Le FAN remet de l'ordre dans les fichiers
Agrégat de technologies, ce concept simplifie la gestion des fichiers, à l'instar de ce que fait le SAN depuis dix ans avec les blocs de données.
01net.
le 04/12/06 à 07h00
Pour y voir plus clair dans les immenses amas de fichiers des entreprises, l'industrie a inventé le concept de FAN (File Area Network). Petit frère du SAN (Storage Area Network), il opère dans
l'espace des données non structurées, afin d'offrir une vue unifiée du stockage de fichiers. Tandis que le SAN intervient au niveau des blocs.
Pas seulement un concept marketing
' Il s'agit évidemment d'un concept marketing. Il présente néanmoins le mérite de regrouper des technologies connexes améliorant la gestion et la sécurité des fichiers ', remarque Patrick
Dufour, directeur technique de Stordata, un intégrateur spécialisé dans le stockage.
Le FAN met à profit, en les prolongeant, les stratégies de mutualisation et de centralisation des données actuellement mises en ?"uvre dans la plupart des directions informatiques. Des technologies qui existent parfois depuis
longtemps, comme les serveurs de fichiers (NAS), ou plus récentes, comme Wafs (Wide Area File Services), les espaces de nommage, la déduplication...
Ces dernières n'étaient pas mûres il y a encore deux ans. Mais dans ce laps de temps, la criticité des fichiers a changé la donne. L'augmentation du nombre et du volume de ces fichiers a également complexifié la situation. Notamment
dans le cas des sociétés qui possèdent de multiples agences géographiquement distantes. Il devient donc urgent pour les entreprises de s'attaquer à l'administration de leurs fichiers. Elles en sont bien conscientes, comme l'atteste une étude menée
il y a quelques mois du Taneja Group, un cabinet d'analyse spécialisé dans le stockage : 62 % des sociétés interrogées en font une priorité.
Initié par le constructeur Brocade, et adopté très tôt par le cabinet Taneja Group, ce concept du réseau de fichiers a pris forme cette année. Selon ces deux acteurs, le FAN doit être perçu comme un assemblage de technologies
réparties en six domaines clés. ' C'est une manière holistique d'aborder ce problème, plutôt que d'un seul bloc ', explique Arun Taneja, le fondateur du cabinet.
Chaque fournisseur y va de son approche
Depuis cette formalisation, le FAN a convaincu d'autres fournisseurs. EMC, Netapp et HP, entre autres, se sont rapidement positionnés sur le créneau, ainsi que les acteurs de l'optimisation des réseaux étendus comme Riverbed, Expand,
Juniper ou Packeteer. Sans oublier les incontournables start-up Neopath, Acopia, Nuview (reprise par Brocade) et Rainfinity (reprise par EMC). Microsoft est bien sûr présent, avec sa technologie maison DFS (Distributed
File System).
Chacun y va de son approche car, pour l'heure, la majorité des technologies constituant le FAN ne profitent pas d'une standardisation. Ironie du sort, l'appellation est tellement nouvelle que la plupart des grands acteurs ne réalisent
pas qu'ils font du FAN. Ils restent muets lorsqu'on les interroge sur ce sujet. Pourtant, des produits s'y rapportant figurent à leur catalogue !
Attention toutefois à ne pas résumer le FAN à un simple groupement de technologies existantes. En fait, les innovations résident dans son cerveau (autrement dit, les outils d'administration servant à la virtualisation, à la
classification, à la déduplication de fichiers, etc.), dans son c?"ur (l'espace de nommage) et dans ses artères (le Wafs).
Depuis un an, on parle beaucoup de ce dernier. Par son optimisation efficace de la connectivité, le Wafs a généré la mutation du monde NAS vers le réseau FAN. Mais la véritable révolution concerne les espaces de nommage
(Namespace), ainsi que les NAS ou clusters de NAS capables de les créer. C'est le cas des solutions d'Exanet ou d'Isilon.
L'espace de nommage représente un concept encore difficile à appréhender. Si l'on poursuit l'analogie avec le SAN, il joue un rôle aussi central que le ' fabric '. Sauf que dans le cas du
FAN, il ne s'agit pas d'une connectivité physique entre matériels de stockage, mais de référentiels de données (en fait, des métadonnées) favorisant une vue unifiée du stockage de fichiers.
Selon le Taneja Group, trois types d'espaces de nommage se révèlent possibles dans un FAN : non partagés (les plus répandus, car issus des NAS), partagés (clusters de NAS), ou globaux (systèmes hétérogènes). Cette dernière option
constitue le Graal à atteindre par les acteurs de l'industrie. Concrètement, les fichiers se partagent sur des systèmes mixtes selon des paramètres définis par l'utilisateur. C'est d'ailleurs ce que la virtualisation de fichiers cherche à
offrir.
Des bénéfices à tous les niveaux
Cette architecture apporte une nouvelle dimension dans la gestion des fichiers. ' Une telle orientation place définitivement la donnée au c?"ur du système d'information et lui accorde la valeur qui se
doit, constate Patrick Dufour. Les premières briques du concept FAN se montrent immédiatement applicables à l'exploitation quotidienne des données. '
Selon ses dires, les bénéfices du FAN s'appliquent à de nombreux domaines. La virtualisation des accès aux fichiers, par exemple, dissocie très simplement le matériel et l'accès à la donnée, ce qui garantit l'évolutivité du stockage.
L'ajout de systèmes, leur déplacement, leur renouvellement et leur consolidation s'effectuent de façon transparente et sans interruption de service. Il n'existe pas d'équivalent jusqu'à présent.
La qualité de service appliquée au stockage de fichiers rend possible l'allocation des classes de stockage (associant niveau de sécurité, coût au gigaoctet, type de média et chemin d'accès) aux données. Ce qui autorise, par exemple,
le déplacement automatique des fichiers selon l'évolution de ces critères ou de leur valeur. Et ce, de façon transparente et automatique aux yeux des utilisateurs ou propriétaires des données. Le FAN gère la conformité légale, les composantes métier
sans impact sur l'utilisateur et en limitant les coûts.
Enfin, la technologie Wafs, qui donne accès à la donnée stockée en central depuis un site distant, limite l'évolution du réseau étendu d'interconnexion. C'est donc la solution pour améliorer le partage de l'information au sein d'une
entreprise à sites multiples, et pour sécuriser ces données.
En somme, les directions informatiques peuvent envisager plus sereinement la gestion des multiples fichiers de l'entreprise, puisqu'elle est centralisée sur un seul point maîtrisé. Mais tout comme le SAN à ses premières heures, le
réseau de fichiers a encore du chemin à parcourir pour être accepté, depuis son évangélisation jusqu'à la standardisation des technologies qui le composent.
Une vision unifiée du stockage
1. Les serveurs de fichiers
Ils sont concernés au premier chef par le réseau de fichiers. Deux cas de figure se présentent : soit ils sont autonomes (éventuellement en clusters), soit ils appartiennent à un réseau de stockage SAN en tant que passerelles.
Les serveurs de fichiers s'appuient sur des protocoles standards, tels CIFS pour l'environnement Microsoft ou NFS pour Unix.
Principaux fournisseurs : Netapp, Microsoft, EMC, Isilon, Exanet.
2. Les autres équipements de stockage
L'infrastructure de stockage forme le c?"ur d'un réseau de fichiers. Elle comprend tout type de matériel, qu'il soit issu d'un SAN (réseau de stockage) ou de NAS (serveurs de fichiers).
Principaux fournisseurs : Cisco, Brocade, EMC, HP, IBM.
3. La gestion de fichiers
Les services de contrôle interagissent avec les espaces de nommage. Ils regroupent plusieurs fonctions : migration, réplication, classification, déduplication, etc.
Principaux fournisseurs : Brocade, Netapp, EMC, Arkivio, Veritas, Kazeon, HP, IBM.
4. L'espace de nommage
L'organisation rationnelle du stockage incombe à l'espace de nommage (Namespace) du système de fichiers. Il peut se présenter sous la forme d'un boîtier embarquant un référentiel de métadonnées. Trois espaces de
nommage sont possibles : partagés, non partagés et globaux.
Principaux fournisseurs : Brocade, Netapp, Acopia, Microsoft, Neopath, EMC.
5. Les postes clients
Grâce à l'espace de nommage global, les utilisateurs accèdent à leurs fichiers quel que soit l'endroit où ils sont stockés (réseau local ou distant).
Principal fournisseur : Microsoft.
6. La connectivité
Le réseau de fichiers n'est pas limité au réseau local. Avec le Wafs (Wide Area File System), il accède aux fichiers stockés - par exemple, sur des sites distants.
Principaux fournisseurs : Brocade, Riverbed, Cisco, Juniper, Packeteer, Expand.
Avis d'expert : Arun Taneja (Taneja Group)
Arun Taneja est le fondateur du cabinet d'analyse, spécialisé dans les problématiques du stockage et qui est l'origine du concept.
' Déjà existant, le FAN devient incontournable. '
' Un réseau de fichiers résout les problèmes de leur gestion dans l'entreprise, devenus de plus en plus complexes. Un client ne va pas acheter un produit labellisé FAN, mais une solution bâtie autour de nombreux produits
qui existent déjà et s'inscrivent dans un réseau de fichiers. '
' Beaucoup des composants d'un réseau FAN sont mûrs. '
' Les briques essentielles se trouvent disponibles, même si, en pratique, l'espace de nommage global et les nouvelles technologies qui en découlent restent encore peu déployés. L'entreprise doit commencer à réfléchir à
son infrastructure fichiers dans le contexte d'un FAN, pour la faire évoluer ensuite, au fur et à mesure que les services deviendront disponibles.
D'ailleurs, l'association des professionnels du stockage SNIA va démarrer un groupe de travail dédié pour éduquer le marché. '
Avis d'intégrateur : Patrick Dufour (Stordata)
Pour le directeur avant-vente de Stordata, intégrateur de solutions de stockage, les entreprises font déjà du FAN sans le savoir.
Les entreprises sont-elles prêtes pour le FAN ?
Patrick Dufour : elles le sont, mais ne le savent pas. La plupart des concepts qu'englobe le FAN se voient déjà maîtrisés par le marché. Il reste cependant à promouvoir le terme FAN. En pratique, il paraît simple de
proposer aux entreprises tout ou partie des technologies du FAN. Cependant, la démarche nécessite une véritable analyse du besoin. Et l'ensemble du portefeuille n'est pas nécessaire pour tous les projets.
Il s'agit de définir le cahier des charges avant de proposer une solution.
La démarche inverse reste vaine.
Quels profits en retirent-elles ?
Entre autres, la mise en place d'une solution Wafs supprime les solutions de sauvegarde inefficaces sur les sites distants de type agences. De même, le fait d'adopter une stratégie de hiérarchisation du stockage réduit de façon
importante les coûts de stockage et de sauvegarde, en autorisant le déplacement des données dormantes ou mortes sur des supports moins coûteux. En pratique, on constate que 30 à 60 % de ces données demeurent encore stockées sur disques.
Sur quels chantiers intervenez-vous le plus souvent ?
Nous travaillons en amont sur la centralisation des données vers une architecture efficiente, en privilégiant les services de fichiers de type appliances. Nous dressons des infrastructures d'accès à ces architectures sécurisées. On
nous demande également de déployer des solutions de sauvegarde sur disques et bandes garantissant la reprise en cas dincident.