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Coup de balai sur les.eu

Alors que les entreprises se sont ruées sur les noms de domaine européens, la commission en charge de la gestion du.eu tape du poing sur la table. Soixante-quatorze mille domaines sont suspendus et quatre cents entreprises d'enregistrement poursuivies en justice.

C'est une gigantesque escroquerie que vient de dévoiler l'EURid, l'organisme chargé de gérer les nouveaux noms de domaine européens en.eu. Fin juillet, ce sont pas moins de soixante-quatorze mille noms de domaine qui ont été bloqués, et quatre cents registrars poursuivis en justice. Ces sociétés d'enregistrement, pourtant agrées par l'EURid pour attribuer des domaines en.eu aux entreprises européennes, ont acquis ces soixante-quatorze mille noms à seule fin de spéculer, de les vendre aux plus offrants. Une pratique interdite en Europe par la charte édictée par l'EURid, qui dit que les entreprises ou les particuliers ne peuvent prétendre à un domaine en.eu que pour leur usage propre, aucune revente n'étant en principe possible.

Un lancement pourtant surveillé

Si aucun des registrars poursuivis n'était basé en France, tous présentent un point commun : ils sont contrôlés par trois sociétés chypriotes, Ovidio Ltd, Fausto Ltd et Gabino Ltd. Quand on sait que pour être registrar, il fallait effectuer un dépôt de 10 000 $, ces cybersquatteurs, en créant quatre cents de ces sociétés d'enregistrement, espéraient monnayer cher leurs soixante-quatorze mille domaines.
On se souvient que pour se prémunir contre une spéculation qui aurait pu faire du continent une terre de prédilection pour les cybersquatteurs, l'EURid avait mis en place une procédure de pré-enregistrement pendant la période dite Sunrise. PricewaterhouseCoopers se chargeait alors de vérifier la légitimité des dossiers de demande. Une précaution qui, bien que jugée longue, coûteuse et inutilement complexe par certains, n'aura pas empêché cette fraude de grande ampleur. L'EURid espère maintenant pouvoir libérer les soixante-quatorze mille domaines en question prochainement afin de permettre aux entreprises éventuellement lésées de les récupérer. En dehors de cette action spectaculaire, l'EURid a mis en place l'ADR (Alternative Dispute Resolution), commission d'arbitrage jouant le même rôle que leWIPO (World Intellectual Property Organization), qui applique la charte définie par l'Icann pour les domaines en. com et. org notamment. Stephan Ramoin, p-dg de Gandi, estime que ' la procédure peut être rapide, mais coûte environ 4 000 euros, dont 2 000 euros de frais administratifs et autant en frais d'avocat '. Gandi, qui a enregistré environ 22 000 des 120 000.eu demandés par des entreprises françaises, assiste ces clients en cas de plainte.

Un décollage fulgurant

Si les professionnels de la vente des noms de domaine s'attendaient à une ruée sur le.eu, leurs v?"ux ont été exaucés. Dès l'ouverture des inscriptions, le 7 décembre, l'EURid enregistrait 71 235 candidatures dès la première heure. Le 7 avril, le grand public était autorisé à acheter des noms de domaine, une mesure qui se soldait par 702 684 demandes supplémentaires en quatre heures. Trois mois après l'ouverture officielle des enregistrements, la barre des deux millions de domaines était atteinte. Avec plus de 630 000 noms déposés outre-Rhin, l'Allemagne devance le Royaume-Uni et les Pays-Bas dans lengouement des Européens pour le.eu, les Français étant battus par les Italiens.

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