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Sur le plan fonctionnel, les grands outils de supervision de BMC, CA, HP, ou encore IBM conservent une légère avance sur les solutions open source les plus performantes. Ce n'est plus le cas pour les versions bridées, que ces mêmes éditeurs destinent aux PME. C'est ce qui ressort de l'étude comparative menée en fin d'année dernière par Uperto, une entité de la SSII Devoteam.
Pas étonnant que, depuis un an, les sociétés de services en logiciels libres (SSLL) soient de plus en plus sollicitées. Elles interviennent principalement dans deux cas de figure. Dans le premier, l'entreprise n'a pas encore d'outil de supervision, et elle se sert de l'open source pour s'habituer à cette discipline et déterminer les indicateurs à surveiller. Dans l'autre, elle remplace une suite propriétaire qui n'était utilisée que pour des besoins simples : ping, gestion des alertes SNMP (Simple Network Management Protocol)… L'open source est alors idéal pour trois fois moins cher, à en croire la SSLL Linagora.
Les motivations des entreprises sont toutefois multiples. Ainsi, les sociétés du secteur privé, qui externalisent des pans entiers de leur informatique, essaient de garder un œil sur la qualité de leurs services. Selon Linagora, le spécialiste du mobilier urbain JC Decaux a franchi le pas pour cette raison. En outre, les sociétés de services notent que les utilisateurs de Tivoli, d'IBM, ou Patrol, de BMC, se plaignent de n'exploiter qu'une très faible partie des capacités de ces outils propriétaires. Ils disposent d'une palanquée d'indicateurs, mais ceux-ci seraient inutilisables.
“ Ces produits sont relativement complexes à paramétrer, affirme Patrick Benichou, directeur général de la SSLL Open Wide. Ne serait-ce que pour désactiver les fonctions inutiles. ” Les entreprises vont donc s'orienter vers les logiciels libres, qui exigent de mettre la main à la pâte, mais correspondent exactement à leurs besoins. Selon Linagora, la multinationale Lafarge s'est retrouvée dans cette configuration avant d'installer Nagios.
Cette solution est au catalogue de la plupart des sociétés de services. Pourtant, elle affiche de nombreuses limites : incompatibilité avec l'administration de l'environnement Windows, architecture bâtie sur des technologies Web vieillissantes… Mais c'est la plus installée et la plus stable. Elle a d'emblée été conçue pour être complétée par des programmes additionnels (plug in). Et comme la communauté est importante, ceux-ci abondent. Ainsi, pour pallier ses faiblesses natives, certains développeurs parisiens ont mis en place Oreon.
“ Au départ, elle ne constituait qu'une interface de configuration puissante, explique Romain Le Merlus, directeur des projets chez Merethis. Nous l'avons assortie, par la suite, de la gestion automatique des graphes, de mécanismes de contrôle d'accès, de snapshots SNMP des équipements, d'une cartographie poussée, et du reporting avec mesure de niveau de service. ” Les entreprises peu sensibilisées à la philosophie Lego peuvent se tourner vers son successeur potentiel, Zabbix. Une solution qu'Uperto classe, sur le plan fonctionnel, entre les grands frameworks et leurs versions bridées.
Elle n'est cependant pas exempte de défauts : elle s'avère complexe à configurer, et doit encore prouver ses capacités à monter en puissance. Parmi les autres concurrents, figurent Zenoss, défavorisé toutefois par son moteur Zope, dont les performances laisseraient à désirer, Groundwork Open Source, bâti sur le moteur de Nagios, auquel on aurait ajouté des connecteurs XML, ou encore Hyperic.
Ces trois derniers produits, ainsi que Zabbix ont l'avantage d'être distribués par des structures commerciales. Un atout de taille pour les entreprises, qui, dans un premier temps, préfèrent s'adresser à une société identifiée plutôt qu'à une communauté sans porte-parole. Groundwork offre ainsi support par téléphone, messagerie électronique, et portail, avec un temps de réponse garanti en fonction de la sévérité du problème.
Idem chez Zabbix, qui propose même à ses clients ayant choisi l'option Platinum de revoir à date fixe l'intégralité de leur environnement. Avantage de cette formule : les solutions vendues sont généralement packagées pour répondre à tous les besoins, évitant de cette manière à l'utilisateur d'aller rechercher des additifs sur Sourceforge.
Néanmoins, comme très peu d'éditeurs sont directement présents en France, il faudra s'en remettre aux sociétés de services. Lesquelles peuvent assurer le support avec des niveaux de service précis, mais pour deux ou trois solutions au plus. Cela en attendant que les grands de l'administration de systèmes se jettent aussi dans le bain. IBM prépare son offensive avec Cosmos. CA propose la base de données libre Ingres pour stocker les informations de configuration des éléments d'un système d'information. BMC et HP, quant à eux, sont absents du marché.
Le panorama ne serait pas complet si l'on ne parlait pas du prix. En comprenant recensement des appareils à superviser, définition des indicateurs, installation de la console, des greffons, mise en place des scénarios, formation, support et maintenance, “ il faut compter entre 75 000 et 100 000 euros pour un projet de supervision, sur un panel de 200 serveurs ”, dit Michel Maudet, directeur général adjoint de Linagora.
Source : Supervision open source, d’Uperto (décembre 2006)
“ Les deux tiers de nos clients choisissent de déployer Nagios ”
“ Les autres choisissent Zabbix, un logiciel de supervision si riche sur le plan fonctionnel qu'il se frotte à Patrol, de BMC, et à la gamme Tivoli, d'IBM. OpenNMS, qui n'a pas beaucoup évolué ces dernières années, est, lui, peu installé. ”
“ Zabbix est plus riche sur la partie configuration ”
“ Il n'est pas tout à fait au point au niveau du graphisme, mais il est plus simple à manipuler que Nagios. Nous le déployons dans les entreprises surveillant moins de 500 équipements. Dans les grandes structures, nous préconisons Nagios. Un logiciel éprouvé, qui bénéficie d'un historique plus important, mais manque d'outils pour le paramétrer efficacement. ”
“ Chez l'un de nos clients de la grande distribution, nous avons remplacé Patrol, de BMC, et Candle, d'IBM, par Nagios. Les deux outils en place disposant chacun de leur console de supervision, il était impossible d'obtenir une vision unifiée du système d'information. Aujourd'hui, Nagios surveille 1400 éléments : serveur AIX, base Oracle, progiciel SAP, messagerie Exchange, etc. Lors du déploiement, nous n'avons rencontré qu'un seul problème sérieux, lié à la montée en charge. Au stade des 300 machines supervisées, l'interface Web de Nagios ne s'affichait qu'au bout de trente secondes. Un de nos consultants a corrigé ce défaut.
Le projet, démarré en 2005, a duré deux ans, et mobilisé cinq personnes. Le développement, l'intégration, et la mise en place ont représenté une charge d'environ 220 jours/homme. En troquant deux solutions propriétaires contre Nagios, notre client a divisé ses coûts par deux ou trois. ”
“ Le libre concurrence les consoles des constructeurs ”
“ Mais il ne fait pas d'ombre aux suites comme Tivoli. Nagios, Zenoss, Hyperic, ou Groundwork ne sont pas encore assez riches sur le plan fonctionnel : absence de moteur de corrélation et d'historisation, supervision limitée à Linux, remontée d'informations avec le seul SNMP. Les standards comme JMX (Java Management Extensions) ou ARM (Application Response Measurement) pour les temps de réponse ne sont pas pris en compte. ”
“ Il doit devenir plus simple à installer ”
“ C'est pour cela que nous avons lancé le projet open source Cosmos au sein du consortium Eclipse. Cette suite de supervision, prévue pour le troisième trimestre de 2007, s'appuiera sur Java. Par ailleurs, elle sera livrée avec un datawarehouse, autorisera la supervision avec ou sans agents, et sera compatible WSDM (Web Services Distributed Management), ARM, JMX, et SNMP. ”
















