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“ Certains analystes voyaient la migration vers la téléphonie IP comme assez rapide, elle s'est révélée plus lente que prévu. Pour la vidéosurveillance IP, c'est l'inverse, elle dépasse toutes les prévisions ”, résume Sébastien Amiotte, responsable produits vidéo de l'intégrateur SPIE Communications.
Vincent Royer, chef du département Sûreté/Sécurité de la chambre de commerce et d'industrie d'Ajaccio et de la Corse du Sud est en bonne place pour en observer l'évolution. Il a supervisé, en 2004, la mise en place du système de vidéosurveillance IP de l'aéroport Campo Dell'Oro, puis, deux ans plus tard, celle du port, en cours de déploiement.
La nouvelle installation est bien plus complexe, répartie sur trois sites distants, avec six stations de visualisation (dont deux pour l'aéroport) et associe à des caméras plus performantes un système de détection d'intrusion sophistiqué. Le budget n'a cependant pas explosé, passant seulement de 208 000 euros à 338 000 euros.
“ Les technologies, notamment de transmission Wi-Fi, sont bien plus performantes aujourd'hui, et les prix des matériels ont diminué sensiblement au cours de ces dernières années. Par exemple, pour le stockage numérique, un NAS qui était vendu 8 000 euros il y a trois ans ne coûte plus aujourd'hui que 3 000 euros. ”
“ Vous avez beau mettre cent caméras, il n'est pas sûr que l'opérateur derrière ver ra ce qui se passe. L'enregistrement est primordial pour pouvoir ultérieurement lire une plaque, identifier une personne… ”, confie Vincent Royer. “ Un bon enregistrement, c'est suffisant. Pas de caméras mobiles non plus : elles nécessitent quelqu'un derrière et c'est un salaire ”, ajoute Bertrand Papon, directeur technique de Sapec.
Gérald Lambert a réalisé un arbitrage similaire en faveur de l'enregistrement pour le système de vidéosurveillance urbaine de Yerres : “ Les caméras travaillent en MPEG-4 et émettent deux flux vidéo. L'un à vingt-cinq images par seconde, mais en 2CIF [240 lignes, NDLR] pour une image temps réel fluide, l'autre, qui sert à l'enregistrement est à cinq images par seconde mais en 4CIF [480 lignes, NDLR] pour une image de meilleure qualité. ”
La taille du disque nécessaire pour conserver les enregistrements varie largement selon les réglages. De plus, certains modèles de caméras IP optimisent l'enregistrement et la bande passante en n'émettant des images que lorsqu'une activité est détectée. Disposant de seulement 550 Go, Bertrand Papon peut ainsi conserver ses images pendant quatre jours et envisage d'augmenter la capacité du disque à 750 Go pour passer à six : “ Lors des grands week-ends, il arrive qu'on ne se rende compte d'un accident ou d'un problème qu'au bout de trois à quatre jours, mais au-delà d'une semaine ça ne vaut sans doute plus la peine, raconte-t-il. Si une séquence doit être conservée, il est toujours possible de l'archiver. ”
Dans le cas de l'aéroport d'Ajaccio, où une vingtaine de caméras procèdent à des enregistrements continus en haute qualité, il faut près de 1 To quotidien. Vincent Royer a donc choisi de se limiter pour le moment aux 72 heures minimales imposées par la réglementation de l'aviation civile. Les réglages préconisés pour le Groupement des Mousquetaires (Intermarché, Ecomarché, etc.) imposent environ 10 Go d'enregistrements par jour et par caméra, pour un stockage en standard d'une dizaine de jours.
Le temps de mise en œuvre est assez variable. La problématique est celle d'une nouvelle application réseau, assez similaire à celle de la téléphonie IP. Quelques jours ou quelques semaines dans les cas simples, bien plus s'il faut des développements spécifiques. Une réflexion en amont est indispensable pour le choix d'implantation des caméras et la manière d'intégrer le réseau de vidéosurveillance à l'existant.
La pose et le paramétrage des caméras peuvent enfin être fastidieux et nécessitent à la fois des compétences métier (que faut–il surveiller ?)… et cinématographiques (choix du champ, prise en compte de la lumière). Il existe aussi des contraintes légales à respecter. “ Les caméras fixes sont positionnées de façon à éviter les zones privées, explique Gérald Lambert. C'est plus complexe pour les dômes. Le numérique permet une programmation interne, indexée en degrés, qui cache telle ou telle partie de l'image. Le brouillage dépend aussi du niveau de zoom. On autorisera un plan d'ensemble sur un immeuble, mais pas un zoom sur une fenêtre. Mais on pourra zoomer entre deux immeubles. C'est bien plus pratique qu'un masque mécanique. ”
Le choix du réseau peut se révéler complexe, notamment pour la maîtrise des flux. Une option simple, quoique plus coûteuse, consiste à mettre en place un réseau dédié à la vidéosurveillance. C'est ce qui a été fait à Ajaccio, car c'est l'installation la plus sécurisée. C'est aussi le choix de Bertrand Papon. Pour éviter tout engorgement du réseau, les caméras sont reliées à un commutateur indépendant connecté exclusivement au serveur d'enregistrement qui communique avec l'extérieur via une seconde interface. Cette approche présente l'inconvénient de nécessiter un nouveau câblage complet.
Sébastien Amiotte relève qu'il est plus fréquent de dédier un VLAN à la vidéosurveillance, ce qui évite les collisions entre paquets vidéo et paquets de données et contribue à la sécurité en limitant l'accès aux caméras. Pour le Groupement des Mousquetaires, la solution retenue consiste à équiper les points de vente d'un câble de catégorie 6 pouvant supporter des débits de plusieurs Mbit/s. Faire passer tous les flux vidéo ou de données sur un même câble, utilisé même pour l'alimentation électrique (grâce à des caméras de type Power–over–Ethernet), évite les surcoûts liés à un câblage spécifique.
Pour la ville de Yerres, les progrès en matière de BLR ont été déterminants dans le choix du système de vidéosurveillance urbaine : “ Nous avons retenu une solution hertzienne de type RLAN à base d'équipements Alvarion [une adaptation des protocoles WiMAX à la bande de fréquences des 5 GHz, NDLR] avant tout pour une problématique de coûts. ” Pour les villes, les coûts de câblage sont en effet très importants (les travaux de génie civil sont estimés à 200 euros par mètre de tranchée) et nécessitent usuellement d'avoir recours à un opérateur télécoms.
Ils justifient en grande partie l'existence d'offres packagées de vidéosurveillance comme l'Orange Business Services de France Télécom. Le choix technique de Yerres est intéressant, car la maîtrise par la ville du réseau sans fil urbain à permis d'y faire circuler d'autres données que la seule vidéo : téléphonie IP, surveillance d'équipements municipaux et accès Internet pour les écoles.
L'ouverture de la vidéosurveillance vers le système d'information est bénéfique à différents niveaux. Le partage des infrastructures réseau facilite l'ajout des caméras, leur déplacement, ou encore leur maintenance à distance. Elle rend aussi aisée la consultation à distance. Pour une banque, cela permet, par exemple, de déporter facilement des centres de télésurveillance et de les unifier entre plusieurs agences.
A Ajaccio, Vincent Royer accède ainsi confortablement aux caméras de l'aéroport depuis son bureau situé sur le port. Bertrand Papon utilise régulièrement la vidéo pour lever, via Internet, les fausses alertes générées par son alarme (indépendante du système vidéo). Pour lui, c'était un besoin auquel ne répondaient pas les solutions analogiques.
“ En revanche, c'est une fonction toujours disponible avec les réseaux de surveillance IP ”, ajoute Christian Legendre, adhérent Intermarché et président de la Stime. L'informatique, enfin, apporte “ l'intelligence ” aux systèmes de vidéosurveillance. L'analyse des images permet, par exemple, la détection de chutes d'objets sur la voie ou l'identification de flux de voyageurs (fonctions réalisées par Open Wide pour la RATP). Souvent on associera les informations visuelles à celles remontées par différents capteurs.
Dans le port d'Ajaccio, par exemple, un dispositif ALR (Area Laser Radar), issu de la technologie militaire et premier du genre en Europe, surveille les navires des plaisanciers sur 360 degrés, y compris côté plan d'eau. En cas d'intrusion, les caméras couvrant le secteur se braquent sur l'objet repéré. Plus banalement, une solution de vidéosurveillance mémorisera le visage de celui qui a badgé ou qui a pris un objet dans tel rayon d'une grande surface.
Beaucoup de solutions de vidéosurveillance IP actuelles proposent des fonctions de détecteur de mouvement par analyse d'images. Plus précise qu'une alarme volumétrique, cette méthode limite la détection à une zone et/ou à une taille précise. Bertrand Papon vante la capacité du logiciel IP Recorder (ARC–Créations) à réaliser ce type de détection en relecture à partir des archives : “ En une minute, il analyse une heure environ. Tous les logiciels ne sont pas à ce niveau et j'ai écarté certaines offres sur ce critère. ”
Précisons que ces fonctions sont proposées soit par le logiciel serveur, soit directement embarquées par la caméra, la tendance pour les constructeurs consistant à accroître l'intelligence embarquée des caméras IP pour se démarquer.
Le système de vidéosurveillance doit être traité comme une application critique car les procédures de sécurité reposent généralement sur son mode de fonctionnement. Les caméras actuelles sont très solides et connaissent très peu de pannes. Le point faible se situe en fait au niveau du système informatique, en particulier le serveur de stockage.
Dans le cas de la surveillance des aéroports, la sauvegarde est une obligation réglementaire. “ Il arrive que l'on doive remplacer un disque sur un NAS. Tout est en Raid 5 et les disques sont échangeables à chaud, il n'y a donc pas de soucis. Mais il faut être clair, analyse Vincent Royer. Quel que soit le type de vidéosurveillance, IP ou non, un enregistreur numérique est un disque qui est en permanence en utilisation, il est constamment en écriture. C'est quasiment une pièce d'usure. ”
Il préconise d'utiliser un grand nombre de petits disques échangeables à chaud, le Raid 5 étant un minimum. Au niveau du paramétrage, il conseille de “ croiser les serveurs , c'est-à-dire d'associer non pas une zone à un NAS, mais de réunir plusieurs caméras de différentes zones par NAS.
Un autre écueil se situe en amont, au moment du choix des caméras. Celles–ci doivent offrir la qualité d'image ou les performances nécessaires au logiciel utilisé. Inutile d'espérer procéder à des analyses d'images pertinentes dans le noir, à contre–jour ou sur un fond mobile (plan d'eau, feuillage), si la caméra n'est pas spécifiquement conçue à cet effet.
Le choix d'implantation des caméras doit donc être réalisé très tôt et tous les modèles ne se valent pas. Notons qu'il est souvent possible de réutiliser des caméras analogiques existant dans une infrastructure en les associant à un encodeur, mais qu'il ne faut pas s'attendre dans ce cas à des fonctions trop sophistiquées, à moins d'une solution dédiée.
Les composants d'un système de vidéosurveillance IP (caméras IP, serveur d'enregistrement et de visualisation) sont de simples périphériques IP connectés au réseau d'entreprise et le câblage est minimal : un câble réseau et un câble d'alimentation électrique. Voire le câble réseau seul avec une caméra de type PoE qui y puise son alimentation.
La pose et l'orientation des caméras requièrent à la fois une expertise métier et cinématographique. Le paramétrage des caméras est souvent complexe : saisie des masques et des zones, définition des seuils de détection de mouvements, réglage du flux, etc. C'est une tâche manuelle et fastidieuse. Attention à bien évaluer le budget alloué au projet. Une caméra intérieure d'entrée de gamme vaut 200 euros environ, et une caméra pour un usage extérieur et motorisée peut coûter jusqu'à dix fois plus.
Tout système de vidéosurveillance nécessite une autorisation préfectorale dès que les caméras filment une partie de la voie publique, les zones privatives doivent être brouillées. Les enregistrements peuvent être conservés au plus trente jours. La surveillance de lieux privés doit faire l'objet d'une déclaration à la Cnil et auprès du comité d'entreprise. Les vidéos sont recevables dans des affaires relevant du droit du travail, mais les employés doivent en être avertis.
La vidéosurveillance IP est pilotée par des logiciels qui en font une partie intégrante du système d'information. Cela ouvre des possibilités comme l'accès à distance, le traitement automatisé des images activant d'autres systèmes, l'interaction avec des bases de données, et encore l'authentification de droits de visualisation via un serveur LDAP. Cela implique aussi de la traiter comme une application critique, notamment au niveau du système d'enregistrement.
C'est à la suite d'un vol, il y a quatre ans, que Bertrand Papon, directeur technique de Sapec, a décidé de mettre en place un système de vidéosurveillance. Les solutions analogiques envisagées dans un premier temps n'étaient pas satisfaisantes, surtout à cause de leur coût élevé (60 000 euros pour une quinzaine de caméras réparties dans un bâtiment industriel d'un demi-hectare) et de l'absence d'accès distant. Il s'est décidé l'été dernier pour une solution proposée par la société Areste, un intégrateur de Clermont–Ferrand : une vingtaine de caméras IP fixes Axis, dont six “ basse luminosité ” connectées à un sous-réseau dédié vidéo, le tout piloté par IP Record 2005, logiciel d'ARC-Créations, installé sur un serveur Maxdata bi–écran avec 500 Go de disque.
Le serveur d'enregistrement (pourvu de deux interfaces Ethernet) fait la passerelle avec le reste du système informatique. L'ensemble, hors câblage (réalisé en interne), a coûté environ 30 000 euros au total pour les deux sites ayant été équipés (les serveurs d'enregistrement sont croisés entre sites). “ J'estime que l'investissement a été rentabilisé en six mois, explique Bertrand Papon. En plus de l'aspect dissuasif des caméras, je paye moins cher mon assurance, la démarque interne a cessé et les ouvriers savent qu'il y a des caméras – il est obligatoire légalement de prévenir les salariés – et se comportent mieux. Autre intérêt : les bandes vidéo sont depuis quelques mois recevables en cas d'accident du travail. ”
Sapec
Christian Legendre est adhérent Intermarché et président de la Stime. Certains services et infrastructures du Groupement des Mousquetaires sont gérés en commun de manière à optimiser les coûts et le niveau de service. C'est le cas de l'informatique gérée par l'entité Stime. “ A la demande des adhérents, la Stime a lancé un appel d'offres pour rationaliser la vidéosurveillance. Après avoir étudié dix–huit offres, nous avons retenu celle d'IBM car novatrice, s'intégrant bien à l'existant et évolutive. Le prix a évidemment joué aussi, détaille Christian Legendre. La proposition – le fin mot revient toujours aux adhérents – permet de bénéficier de l'infrastructure réseau existante : transmission par satellite, secours ADSL, possibilité de connexion pour notre agent de télésurveillance afin de lever les doutes, par accès distant à partir d'un pocket PC, d'un PC portable, etc. La maintenance peut se faire à distance sans intervention technique de l'adhérent, par exemple, pour la mise à jour logicielle par patchs de sécurité. ”
Installé depuis juin sur deux Intermarché pilotes, le système a immédiatement fonctionné. Ce qui a encouragé à le généraliser. Le déploiement a débuté depuis décembre. Notons que le gain principal du nouveau système – que Christian Legendre ne veut pas détailler car c'est un avantage concurrentiel – tient dans ses logiciels, lesquels permettraient de réduire notablement la “ démarque inconnue ”.
Groupement des Mousquetaires
Sébastien Amiotte est responsable vidéosurveillance de SPIE Communications.
Quel est l'apport principal de la vidéosurveillance sur IP ?
L'évolutivité. C'est le point majeur pour IP, avec la facilité d'ajout ou de déplacement des caméras ou de postes de visualisation ou de stockage car le câblage est non dédié. On peut aussi maintenir à distance ces solutions. Les mises à jour des caméras et le diagnostic de certains niveaux de pannes se font à distance via leur adresse IP. La facilité d'intégration d'une caméra IP attire certaines sociétés dont nous administrons le réseau. Après la téléphonie sur IP, puisque le réseau est prêt, ces entreprises se posent la question de la vidéo sur IP.
Qu'est-ce qui différencie les caméras IP ?
Les constructeurs ont intégré des fonctions dans les caméras qui les rendent autonomes et évitent des problématiques de calcul sur le serveur, et donc l'augmentation du coût global. De plus en plus de caméras arrivent sur le marché avec des fonctions bien spécifiques : mode basse lumière utilisable la nuit sans éclairage, correction des contre-jours, d'autres fonctions gèrent la détection de mouvements y compris sur des fonds mobiles (feuillage, eau) ou corrigent le bruit numérique qui apparaît sur les images lorsque la caméra est placée dans un environnement sombre. La prochaine génération pourra faire du comptage de personnes ou pourquoi pas de la reconnaissance de visage.
SPIE Communications
















