WiMAX, les élus à l'affût
Une évidence : le WiMAX désenclavera les zones blanches. L'importance des investissements consentis place les élus en position d'arbitres.
01net.
le 11/10/06 à 07h00
Des opérateurs ont payé, parfois très cher, pour obtenir
une des 49 licences régionales WiMAX. Cette licence les oblige à déployer les infrastructures prévues au cahier des charges qu'ils ont rendu à l'autorité de régulation des
télécoms (Arcep) pour désenclaver les zones blanches et grises d'ici à deux ans. Un gage d'accès bon marché au haut-débit pour toutes les PME de France ? Pas si sûr. En effet, certaines régions ont aussi obtenu des licences, conjointement aux
opérateurs, ou bien parfois deux opérateurs rayonnent sur la même région. Une situation qui laisse perplexe bon nombre d'observateurs quant aux modèles commerciaux sur lesquels misent les opérateurs.
Dans le principe, comme le rappelle Rémy Prin, responsable TIC du Pays des Vals de Saintonge, ' les collectivités ne peuvent être opérateurs, sauf carence manifeste. Elles vont donc attribuer une délégation de
service public à un opérateur ?" HDDR, Maxtel, SHD, Bolloré Télécom ?", lequel déploiera l'infrastructure. Il faut bien comprendre que ces derniers n'opéreront que l'infrastructure. Les offres commerciales seront effectuées par
des tiers : Free, AOL, Neuf Cegetel ou des opérateurs de services locaux. ' Ceux qui déploieront l'infrastructure feront donc de la revente de gros à des opérateurs de services, locaux ou nationaux. Lesquels proposeront
leurs offres commerciales aux entreprises et au grand public.
Dans un premier temps, ce modèle, s'il bénéficie à l'entreprise qui aura finalement accès au haut-débit, laisse circonspect sur sa viabilité financière. D'autant plus que nombre de licences ont été attribuées dans des zones où le
haut-débit est déjà fortement présent à l'image de l'Île-de-France, de la Bretagne ou de Paca.
' Nous sommes convaincus qu'en France, le WiMAX restera essentiellement un marché de niche du fait de la capillarité de l'ADSL, lequel couvre déjà 96 % de la population ', analyse
Julien Grivolas d'Ovum. Un discours plus modéré que celui de Bernt Ostergaard, analyste pour Current Analysis (lire l'encadré
' Personne ne fera de l'argent avec le seul WiMAX '), persuadé que nombre de
licences seront revendues à moyen terme. Une possibilité offerte par le marché secondaire, et déjà exploitée. Certains tentent en effet de vendre l'exploitation de fréquences à des collectivités locales sur certaines zones, en réalisant un bénéfice
à la clé. ' Nous allons assister à des reventes d'engagements dans tous les sens, certaines sont déjà prénégociées. L'idée est de récupérer un peu d'argent et de se concentrer sur les zones denses ',
affirme un équipementier sous couvert d'anonymat.
Le nomadisme pour les collectivités
Les collectivités sont plus optimistes. Comme le rappelle Rémy Prin, les opérateurs, quels qu'ils soient, ont l'obligation de couvrir les zones blanches et grises. Il y aura donc du haut-débit partout. Pour ce faire, certains
départements mettent la main à la poche pour financer les opérations de génie civil et s'arrangent ensuite avec le délégataire pour l'exploitation. Ces mêmes collectivités, outre l'aménagement du territoire, ont l'obsession du nomadisme :
pouvoir accéder au haut-débit dans le cadre d'un hot spot ou via un PC portable au sein de l'entreprise.
Ainsi, l'ambition de Nancy est de tisser un maillage très dense de points d'accès dans les zones très fréquentées. ' C'est un modèle qui tient la route, mais qui est en concurrence avec les nombreux
hot spots déjà déployés ', rappelle Bernt Ostergaard. Pour mémoire, la stricte mobilité, soit le passage d'un point d'accès à un autre (handover), est strictement interdite par l'Arcep
aujourd'hui. En attendant la mise au point du WiMAX mobile (802.16e), au mieux fin 2007, les déploiements s'effectueront avec du fixe ou du ' prémobile ' évoluant par mise à jour logicielle ou matérielle.
L'enjeu est colossal, ' une fois effective, la normalisation du WiMAX mobile engendrera des économies d'échelle au niveau d'un marché devenu mondial ', explique Nicolas Pinton, directeur
général de HDDR. On comprend que chacun tente de se placer sur ce marché. ' Il ne faut pas oublier que les collectivités communiquent entre elles et peuvent exercer des pressions sur les opérateurs ',
prévient toutefois Jean-Pierre Messin, chef de cabinet de Charles Choné, vice-président de la communauté urbaine du Grand Nancy.
Par ailleurs, ' les collectivités ou les opérateurs ne construisent pas un réseau strictement WiMAX car, en dehors des zones très rurales, ils utiliseront aussi la fibre optique, l'ADSL ou éventuellement de la
BLR. Le WiMAX étant une partie de cet arsenal ', rappelle Rémy Prin. Un panachage de technologies pour desservir au mieux les utilisateurs en leur proposant des alternatives d'accès. Mais aussi pour assurer la collecte des
données (dorsale) et leur transport au niveau national. D'où l'obsession des opérateurs de tisser un réseau national comme le confirme Nicolas Pinton de HDDR. Dans ce modèle, par le biais d'accords croisés, chacun pourra acheminer ses flux en tout
lieu à la demande par les réseaux de son concurrent. Un opérateur de services pourra ainsi faire transiter des flux vendus par un opérateur étranger sur une multitude de réseaux et les transmettre à son client final.
' Les opérateurs ont enfin compris qu'il y avait, d'une part, les tuyaux, et de l'autre, les flux qui passent dedans. Comme les autoroutes. Elles appartiennent à plusieurs opérateurs, mais tout le monde peut les
emprunter moyennant un droit de péage. Il en ira exactement de même dans les télécoms ', conclut Jean-Pierre Messin.
Des situations locales très variées
Bolloré Télécom, Maxtel SHD et HDDR ont remporté une grande partie des licences WiMAX régionales. Les engagements de déploiement de points d'accès à l'horizon 2008 sont très variables selon les zones. Dans la
majorité des régions, ces déploiements seront effectués en priorité dans des zones peu urbanisées. On ne connaît rien des projets de Free, détenteur de la seule licence nationale.
WiMAX remplaçant de wi-fi un jour ?
L'ordinateur portable WiMAX ? Le téléphone WiMAX ? Pas tout de suite. Intel a beau peser de tout son poids pour promouvoir cette technologie, qu'il considère comme un futur remplaçant de Wi-Fi, elle reste massivement
aux mains des opérateurs de réseaux. Pourtant, le numéro un mondial des microprocesseurs a annoncé cet été une puce Rosedale II qui gère la version mobile du protocole et devrait être livrée aux OEM d'ici à la fin de l'année. Les intentions d'Intel
n'ont pas changé depuis 2004, une future version de Rosedale figurera dans la plate-forme Centrino, probablement fin 2007 ou début 2008. D'ici là, la course est engagée pour la fourniture des premières cartes d'extension pour ordinateurs portables,
attendues au début de l'année prochaine. Samsung teste pour sa part des téléphones WiMAX.
Un modèle économique incertain : Bernt Ostergaard (Current Analysis) : ' Personne ne fera de l'argent avec le seul WiMAX '
' L'aménagement du territoire est un prétexte. Car qui peut croire à un modèle commercial viable de cette façon ? Même avec 3 à 4 millions de personnes à raccorder, personne ne fera d'argent avec
le WiMAX en tant que tel. Une autre hypothèse est de bâtir une dorsale WiMAX pour délivrer du Wi-Fi, sans services à valeur ajoutée. Pour que le modèle soit viable, il y a deux défis à relever : la connexion finale et la couverture. Le GSM a
explosé en atteignant une couverture nationale, voire internationale, avec des équipements compatibles.
Clairement, c'est ce que visent les opérateurs, bâtir une infrastructure réseau parallèle et l'exploiter nationalement. Toutefois, régler les problèmes d'homogénéité des équipements prendra du temps. Dans l'intervalle, plusieurs
scénarios sont possibles : hot spot sur un marché de niche, mais aussi la revente des licences à France Télécom, EDF, Suez, GDF ou autres. '
Un gage de croissance économique : Charles Choné (communauté urbaine du Grand Nancy) : ' Il faut éviter la constitution de nouveaux monopoles '
' Avant toute chose, je déplore profondément que l'État ait choisi de mettre les fréquences WiMAX aux enchères au lieu de les attribuer aux régions. Ce que nous désirons, c'est une vraie compétition entre
opérateurs afin d'obtenir une situation équilibrée et des tarifs équitables. Nous voulons par tous les moyens empêcher la constitution de nouveaux monopoles ou oligopoles. Pour la communauté urbaine de Nancy, nous envisageons de couvrir les zones
blanches en WiMAX pour apporter du haut-débit aux entreprises et aux particuliers, mais aussi de privilégier le nomadisme qui est la clé.
Aujourd'hui nous voulons accroître la capillarité de ce réseau avec des hot spot Wi-Fi. Par ailleurs, l'enjeu est d'aller au-delà de l'ADSL avec des débits montants et descendants plus élevés, un souhait formulé par beaucoup
dentreprises, gage certain de croissance économique. '