01net Pro Entreprise informatique
01net. web avec Google
Actualités gestion et logiciel informatique professionnel
Offre et recherche Emploi informatique internet
Salon conférences inofrmatique IT ebusiness 01
Informatique et TIC pour les PME TPE
Vidéos reportage entreprise acteur informatique
Retrouvez tous les services 01Net dédiés aux professionnels !
Télécharger logiciels Pro et progiciels
Livres blancs e-commerce informatique et nouvelles technologies
Retrouvez l'ensemble des dossiers de la rédaction 01net Entreprise
Les synthèses des bonnes pratiques sur les sujets IT du moment

L'April, 10 ans de promotion du logiciel libre

Ces dix dernières années, les principes du logiciel libre se sont imposés. Non sans résistances. Huit témoins retracent cette évolution et éclairent les défis des années à venir.

envoyer
par mail
imprimer
l'article

Connaissiez-vous le libre il y a dix ans ?

Très pratiqué dans les milieux universitaires, le libre y occupe une place de choix depuis longtemps. ' Au début des années 80, en Italie, on utilisait déjà Emacs, et nos professeurs ramenaient des Etats-Unis les nouvelles versions sur bandes magnétiques... ', rappelle ainsi Roberto Di Cosmo, Professeur à l'Université Paris VII et membre du laboratoire PPS. ' En 1996, la seule évocation du terme " logiciels libres " provoquait sur le visage des DSI un rictus interrogateur. Aujourd'hui, nous sommes passés dans une ère où GNU/Linux et ses compères brillent par leur omniprésence ', confie Laurent Marie, directeur d'Alcôve, l'une des toutes premières SSLL. Nul aujourd'hui ne peut se targuer d'ignorer ces technologies présentes dans la majorité, pour ne pas dire la totalité, des infrastructures informatiques. Quant à Alexis Monville, chef de mission à la Direction Générale de la Modernisation de l'Etat, il était à l'époque responsable du centre d'hébergement d'Intégra. ' Le logiciel libre c'était ces trucs que notre très brillant administrateur systèmes et réseaux installait pour faire tourner tous les services au c?"ur de notre infrastructure (DNS, SMTP, POP...). Pour le reste, nous avions nos propres outils que nous gardions pour nous... '

Quel est l'impact de la philosophie et des usages du libre ?

Un projet open source n'est rien s'il ne communique pas, s'il ne partage pas sa connaissance. ' C'est valable pour le projet en lui-même, mais aussi pour sa visibilité et sa viabilité ', dit Sophie Gautier, de Linagora, responsable du projet francophone d'OpenOffice.org. La philosophie du logiciel libre est, en effet, issue d'une tradition ancienne de partage des connaissances qui vient du monde de l'enseignement et de la recherche, où mathématiciens, physiciens et scientifiques en général, avant même que les ordinateurs n'existent, construisaient l'édifice du savoir en utilisant librement les briques fabriquées par d'autres. ' La seule condition requise était de rendre honneur au mérite en citant ses sources ', souligne Roberto Di Cosmo. ' C'est l'apport des autres, le don, la réciprocité et la reconnaissance sans qu'ils ne soient contraints ', résume Philippe Aigrain, directeur de Sopinspace, une société spécialisée en outils collaboratifs pour les débats publics. Le logiciel libre ferait ainsi partie d'un groupe de mouvements qui mettent en avant la mutualisation comme principe fédérateur. Il remet en tout cas à la mode les vieux principes de coopération : ' La perspective de réutiliser pour faire autre chose que du logiciel pourrait avoir un impact important. Cela pourrait même faire évoluer notre rôle de consommateur de produits ou de services... ', dit Alexis Monville. Cyril Comar, directeur d'Adacore, éditeur de solutions Ada va plus loin : ' Le commerce équitable ou le développement durable sont des mouvements récents qui partagent ces principes que l'on retrouve également chez les ONG ou dans le monde associatif '.
Ce qui est aussi intéressant avec le logiciel libre, c'est qu'il touche à un domaine qui était jusqu'alors surtout régi par des principes plus commerciaux tels que la protection de la propriété ou l'optimisation du profit. ' C'est la liberté sans rupture de la communauté universelle, des biens communs sans la possible oppression d'une communauté particulière ', analyse Philippe Aigrain.
Pour tous ces témoins, le libre représente aussi un fort potentiel d'innovation. ' Le plaisir d'innover parfois, sans l'illusion d'être un inventeur solitaire ', dit Philippe Aigrain. Grâce au Libre, l'innovation est en effet devenue accessible à la multinationale, à la petite société de services, ' mais aussi à l'ingénieur dans son " garage " '. Tous ont pu utiliser, étudier, modifier les outils, et les redistribuer, dit Jean-Paul Degorce-Dumas, Architecte en systèmes d'information au ministère de la Défense, qui conclut en mettant le doigt sur l'aspect standardisation des logiciels libres. ' C'est un autre point majeur. Leur usage par définition universel et non discriminatoire leur assure une adoption très large ouvrant la voie à des socles technologiques communs. '

Quels sont les obstacles au Libre ?

Tant qu'il ne sera pas freiné par les stratégies des monopoles existants, le libre s'affirmera comme un acteur majeur dans le domaine économique et industriel. ' Mais un logiciel libre ne sert à rien sans un ordinateur sur lequel l'exécuter librement. Or, plusieurs initiatives visent à nous retirer le contrôle des ordinateurs que nous achetons : certains d'entre eux nous interdisent de changer le disque dur en rendant très difficile de démarrer un système d'exploitation libre ; d'autres pourront, bientôt, interdire d'exécuter tel ou tel autre logiciel qui ne serait pas " autorisé " ', explique Roberto Di Cosmo. Pour Michel Rocard, député européen, il est absolument nécessaire de défendre la liberté de recherche et de création, et la liberté d'accès aux créations du savoir humain. ' Nos travaux ont mis en évidence l'effet de tarissement de la production de nouveaux logiciels qu'entraîne la politique de brevetabilité des inventions contrôlées par ordinateur lorsqu'elle incorpore les logiciels eux-mêmes. La préservation de ces libertés, et le refus d'une monopolisation même temporaire du savoir mathématique exprimé sous forme de logiciels me paraissent devoir être des principes permanents pour l'avenir. '

Comment le logiciel libre va-t-il évoluer ?

Les voies de développement sont assez multiples. Comme souvent dans l'univers technologique actuel, les logiciels libres ont tendance à se rapprocher de plus en plus de l'utilisateur final. ' Nous voyons dès cette année des produits de grande consommation, comme l'Easy Gate - à laquelle a participé Alcôve - entièrement conçus sous licence GPL ', rapporte Laurent Marie. L'ouverture de ces outils laisse aussi envisager un avenir de recherche et développement des plus intéressants et pertinents. Sophie Gautier cite ainsi l'exemple du web sémantique ou encore des projets comme Nepomuk (http://nepomuk.seman-ticdesktop.org/) qui rendront le peer to peer intelligent en plus d'être efficace. Enfin, il est intéressant de constater l'emergence forte des entreprises comme acteurs important des communautés libres. ' Par exemple, la communauté autour de GCC s'est transformée en quelques années d'une communautés d'individus ou d'universitaires isolés à une communauté d'employés des quelques grandes entreprises qui ont intérêt très fort dans cette technologie ', souligne Cyril Comar.
p.davy@01informatique.presse.fr

Benoît Sibaud (APRIL) et Christophe le Bars : ' établir une structure de promotion du logiciel libre avec des moyens à la hauteur des enjeux '

L'APRIL se réorganise, pour quelle raison et avec quels moyens ?
Benoît Sibaud : Compte tenu de la complexité croissante des dossiers, tels que le débat sur la loi DADVSI, nous avons réalisé que nous devions monter en puissance. C'est-à-dire disposer d'une équipe de permanents capables de suivre les dossiers dans la durée. Depuis quatre ans, nous avons observé que les attaques directes ou non visant le logiciel libre sont de plus en plus fréquentes, et leur ampleur s'accroit. Cela nous oblige à déployer bien plus de ressources que ce soit en antilobbying ou en sensibilisation. C'est pourquoi nous nous sommes mis en quête de financements, sans perdre de vue notre raison d'exister, la recherche de l'intérêt général. Jusqu'à présent, l'association était surtout financée par les cotisations d'individus, mais, désormais, des entreprises nous soutiennent également.

Sur les brevets, vous affrontez des puissances considérables...
Christophe Le Bars : Il y a, en effet, beaucoup de lobbyistes à Bruxelles, mais tous ne sont pas défenseurs des brevets logiciels stricto sensu, mais plutôt des brevets en général. Et, par méconnaissance du problème, par intérêt ou par alliance, ils y incluent le logiciel. Pour autant, l'on s'est rendu compte que le travail d'explication, fait avec la FFII, portait. Parce que les arguments sont cohérents, et même en dehors de la sphère logiciel libre, il y a des représentants du domaine propriétaire qui sont très sensibles à ces arguments. Le vrai danger serait de ne rien faire et de laisser les man?"uvres grossières fonctionner.

Quelle est votre représentativité ?
C.L.B. : Notre objectif est d'établir une structure de promotion et de défense du libre avec des moyens à la hauteur des enjeux. Celle-ci s'appuie sur un réseau très varié de membres et notre rôle est de porter leur voix. Des entreprises comme Thalès, des SSLL comme INL, de grands acteurs comme Sun nous ont rejoint. Le fait de regrouper des individus, des enseignants, des associations et, maintenant, des entreprises fait que nous avons une représentativité bien plus claire. Il manquait en France un interlocuteur de référence pour le libre.

Quels sont les grands dossiers à l'horizon ?
BS. : Principalement les dérives autour du droit d'auteur. Sur le plan technique, il y a également tout ce qui relève de l'informatique de confiance ou informatique déloyale, du contrôle de l'usage. Sur les aspects commerciaux, il nous faut continuer à travailler sur la question des ventes liées, qui sont l'une des principales armes anti-logiciel libre à l'heure actuelle.

Billet : L'innovation par la mutualisation

Pourquoi la réutilisation de logiciels a-t-elle été si difficile à atteindre ? Dans toutes les conférences et colloques sur le génie logiciel depuis des années, la réutilisation était en filigrane de tous les discours. Des trésors d'intelligence et de technologie ont été engagés depuis des décennies pour accéder au Graal : standards, interfaces, modularisation, objets, composants. Mais de résultats probants, guère ! Les meilleurs taux de réutilisation du code d'un projet à l'autre dépassaient rarement 15 à 20 %. Pourtant, ces dernières années, la pratique est entrée dans les m?"urs, et l'on ne compte plus les produits de haut niveau constitués à partir d'une base de code gigantesque, qui ne cesse de s'améliorer. Internet a été déterminant dans cette évolution. Comme dans la constitution des communautés du libre. La coïncidence n'en est pas une. Le libre a permis à l'informatique d'être incarnée par des personnes. Il manquait, pour la réutilisation, la dimension sociale, humaine, cette formidable capacité de transmission de savoir ' bouche à oreille ' que représentent les communautés. Les notions de partage, d'entraide, de bien commun ont rendu la réutilisation accessible à un niveau inconnu jusqu'alors. A tel point que les géants du logiciel, y compris Microsoft, lorgnent désormais ce mode d'organisation qu'ils méprisaient il y a dix ans. L'April, née il y a justement dix ans à l'initiative de cinq informaticiens, a été de tous les combats pour défendre ces libertés citoyennes, sur le front des brevets ou celui de la gestion numérique des droits, pour ne citer que les plus visibles. L'association est maintenant soutenue par des entreprises. C'est un signe des temps et un espoir face aux nouveaux enjeux, plus diffus, mais tout aussi dangereux.

publicité
Nos partenaires