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Le mobile se prépare au paiement sans contact

Les opérateurs mobiles et deux banques seraient prêts à coopérer afin que le téléphone mobile devienne un moyen de paiement. En revanche, le partage des revenus s'annonce rude.

Notre argent les intéresse. Les opérateurs mobiles comme les banques entendent bien bénéficier de la révolution qui se dessine avec la transformation du téléphone mobile en moyen de paiement. ' Le déclencheur est l'arrivée du sans?"contact ', souligne Jacques Sénéca, président d'Eurosmart et de Gemalto pour l'Europe. Grâce à une puce NFC (Near Field Communication), le téléphone mobile se mue en carte bancaire communiquant par radio avec un terminal de paiement, éloigné de quelques centimètres. Ce scénario est en test à Strasbourg. L'application de débit de la banque, le Crédit Mutuel?"CIC, au standard EMV, est placée dans une zone isolée de la carte SIM de l'opérateur, NRJ Mobile (dont le Crédit Mutuel est actionnaire). Deux cents téléphones sans contact ont été fournis par Sagem.
Dans la foulée, une initiative a été lancée afin de promouvoir les paiements par mobile. Autour de la table, on trouve le Crédit Mutuel?"CIC (13 millions de clients), BNP Paribas (6 millions de clients), les trois opérateurs cellulaires hexagonaux (Orange, Bouygues Telecom et SFR) et les deux leaders internationaux des services de paiement, MasterCard et Visa.

Quel(s) type(s) de rémunération ?

Premier objectif : définir des standards d'intégration technique répondant aux enjeux sécuritaires et les procédures associées, dont le téléchargement OTA (Over the Air) et la personnalisation de l'application bancaire dans la carte SIM. Questions induites : quel sera le modèle économique et comment l'opérateur sera?"t?"il rémunéré ? Les possibilités semblent multiples : loyer pour la mise à disposition d'espace sur la carte SIM ; rémunération à la transaction, variable selon le montant du paiement ; rémunération au téléchargement, au SMS, via le trafic supplémentaire généré , etc. Certains jugent la question prématurée. Ceux qui répondent voient les choses différemment selon qu'ils sont opérateurs ou banquiers.
Pour Bouygues Telecom, ' la rémunération sur les transactions n'est pas a priori exclue, surtout si la solution durcit la sécurité et réduit donc les risques pour les banques '. Une position que le Crédit Mutuel?"CIC écarte au contraire : ' Le paiement ne fait pas appel à la fonction téléphone, cela exclut d'emblée la rémunération par transaction ou une rémunération variable selon le montant '. Orange, pour sa part, estime qu'il existe de très grosses marges de progression dans les paiements. Nombre de règlements effectués en liquide ou par chèque vont passer sur le mobile. Résultat : ' Les opérateurs veulent leur part de la valeur du nouveau marché des paiements qu'ils vont contribuer à développer. ' Ce qui suggère plutôt une rémunération au pourcentage.
Si les opérateurs se montrent gourmands, les banques n'auraient?"elles pas intérêt à se lancer seules, en gérant leur propre composant de sécurité dans le mobile, qu'il soit placé dans le téléphone ou dans une carte mémoire ? ' C'est possible, confirme Visa. Le marché dictera quelle solution offre le meilleur équilibre entre coût, sécurité, ergonomie et performance. ' L'américain SanDisk propose ainsi une carte de mémoire Flash, la Trusted Flash, qui autorise cet usage. Elle possède un processeur de chiffrement et s'insère dans le mobile via un connecteur SD. Elle peut embarquer une application bancaire, même si son objectif est surtout de distribuer du contenu, à la façon d'un CD, ou d'être à la disposition de l'opérateur. ' Nous aurons un pilote bancaire en 2007 en Asie, annonce Pascal Caillon, en charge des contenus chez SanDisk. Une application de billetterie de transport y sera associée. '
Ce cavalier seul des banques ne suscite pas l'enthousiasme des opérateurs, qui bétonnent leurs positions. ' Les banques ont du mal à commercialiser et à assurer le service après?"vente de matériel informatique, il n'y a qu'à voir l'expérience de Cyber?"Comm [lecteurs destinés à sécuriser les paiements sur internet, NDLR], rappelle Orange. Et il ne sera pas forcément facile d'avoir des liaisons on Ùline avec cet équipement, ce qui enlève beaucoup d'atouts au mobile. ' Et, pour Bouygues Telecom : ' d'autres éléments que la carte SIM sont envisageables, mais les opérateurs ne pourront pas apporter leurs garanties de sécurité et de bon fonctionnement ni aux banques ni aux clients '.

Opérateurs et banquiers condamnés à s'entendre

Reste que même si l'application bancaire est téléchargée dans un composant indépendant, tout n'est pas réglé pour autant. ' Il faut arbitrer les accès à la puce NFC pour communiquer vers l'extérieur, indique Pascal Caillon. Dans notre pilote bancaire, c'est la carte SIM qui en sera responsable '. Dès lors, les opérateurs paraissent en position de force, d'autant que ce sont eux qui subventionnent l'achat du téléphone et maîtrisent la liaison cellulaire avec leurs abonnés. Pourraient?"ils s'affranchir des banques, en créant leur propre établissement de paiement, surtout avec l'arrivée du New Legal Framework for Payments européen et du SEPA (Single Euro Payments Aera ou espace unique des paiements en euro, en français) ? ' Cela a été leur position pendant les cinq dernières années. Aujourd'hui, ils ont compris qu'ils ont intérêt à coopérer avec les banques ', rétorque MasterCard. Les banques soulignent leur valeur ajoutée. ' Il y a un savoir?"faire en matière de moyens de paiement, en particulier sur la gestion du risque. C'est la raison de fond qui motive les opérateurs à la coopération ', estime BNP Paribas. ' Il n'est pas évident que les opérateurs aient intérêt à exercer le métier d'institution de paiement, qu'ils ne connaissent pas. D'autre part, les consommateurs pourraient rejeter l'idée de confier leurs paiements à un opérateur de téléphonie ', pense Visa. Et Orange de reconnaître : ' Nous ne voyons pas les opérateurs démarcher les commerçants pour qu'ils acceptent le paiement mobile NFC. C'est le métier des banques. '
Les opérateurs et les banques semblent donc condamnés à s'entendre. ' Nous avons choisi de partir avec les opérateurs, c'est la condition du décollage du paiement mobile ', assure BNP Paribas. Et Bouygues Telecom de conclure : ' Les bases de l'accord sont le "chacun chez soi" ! L'opérateur reste sur son métier télécoms et doit jouer un rôle important dans la diffusion des mobiles sans contact et le support client. La banque reste sur son métier bancaire. ' Rendez?"vous fin 2007 pour les premiers pilotes.

D'autres applications rémunératrices pour les opérateurs

ABI Research recommande aux opérateurs de ne pas se focaliser sur les paiements, car le mobile sans contact servira à bien d'autres applications sur lesquelles ils pourront percevoir une dîme. Orange illustre cette diversité : ' Les clients attendent plusieurs produits sur leur mobile, de la même façon qu'ils ont plusieurs cartes de paiement dans leur portefeuille. Ils veulent aussi de la billetterie de transport, des billets de spectacle, des cartes d'accès ou de fidélité. ' Bouygues Telecom renchérit : ' Chaque émetteur de cartes doit pouvoir placer son application sur la carte SIM de ses clients. ' On y ajoutera la mise en relation via des étiquettes radio, et tout type de paiement ou de rechargement en ligne. Les paiements pourraient débuter par les faibles montants. Bouygues Telecom souligne cependant : ' Les petites transactions sont nombreuses, mais peu rémunératrices. Les montants plus importants seront nécessaires à l'équilibre économique de la solution. ' Mais, déjà, des divergences apparaissent. Certains poussent le porte?"monnaie électronique, d'autres insistent sur l'universalité des applications EMV.

Une philosophie technique encore à clarifier

Orange s'inquiète de la façon dont les questions techniques vont être abordées. ' Il ne faut pas transposer le monde de la carte à puce sur le mobile. La carte est un objet off line, sans écran ni clavier, tout le contraire du mobile. Les échecs passés sont autant de signes d'alerte : Cyber?"Comm, SET ou les mobiles bifentes. ' L'opérateur insiste : ' Pour atteindre le même niveau de risques que sur la carte, il est sans doute possible de ne pas mettre en ?"uvre, au même niveau, les processus de certification EAL4+ et consorts, longs et chers. ' Par ailleurs, on remarque la nécessité d'un tiers de confiance qui agencera la cohabitation entre l'opérateur et la banque. Un rôle que Gemalto a joué pour le Crédit Mutuel?"CIC et NRJ Mobile, et qu'il entend généraliser.

Si vous êtes pressé

Les opérateurs mobiles et deux banques s'apprêtent à coopérer afin de définir les futurs standards techniques du paiement utilisant un téléphone mobile. L'option de travail est de placer l'application bancaire dans la carte SIM.

Des technologies clés crédibilisent la possibilité d'employer le téléphone mobile comme moyen de paiement sans contact. Il s'agit en particulier de l'arrivée des puces radio NFC.

Les modèles économiques de répartition des revenus liés aux paiements ne sont pas précisés.

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