SGBDR libres : prêts pour les projets critiques
Les entreprises adoptent les systèmes de gestion de base de données relationnels libres et y hébergent des données d'applications métier critiques.
01net.
le 10/11/06 à 07h00
Qui aurait cru, il y a quelques années, que des entreprises telles que Franprix, La Fnac, le Crédit Agricole ou le Crédit Mutuel baseraient tout ou partie de leur système d'information sur une base de données libre ? Talonnant
désormais leurs concurrentes commerciales, PostgreSQL et MySQL marchent sur les traces de Linux et d'Apache, avec le succès qu'on leur connaît dans le domaine des OS et des serveurs Web. À tel point que le Gartner Group estime que MySQL sera un
choix sûr pour le déploiement d'applications critiques dès 2007.
À mesure que les briques d'infrastructure se banalisent, les solutions propriétaires sont peu à peu remplacées par des outils open source. C'est aujourd'hui le tour des bases de données. L'adoption de ces SGBDR libres se généralise
même si vite que le Gartner Group a réalisé en mai dernier une étude consacrée à ce phénomène et intitulée ' Se préparer à un monde de bases de données libres '. Pour Forrester Research, ce marché en
croissance de 10 % par an représentera plus de un milliard de dollars au niveau mondial dès 2008. Mais, plus important encore, le nombre d'applications critiques déployées en étant adossées à des SGBDR libres aurait grimpé de 20 % en 2006.
Quel que soit le domaine d'activité de l'entreprise et le SGBD retenu, les facteurs d'adoption sont les mêmes : une réduction des coûts par l'absence de licence, une plus grande simplicité d'utilisation, et la recherche d'une amélioration des
performances et de la montée en charge.
Fabricant de bancs d'expérimentation scientifique, Chemspeed illustre parfaitement ce contexte. L'entreprise intègre MaxDB de MySQL (ex-SAP DB) aux solutions qu'elle propose à ses clients depuis plusieurs années et l'utilise aussi en
interne pour son PGI. ' Les licences Oracle9i ou 8i sont prohibitives pour une PME. Nous avons donc retenu MaxDB lorsque nous avons installé SAP R/3. Ce SGBD est mature et possède un excellent pilote
JDBC ', explique Cédric Cuche, développeur chez Chemspeed.
L'utilisation : des développements client-serveur
Avec dix millions de serveurs déployés, MySQL est de loin le SGBD le plus utilisé. Il est suivi de PostgreSQL, puis de nombreux autres projets : MySQL Cluster, MaxDB, Ingres, Derby, Firebird, SQLite, etc. L'emploi des SGBDR open
source commence d'ailleurs à évoluer. D'abord retenus pour les nouveaux projets (architectures Web surtout), ils sont désormais exploités pour d'autres architectures. ' 70 % des personnes que nous formons prévoient de les
utiliser dans des développements client-serveur, pour déployer un progiciel ou mettre en place un entrepôt de données ', détaille Cyril Pierre de Geyer, patron d'Anaska, une SSLL qui forme à MySQL.
Les SGBD libres prennent donc en charge les applications métier critiques des entreprises. C'est le cas de Franprix : plus de 620 magasins Franprix et 490 magasins Leader Price sont connectés à des dizaines de serveurs
MySQL répartis dans toute la France. La base couvre tous les besoins métier ?" achats, logistique entrepôts, approvisionnement, etc. ?" et est donc critique. Idem chez Maximiles où 100 % des applications fonctionnent avec
PostgreSQL.
Même des banques tels le Crédit Agricole et le Crédit Mutuel n'hésitent plus. ' Nous déployons de plus en plus d'applications dont le tiers " données ", hébergé par MySQL, est très
sollicité. Les sites de banques et de courtage en ligne puisent, par exemple, leurs données financières dans MySQL. Cela représente plusieurs centaines de requêtes par seconde. Des applications de comptabilité et de gestion des risques reposent
aussi sur MySQL. Ces données sont critiques : sans elles, il est impossible de valoriser des portefeuilles titres, de calculer une couverture ou de passer un ordre de Bourse. Or, compte tenu des contraintes réglementaires liées à l'activité
bancaire de nos clients, les états comptables et l'analyse de leur exposition au risque doivent être produits en temps et en heure ', illustre Mathias Herberts, expert technologique au Groupement Informatique du Crédit
Mutuel.
La mise en ?"uvre : simple et progressive
Bien entendu, les entreprises ne migrent pas toutes leurs applications critiques du jour au lendemain. ' Depuis 2000, nous avons effectué quelques migrations de SGBD propriétaires, l'élément déclencheur étant
souvent double : d'une part, une volonté de limiter le coût des licences, et d'autre part, un pragmatisme dictant que si le SGBD libre répond au besoin et offre la même QoS, alors il est temps de remplacer le SGBD
propriétaire ', explique Mathias Herberts.
Le déploiement du serveur et la migration des données sont souvent rapides et simples. Chez Maximiles, la migration d'Oracle vers PostgreSQL a été réalisée en un mois, monopolisant un chef de projet et un développeur à plein temps. Le
déploiement d'un serveur ne requiert que quelques minutes, ' par le biais de cinq lignes de commande sous Linux ', précise Hervé Piedvache, DSI de Maximiles. L'entreprise n'a pas fait appel à un
prestataire car ' la communauté PostgreSQL a été très réactive pour répondre à nos problématiques ', explique-t-il. PostgreSQL intègre également des outils de migration de données Oracle.
' Nous n'avons eu aucun problème. Une interruption de service de quelques minutes a suffi pour le changement ', ajoute-t-il.
Côté applications, la migration se résume très souvent ' à revalider les requêtes et parfois à modifier légèrement les architectures quand les spécificités d'un SGBD propriétaire ont été utilisées. Mais nos
bonnes pratiques nous permettent de limiter au maximum ces désagréments, précise Mathias Herberts au Crédit Mutuel. Pour les données, cela se résume à un simple " dump " de la base source, l'application
de quelques scripts développés en interne pour effectuer des adaptations de formats, et enfin un import dans la base cible ', complète-t-il. La banque mutualiste n'a, elle non plus, pas fait appel à un prestataire devant la
simplicité des déploiements et de la migration.
Les ressources nécessaires : plus légères qu'avec un SGBD propriétaire
Au quotidien, les SGBDR libres savent se faire oublier. Ils offrent une QoS comparable aux serveurs propriétaires et ils sont désormais aussi bien outillés. ' La qualité des outils d'administration pour Windows
et de la documentation de MaxDB nous a bluffés ', se souvient Cédric Cuche chez Chemspeed. Grâce à la communauté et aux nombreux outils d'administration fournis par défaut, l'entreprise n'a mis que trois jours pour prendre en
main MaxDB et écrire les scripts qui automatisent sa maintenance. Quelle que soit la base de données libre utilisée, l'assistance de premier niveau est gratuite.
Pour les problèmes qui ne peuvent être résolus que par des spécialistes, le Crédit Mutuel, lui, a souscrit un contrat auprès de MySQL AB. ' Le coût est raisonnable par rapport aux licences des SGBD commerciaux.
Les temps moyens de réponse sont inférieurs à deux heures avec, à chaque fois, la résolution du problème ', explique Mathias Herberts. La charge d'administration quotidienne de PostgreSQL ' est
quasiment nulle. Tout est automatisé au maximum ', constate Hervé Piedvache chez Maximiles. Grâce à l'ouverture des serveurs, quand l'outillage par défaut n'est pas suffisant, l'entreprise développe souvent ses propres
scripts.
Un point de vue que confirme le Crédit Mutuel (MySQL) et Chemspeed (MaxDB). ' La charge d'administration est assez faible vu le nombre de bases déployées [environ 150, NDLR]. II nous faut,
par exemple, 15 secondes pour générer une nouvelle instance de serveur ', illustre Mathias Herberts, du Crédit Mutuel.
Quant à la formation, elle n'est souvent pas nécessaire. En effet, presque tous les jeunes ingénieurs connaissent MySQL et PostgreSQL. Et il est facile de se s'autoformer en ligne. Maximiles et le Crédit Mutuel ont suivi cette
démarche. ' Certains ingénieurs sont devenus experts dans la recherche de solutions à leurs problèmes au sein de la communauté ', constate Mathias Herberts.
Les écueils : une mauvaise prise en compte par les éditeurs commerciaux
Comme n'importe quel type de logiciel, les SGBDR libres sont perfectibles, tel l'outil d'administration et de réplication pour PostgreSQL, même si la base a fait d'énormes progrès en un an, le moteur transactionnel compatible avec
InnoDB pour MySQL 4, etc. Mais le principal problème de ces outils libres est surtout lié à ' leur prise en compte par les éditeurs de logiciels, qui nous affirment, par exemple, que MySQL n'est pas transactionnel... ce
qui n'est plus vrai depuis longtemps ', illustre Mathias Herberts.
' Un éditeur qui tient compte de la compatibilité avec Oracle et SQL Server devrait, à notre sens, valider aussi sa solution avec un SGBDR libre, tel MySQL. Nous avons d'ailleurs déjà réussi à faire sauter le
pas à plusieurs d'entre eux, mais d'autres résistent encore ', regrette ce dernier.
Les gains : des économies radicales et une vraie écoute
Tous les utilisateurs de SGBDR libres s'accordent sur l'ampleur des économies réalisées, liées à l'absence de coût de licence et à la stabilité des serveurs. ' Sans coût de licence, les économies sont radicales.
Et l'assistance de la communauté est sans équivalent ', estime Hervé Piedvache chez Maximiles. ' Nous tirons le meilleur parti de nos machines compte tenu des besoins en ressources moindres de MySQL.
Côté administration, la simplicité de la solution est plébiscitée par les équipes qui la gèrent. La performance est au rendez-vous, ce qui contente les équipes études, et au final, les utilisateurs ', renchérit Mathias
Herberts. Pour Gilbert Boneill, DI de Météo Consult, un deuxième point est important : ' Pour MySQL France, nous sommes un gros client, ce qui n'est pas le cas avec certains gros éditeurs
propriétaires ', résume-t-il.
1 - Administration aisée
Les utilisateurs sont unanimes : les outils sont simples à administrer et requièrent peu d'interventions. De nombreux outils d'administration open source sont disponibles. À l'image de pgAdmin (Postgre-SQL) et de phpMyAdmin
(MySQL), certains possèdent exactement la même interface, ce qui facilite le passage d'une base à l'autre. Tous les outils commerciaux (modélisation, administration, etc.) gèrent PostgreSQL et MySQL.
2 - Performances et montée en charge
Nos tests effectués fin 2004 révèlent des comportements spécialisés des SGBDR libres mais pas d'écart notable de performances par rapport aux outils propriétaires. Les SGBDR libres sont plus performants en lecture, ceux propriétaires
gèrent mieux les ajouts d'enregistrements. La palme de la performance pure revient cependant à MySQL avec son système de moteurs interchangeables et qui possède aussi un moteur ' cluster ' temps réel.
Et tous les outils gèrent la réplication sur une grappe de serveurs.
3 - Ouverture et respect des standards
MySQL 5.0, MaxDB et Postgre-SQL gèrent presque l'intégralité du standard SQL92 et implémentent une partie de SQL2000 et SQL2003. MaxDB et PostgreSQL proposent, en outre, un excellent niveau de compatibilité avec Oracle 7 et 8, et
MySQL 5.0 avec IBM DB2. Toutes les bases de données libres disposent de nombreuses interfaces de programmation (API) pour les langages les plus utilisés (.NET, J2EE, PHP, C, etc.) ainsi que de nombreux pilotes natifs, ODBC, JDBC, etc.
4 - Encore des lacunes en matière de haute disponibilité
Contrairement à Oracle ou IBM (DB2), les bases de données libres ne sont pas équipées de tous les mécanismes nécessaires pour garantir une très haute disponibilité. Toutes offrent cependant des fonctions de réplication dynamique pour
répartir la charge entre plusieurs serveurs ainsi que des mécanismes de sauvegarde (à chaud pour PostgreSQL). Seul MySQL Cluster propose une vraie haute disponibilité garantie (cluster mémoire temps réel avec doublonnage des données sur plusieurs
n?"uds) du niveau d'Oracle RAC par exemple.
Les principales bases de données libres
* Prestation hors taxes, par an, pour un serveur au minimum.
Retour d'expérience : Hervé Piedvache (Maximiles S.A.) : ' La communauté assure une assistance technique impeccable '
Faut-il souscrire une assistance technique payante ?
Maximiles opère pour son compte et pour celui de clients tiers (CIC, Banque Populaire, Coca-Cola, UGC, etc.) une plate-forme de fidélisation en ligne. L'entreprise a installé Postgre-SQL en 2001, suite à une année d'expérience
trop coûteuse avec Oracle8i. On compare souvent PostgreSQL à l'équivalent libre d'Oracle. ' L'expansion à l'international de la société engendrait des coûts de licence colossaux. La direction nous a donc demandé de trouver des
solutions pour réduire ces coûts. De plus, nous rencontrions d'énormes problèmes de stabilité entre Windows NT et Oracle ', se souvient Hervé Piedvache, DSI de l'entreprise.
Aujourd'hui, toute l'entreprise (applications métier, GRC, PGI, etc.) fonctionne avec PostgreSQL, qui est donc critique. Pourtant, Maximiles n'a jamais fait appel à un prestataire externe. ' Nous avons une
équipe de développement en interne et la communauté PostgreSQL a été très réactive pour répondre à tous nos problèmes. Nous avons toujours trouvé, très rapidement, les solutions sur les forums en ligne. Ce que nous n'avions jamais rencontré
jusque-là, même avec une assistance " Or " chez des éditeurs ', explique Hervé Piedvache. De plus, particulièrement stable, le serveur PostgreSQL n'a pas connu d'incidents depuis cinq ans.
Maximiles S.A.
Retour d'expérience : Gilbert Boneill (Météo Consult - La chaîne météo) : ' Pour MySQL France, nous sommes un client qui compte '
Gérer la relation client-fournisseur.
PME de trente personnes réalisant des prévisions météorologiques pour les particuliers et les entreprises, Météo Consult base, depuis un an, toute son activité sur MySQL, suite à son abandon progressif d'Informix. Météo Consult
n'a pas fait appel à un prestataire lors de son déploiement initial. Mais, pour la migration définitive début 2006, ' nous nous sommes appuyés sur MySQL France pour nous aider à valider notre architecture et à déterminer nos
choix techniques ', explique Gilbert Boneill, directeur informatique de l'entreprise.
L'entreprise a retenu MySQL pour de nombreuses raisons techniques : ' Performances exceptionnelles lors de gros volumes de lecture, fiabilité prouvée par de nombreux retours d'expériences positifs
d'autres sociétés, intégration avec la plate-forme Lamp, absence de coût de licence, facilité d'installation et d'administration, large communauté d'utilisateurs aidant à la formation et au recrutement, et compétences en
interne ', énumère Gilbert Boneill. Le DI de Météo Consult a aussi apprécié d'être traité comme un véritable client. ' MySQL France ne dénigre pas les petites sociétés, comme le font certains gros
éditeurs propriétaires ', résume-t-il. Ce qui se traduit au final par un service de meilleur qualité pour un coût inférieur.
Météo Consult - La chaîne météo
Avis d'intégrateur : Cyril Pierre de Geyer (Anaska) : ' 70 % des projets ne visent plus le Web '
<i>Décision informatique :</i> Peut-on complètement remplacer les SGBDR propriétaires d'un système d'information ?
Non, pas encore. Les fonctions proposées par MySQL et PostgreSQL s'élargissent version après version et la plupart des entreprises n'en utilisent que 5 à 10 %. Cependant, encore trop de logiciels sont fermés, c'est-à-dire conçus
pour fonctionner uniquement avec Oracle et/ou SQL Server de Microsoft. Heureusement, cela change. De plus en plus d'éditeurs prennent désormais en compte les SGBD libres dans leurs nouvelles versions.
Quels sont les domaines de prédilection des SGBDR <i>open source</i> ?
Avec l'adoption massive de Lamp, MySQL a ouvert la voie aux SGBDR libres, en commençant par le Web. Mais aujourd'hui, seulement 30 % des personnes que nous formons sur MySQL ou PostgreSQL viennent pour des applications Web. Les
70 % restants ont des projets de datawarehouse, des problématiques d'intégration, des applications client-serveur ou client riche à développer.
Anaska