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Deux lames de fond ont chamboulé la bureautique. La première est survenue le 10 novembre 2003 dans un hôtel du centre-ville de San Francisco. Salesforce.com accueille alors son écosystème et ses clients à la première Dreamforce, sa conférence utilisateurs et développeurs. Constitutifs du “ business Web ”, les services à la demande décollent enfin.
La deuxième vague s’est formée cette année. En particulier le 11 octobre 2006, dans un petit hôtel de San Francisco jouxtant le musée d’Art moderne (Moma). Là, se sont pressées jeunes pousses férues de Web 2.0, stars de l'Internet, et éditeurs du monde de l’entreprise à la conférence Office 2.0, centrée sur les applications bureautiques. Et cela quand la grand-messe 2006 de Dreamforce vient de fermer ses portes. Les technologies, les usages, et les interfaces du Web grand public s’apprêtent à déferler sur les entreprises. Seule question en suspens : les DSI adhéreront-ils ?
Les éditeurs, consultants, et développeurs, eux, sont sûrs de leur coup. En témoigne le nombre de conférences consacrées en 2006 aux nouvelles possibilités apportées par cet Internet de deuxième génération : The New New Internet en septembre à McLean (Virginie), AjaxWorld Conference & Expo en octobre et Web 2.0 Summit en novembre à San Francisco, le Web 3 en décembre à Paris…
Des éclaireurs avaient déjà préparé le terrain en entreprise. Sous la pression des utilisateurs, certains services informatiques de grands comptes acceptent d’installer Google, aux dépens des spécialistes, pourtant plus pertinents sur le plan technique. Les groupes de travail recourent massivement aux messageries instantanées gratuites pour leurs échanges. Les PME et les grandes entreprises usent de wikis pour partager les connaissances de groupes volatils.
Les salariés contournent leurs messageries trop limitées avec des webmails, dont l’interface est dorénavant régie par l’Asynchronous Javascript and XML (Ajax). C’est d’ailleurs sous la bannière Ajax que beaucoup d’éditeurs estiment avoir révolutionné leurs logiciels, voire leur secteur d’activité.
Résumer l’Entreprise 2.0 à Ajax est trop réducteur. C’est oublier, entre autres, la création de documents via les blogs et les wikis, les systèmes de vote, le tagging, le partage de bookmark, et les technologies de présenciel via l’intégration de messageries instantanées. C’est donc sous le signe du Web 2.0, ascendant Salesforce.com, que les jeunes pousses présentes à la conférence Office 2.0 ont proposé leurs produits, et cherché investisseurs et partenaires. Nombre d’entre elles se concurrencent dans la gestion de documents ou la création d’applications sur Internet.
Une faiblesse toutefois : sans la permanence de l’infrastructure réseau, elles perdent leur raison d’être. De plus, les ténors de l’Internet (eBay, Amazon, Google ou Salesforce.com) et les géants de l’entreprise (IBM, BEA, Tibco, et Microsoft) ne s’en laisseront pas conter. Les start-up choisies par 01 Informatique sont néanmoins représentatives des grandes évolutions qui se préparent au sein des entreprises. A suivre, dès lundi 8 janvier, le portrait des trois premières d'entre elles.
Fil RSS : fil d’information envoyé sur un navigateur ou une application bureautique via un flux XML. Le podcast utilise les mêmes technologies – rapportées, cette fois, au contenu multimédia – afin d’en automatiser le téléchargement.
Mash-up : c’est, à l’origine, un service sur Internet mixant plusieurs autres services disponibles sur le Web. Il peut être étendu aux services en ligne ou aux applications sur serveur d’entreprise mêlant d’autres applications d’entreprise.
Tagging : action de relier un document ou une page à une balise sémantique. Soit, plus simplement, à des mots-clés. Très utilisé dans les weblogs ou les outils de partage de musique.
Vote : système destiné à mettre en avant ou non un document dont la qualité est remarquable ou pas. En cours aussi bien dans les lecteurs MP3 que sur les sites de démonstration de logiciels, de services en ligne, etc.
Wiki et blog : systèmes de gestion de contenu. Le premier contient une gestion des versions. Le second intègre un système de mise à jour chronologique de la page, et des fonctions comme la possibilité d’ajouter des commentaires, des rétroliens (track back), etc.
Cofondateur de l’éditeur américain de solutions de gestion des processus métier Intalio, ce Français expatrié est apparu comme une vigie technologique avec son weblog IT¦Redux. En fin 2006, ce natif de Nantes, diplômé de l’Ecole des mines de Nancy, a organisé à San Francisco la conférence Office 2.0, centrée sur le futur des applications sur poste de travail.
Qu’est-ce qui a poussé un spécialiste des processus d’entreprise comme vous à organiser une conférence sur l’influence du Web 2.0 sur les outils bureautiques ?
Ismaël Ghalimi : En hiver 1998, à l’Ecole des mines de Nantes, j’ai monté Exoffice, et je me suis mis en tête de développer une suite bureautique sur le Web. Cela n’a pas dépassé le stade du gestionnaire de fichiers et d’un client mail. En mars 1999, j’ai couché sur papier une architecture pour mettre en œuvre ce genre de choses : base de données, serveur d’applications, outils de conversion XML, moniteur transactionnel, et, surtout, un moteur de workflow. Je me suis rendu aux Etats-Unis, au salon JavaOne en juillet 2000, et je n’en suis pas reparti. Pour concrétiser cette plate-forme, j’ai renommé Exoffice Intalio. Je me suis aperçu que ce produit était réservé aux grandes entreprises, et j’ai abandonné mon idée de suite bureautique sur le Web. Je l’ai reprise, l’an dernier, quand Javascript a atteint un niveau de maturité suffisant. Quant à la conférence Office 2.0, pour la petite histoire, je ne savais pas, jusqu’en juillet 2006,que j’allais l’organiser.
Les DSI n’hésiteront-ils pas à promouvoir ces outils peu matures, parfois peu sécurisés ?
Evidemment ! Leur mission n’est pas de mettre en œuvre les dernières technologies. Certains iront jusqu’à configurer le pare-feu pour bloquer les connexions. Mais ils finiront bien par accepter ces outils, avec des réserves. Ce n’est pas une attitude nouvelle. Ils étaient contre les PC, qui sont apparus sur le bureau des salariés sans contrôle de la DSI. L’adoption est venue de l’utilisateur final. Ce sera le cas avec les applications Office 2.0. Les premiers utilisateurs seront alors soit des professions libérales, soit des entreprises de moins de 25 salariés, soit encore des universités. Et le cheval de Troie sera probablement le webmail.
La permanence du réseau reste le principal problème des applications présentées lors de votre conférence…
Ce problème devrait vite être résolu. D’une part, la plupart des salariés en entreprises ont déjà un accès Internet, et les moyens d’accès vont se multiplier. Se connecter devient une commodité, au même titre que consommer de l’électricité. Certes, les coupures de courant existent, et c’est dramatique. Mais ce n’est pas pour autant que les entreprises n’y ont plus recours. D’autre part, des solutions intermédiaires offrant à la fois le “ offline ” et le “ online ” apparaissent pour rassurer les utilisateurs. Mais, dans cinq ans, cette dualité aura probablement disparu.
Pour l’instant, le Web 2.0 a un impact sur la création et la gestion de documents. Cette influence s’étendra-t-elle à d’autres domaines ?
Dans un futur proche, je pense le Web 2.0 influera en priorité sur les outils de calendrier en ligne, où le besoin est énorme. Il en ira de même dans la gestion des contacts ou les outils de présentation sur Internet. Autre domaine qui devrait exploser : les bases de données en ligne, comme Zoho Creator ou DabbleDB.
















