Le jour a été bien choisi. Alors que Microsoft préparait sur le parvis de La Défense le lancement festif de Vista, Novell annonçait sur le salon Solutions Linux / Solutions Open Source, au Cnit, à quelques mètres de là, la signature d'un contrat record avec PSA Peugeot Citroën. Le deuxième constructeur automobile européen va déployer 20 000 postes de travail Suse Linux Enterprise Desktop. Belle référence pour Novell, et signe de reconnaissance pour les logiciels libres et open source. Ils sont entrés dans le paysage informatique avec un niveau de sérieux, à défaut d'un poids économique, qui n'a plus rien à envier aux logiciels propriétaires. Linux n'est plus qu'un composant parmi d'autres.
« On a beaucoup présenté l'open source comme se réduisant à l'OS. Mais c'est un environnement complet, avec du logiciel, des solutions, du middleware, le tout multiplate-forme », rappelle Jean-Yves Bocahu, responsable Linux et open source de HP France. Le salon, avec ses 180 exposants et sa dizaine de milliers de visiteurs, conserve son envergure de l'an passé. Le nombre de visiteurs évolue doucement, mais sûrement. Chez IBM, on relève « moins d'étudiants venus dénicher un emploi, plus de responsables informatiques venus chercher des solutions ». « En venant cette année, je me disais que je ne le referai pas en 2008. Mais suite aux prises de contacts et à la fréquentation de nos présentations, je révise mon jugement », avoue Jean-François Donikian, fondateur de StarXpert.
Des motivations diverses
« Des visiteurs qui viennent avec des projets, des budgets, un cahier des charges... », constate Bruno Citti, le directeur commercial d'OpenBlueLab, qui propose une suite PGI et GRC libre. Toutes les zones de l'informatique d'entreprise sont couvertes sur le salon. Et si chacun se reconnaît sous la bannière du libre, les motivations sont diverses. « L'open source nous permet d'aligner des outils d'entrée de gamme au-dessus desquels nous proposons nos briques propriétaires. C'est un moyen de cesser de nous faire attaquer par le bas du marché », explique Philippe Bournhonesque d'IBM Software. Jeronimo, le serveur J2EE open source auquel participe activement IBM, sert de complément à WebSphere, « pour des PME qui n'auraient jamais installé ce dernier, ou pour de grands clients qui n'achèteront pas 200 licences, mais plutôt 50, et compléteront avec Jeronimo ». À l'opposé, EBM WebSourcing présentait Petals, un bus de services d'entreprise qui tient à la fois de l'outil d'intégration d'applications d'entreprise et du grid pour la création d'architectures de services web. « Les logiciels d'infrastructures sont dans les mains des grands éditeurs. Pour faire quelque chose d'intéressant, il faut faire de l'open source. Pour nous, c'était la seule porte d'entrée », remarque Gaël Blondelle, directeur général. André Seynaeve, intégrateur Compiere et partenaire Audaxis, explique rencontrer souvent « des utilisateurs déçus par des produits propriétaires trop complexes, comme SAP, et qui cherchent avec les logiciels libres des solutions plus souples et modulaires ». Même réflexion pour Bruno Citti, « nos clients tentent souvent de sortir du modèle propriétaire qui leur coûte cher et leur impose des migrations qu'ils ne jugent pas utiles ». D'autres pensent aux extensions du modèle open source. Audaxis présentait TobFlow, un moteur de workflow associé à un générateur d'écrans pour le traitement des procédures d'entreprise. « TobFlow est libre, la maintenance payante. Mais TobFlow générera de l'activité par la vente de modèles de workflow. Les experts proposeront aux PME non pas d'acheter un moteur, mais une prestation de conseil pour la création d'un modèle », explique Éric Fesler, directeur technique d'Audaxis.
Une assistance de qualité
La croissance de ce marché implique une professionnalisation des offres d'assistance et de maintenance. Directeur OSSA (Open Source Software Assurance) chez Linagora, Philippe Brière explique : « Dans sa version la plus haute, OSSA inclut un engagement de moyens, avec un rappel dans l'heure suivant le bug et quelques heures pour contourner le problème, mais aussi de résultat avec la correction du bug. » La prestation s'applique à plus de 150 logiciels, dont Apache, Tomcat, MySQL ou Postgre-SQL. Même souci chez Nuxeo, éditeur de logiciels de gestion de contenu. « Notre assistance peut aller jusqu'à 24 heures/24 et 7 jours/7 », précise Arnaud Lefèvre, DG adjoint. Thales met en avant d'autres facteurs. Responsable du Centre de compétences open source, Gregory Lopez décrit : « Je dispose d'une équipe dédiée de quinze personnes. Environ 400 experts ont été identifiés dans notre groupe. À la base construite autour d'ObjectWeb, l'offre d'assistance inclut la certification de tous les composants de la chaîne applicative. Par exemple, pour remplacer un moteur de workflow. » SpikeSource mise sur le côté « clés en main » de ses plates-formes open source, qui seront commercialisées en France par Bull. Côté SSII, la montée en charge prend une forme plus classique. Responsable open source pour Steria, Michel Levy-Provencal constate : « Pour assurer des prestations d'assistance de niveau 2 et 3, Steria dispose d'une centaine de personnes, pas toutes dédiées exclusivement. Ce qui traduit les types d'appels d'offres. Ceux-ci comprennent de plus en plus des bouts de libre avec du propriétaire. Par exemple, du Zope sur du Lotus. »
La grand-messe francophone annuelle des logiciels libres et open source a connu une édition particulièrement solide cette année. PSA a fait l'événement en signant avec Novell pour la fourniture de 20 000 postes Linux. Plus généralement, le salon confirme que les logiciels libres et open source forment une composante à part entière de l'informatique, qui est parvenue à s'imposer à côté des modèles propriétaires, avec une offre étendue à toutes les couches techniques, une multiplicité de modèles commerciaux, et la constitution d'un paysage de services qui monte doucement en puissance.
Solutions Linux / Solutions Open Source ne comporte pas que des stands commerciaux. Un pavillon des associations et des organisations rassemble une cinquantaine de participants installés avec les moyens du bord mais bien présents : Mozilla, l'Adullact, l'April, Parinux, Lea, Ubuntu, Debian... Développeurs, traducteurs, associations d'utilisateurs, ils prouvent la vitalité d'une communauté particulièrement efficace et assurent un rôle de charnière entre le noyau dur des créateurs de logiciels libres, le grand public et les entreprises. Leurs sites sont souvent de véritables références francophones, comme celui d'Ubuntu qui n'a pas peu contribué à la popularité de cette distribution en France.
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