personne ne soutient donc qu'on puisse développer l'innovation sans y investir. Personne... sauf peut être la Free Software Fondation (FSF) ainsi conviée à Paris, capitale du libre. Son fondateur Richard Stallman, qui ne considère pas le célèbre navigateur Firefox comme un logiciel libre, affirme tout de go : ' Comment les entreprises développant des logiciels libres peuvent-elles vivre de leurs programmes ? Cette question ne m'intéresse pas. Moi, je suis contre la société de marché '.
Fort heureusement, nombreux sont ceux qui travaillent à cumuler les avantages respectifs des modèles plutôt qu'à les opposer. Ainsi, beaucoup d'acteurs du service et de l'édition de logiciels intègrent aujourd'hui des composantes open source et propriétaires dans leurs solutions. En témoignent également les convergences à l'?"uvre dans le modèle dit hybride du ' dual licensing '. Pour être innovant, le logiciel, quelle que soit sa forme, doit être créateur de richesses et transformer la créativité et les savoir-faire en biens durables.
Faire le pari d'une économie fondée sur la gratuité relève de la pure utopie. Quant à celui d'une économie fondée uniquement sur le service : le prix à payer serait la perte d'une capacité de R&D en France et d'emplois à haute valeur ajoutée difficilement délocalisables en Inde. Nous, éditeurs de logiciels, qui contribuons à doter la France d'avantages compétitifs et d'emplois pérennes, ne comprenons donc pas le soutien public apporté à une initiative qui prétend ' dynamiter ' cet écosystème de croissance.
*présidente de l'Association française des éditeurs de logiciels (Afdel). Elle est également présidente dExtensity France (ex-Geac France).
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