EMC se prépare un avenir soft
Rachat après rachat, EMC poursuit sa mutation. À son activité de spécialiste du stockage, il ajoute celle d'éditeur spécialisé, comme le prouvent ses récentes annonces.
01net.
le 30/10/06 à 00h00
À l'occasion de sa conférence utilisateurs annuelle, EMC a insisté sur sa nouvelle casquette. ' Nous sommes désormais le sixième éditeur mondial. Avec une palette logicielle complète pour la couche
d'infrastructure ', assène Dave DeWalt, vice-président de la société. Il est vrai que l'entreprise a investi 7,4 milliards de dollars en trois ans pour acquérir vingt-trois sociétés, principalement des éditeurs. Une frénésie
de rachats, qui transforme ce spécialiste des matériels de stockage en éditeur de dimension internationale, comme le confirme déjà son chiffre d'affaires. Sur un total de 11 milliards de dollars, la part générée par le logiciel atteint 37 %,
contre 46 % pour le matériel. ' Le chiffre est un peu moins élevé en France. Il est de l'ordre de 30 %, mais la progression des ventes de logiciels devrait lui permettre de passer devant celui des matériels dès
2008 ', prévoit David Gingell, responsable marketing d'EMC Software pour l'Europe. Dans un catalogue logiciels à la Prévert, Dave DeWalt voit une cohérence : ' Notre palette de services logiciels
prend désormais en charge tous les types de contenus, scans de documents papier, fichiers bureautiques, vidéo, etc. De la capture à l'archivage en passant par le classement, la recherche et la sécurisation. ' Un
positionnement clair sur la gestion de contenu d'entreprise (ECM), qui n'est pas sans rapport avec les perspectives de croissance de ce marché. Les rachats estivaux de FileNet par IBM ou de Hummingbird par OpenText ont illustré cette tendance.
Toujours dans la même logique, EMC a annoncé des nouveautés logicielles maison. À partir d'ask-Once, éditeur d'outils de classement intelligent racheté avec Documentum qui l'avait acquis en mars 2004, EMC a développé un logiciel baptisé Infoscape.
Page Builder, outil de création de pages web, rejoint la gamme Documentum. Business Process Suite couvre, lui, les fonctions de gestion des processus d'entreprise. EMC a aussi acquis un outil de gestion des archives, Records Management, et de
gestion des droits, Information Rights Management. Des services d'archivage de messagerie, de reports, etc., tel EmailXTender, complètent le tableau. EMC annonce aussi un partenariat avec Microsoft, aux termes duquel, les utilisateurs des versions
2007 d'Office et de SharePoint Server pourront intégrer leurs données directement dans le référentiel de Documentum à partir d'Office, avec une étape intermédiaire gérée par SharePoint.
Une intégration à risques
François Chazalon, responsable marketing France de la partie Software précise : ' Cet accord permet d'intégrer les données de tous les collaborateurs sans imposer un client lourd Documentum sur leur
poste. ' Ce nouveau positionnement comme éditeur majeur n'est pas sans risque. Techniquement, l'intégration de tant de produits est loin d'être finalisée. Conséquence : la solution clés en main gérant les données
produites par l'utilisateur jusqu'à leur d'archivage reste encore à l'état virtuel. ' Un point qui n'est pas aujourd'hui bloquant, tempère Benoît Feracci, responsable de la partie française pour le logiciel.
Les appels d'offres concernent rarement à la fois la gestion du stockage et la gestion de contenu. '
EMC n'a pas oublié le matériel avec une série de mises à jour de ses systèmes de stockage disque intermédiaires Clariion et de leurs dérivés NAS (lignes Celerra) et sauvegarde sur disques CDL (Clariion Disk Library). Les Clariion
CX3-20 et CX-3-40 arrivent ainsi dans une nouvelle version qui portera le suffixe c pour combo puisqu'ils disposent de connecteurs Fibre Channel et iSCSI.
Le constructeur annonce aussi, pour décembre, Navisphere Quality of Service Manager, une brique logicielle optionnelle pour la gestion de la QoS des volumes logiques. ' Navisphere QoS Manager sert à déterminer
des classes d'entrées/sorties correspondant à des seuils de bande passante, de débit et de temps de réponse, et à les affecter à des unités logiques pour assurer une gestion dynamique des priorités pour les différentes
applications ', explique Karl Herbst, consultant technique chez EMC France.
Dans la ligne de serveurs de stockage IP Celerra (NAS et iSCSI), les modèles NS500 et NS700 sont remplacés par les NS40 et NS80 déclinés en têtes NAS NS40G et NS80G. Les NS40 et NS80 exploitent désormais des baies Clariion de dernière
génération (CX3) pour leurs ressources disques avec, à la clé, des gains de performance de l'ordre de 30 % et une montée du volume géré à 32 To utiles pour le NS40 et 60 To utiles pour le NS80.
Les contrôleurs ont aussi évolué, ce qui permet à EMC d'afficher en tout haut de gamme un modèle NSX de 168 To de capacité utile, équipé d'une interface 10GE. Enfin, les bibliothèques de bandes virtuelles CDL passent aussi sur base
Clariion CX3 et reçoivent de nouvelles unités logiques, ce qui augmente leurs capacités globales, lesquelles passent à 170 ou 380 To utiles. L'intégration avec les logiciels de Legato (racheté par EMC) est renforcée.
' Face à la concurrence, nous aurons ainsi un avantage auprès des entreprises qui utilisent NetWorker et NetBackup ', conclut Karl Herbst.
Si vous êtes pressé
Grâce à l'acquisition de vingt-trois éditeurs en trois ans, EMC est en train de passer de spécialiste du stockage au métier d'éditeur. Le chiffre d'affaires du logiciel (37 % du CA total) et sa progression vont dans ce sens.
EMC propose notamment une offre complète de gestion de contenu et de sécurisation sur un marché en croissance. Les gammes de matériels ont été également renouvelées. Entre autres, à cause de l'intégration de toutes ces technologies, cette mutation
pourrait se passer moins bien qu'annoncé.
Richesse fonctionnelle : Benoît Feracci (EMC Software France) : ' l'open source répond aux besoins des projets les plus simples '
' Pour tout le marché de la gestion de contenu, l'arrivée des solutions open source, par exemple celle d'Alfresco, nous poussent naturellement à étendre la richesse fonctionnelle de nos
logiciels ', explique Benoît Feracci. Même constat concernant le recouvrement fonctionnel entre eRoom, l'outil de travail de groupe, et SharePoint de Microsoft, suite au partenariat conclu avec ce dernier. EMC, en revanche,
dispose d'outils de sécurisation et d'archivage pour l'infrastructure qui devraient permettre de faire survivre eRoom. ' Nous pouvons répondre à tous les appels d'offres portant sur la GED, la LAD ou la gestion de
contenu ', conclut Benoît Feracci.
Insignia cible les PME : Willem Hendrickx (réseau des partenaires Europe) : ' les PME seront servies par un réseau de partenaires '
EMC cherche aussi à toucher les PME. Baptisée Insignia, la branche spécifiquement dédiée à cette tâche ' compte trente à quarante personnes en Europe, dont deux en France ', indique
Willem Hendrickx. EMC mise surtout sur son réseau de partenaires pour développer ses ventes. Un site d'e-commerce vend également en direct des logiciels clés en main comme Retrospect. ' L'objectif est de faire du volume, un
peu comme Linksys chez Cisco ', ajoute-t-il. À ce jour, les partenaires prennent en charge l'assistance. L'ajout de logiciels au catalogue modifie en profondeur les canaux de vente indirecte. Pour faciliter la tâche des
revendeurs, EMC délivre des solutions packagées incluant matériel et logiciel, par exemple le couple baie Centera et EmailXTender pour l'archivage.
Du stockage à la donnée : Bruno Durier (HP France) : ' EMC déplace tout son investissement vers le logiciel '
' Aujourd'hui, pour un fournisseur de stockage, l'évolution vers la donnée est à la fois primordiale et normale. EMC l'a compris, mais c'est aussi ce que nous faisons avec des offres de sauvegarde continue,
d'administration et d'automatisation des tâches, en réponse à une demande très forte des clients dont les infrastructures de stockage sont de plus en plus grosses, complexes et centralisées. Sur ce point, personne n'a le choix. En revanche, il ne
faut pas que cela s'effectue au détriment de l'évolution technologique des plates-formes matérielles. Chez EMC, on voit que les investissements ont été globalement portés vers le logiciel, au détriment du matériel. Ce sont de plus en plus des
intégrateurs qui bénéficient des évolutions de lindustrie. '