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Une usine à logiciels bâtie sur la méritocratie

Fondé en fin 2001 pour créer une alternative à Visual Studio de Microsoft, le consortium Eclipse a su se muer en véritable plate-forme de mutualisation, sous l'aspect d'une fondation à but non lucratif.

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Initiative d'IBM pour mettre en valeur les acquis techniques de sa filiale OTI, le consortium Eclipse est né en 2001. Il est devenu, depuis, un cas d'école de l'adoption des méthodes et techniques de collaboration de l'open source par des acteurs commerciaux. Les neuf sociétés fondatrices ont été rejointes par plus de 100 éditeurs ou institutions, sans compter les individuels. C'est en se transformant en fondation en début 2004, qu'Eclipse a pris son essor. A partir de là, l'implication d'IBM est devenue moins criante. D'autres grands acteurs tels que HP, Oracle, ou BEA ont pu s'associer au mouvement.
La nouvelle organisation définit quatre statuts de membres, avec différents niveaux d'implication contractuelle. Les membres stratégiques, au nombre de 17, dont deux ' consommateurs ' (HP et SAP), doivent s'acquitter d'une obole annuelle de 250 000 dollars, et affecter au minimum huit développeurs aux projets de la fondation. Parmi eux, IBM bien sûr, mais aussi des éditeurs classiques comme BEA, Borland, CA, Compuware, Iona, Serena, Sybase et Zend, un fondeur (Intel), ainsi que des spécialistes des périphériques mobiles (Motorola, Nokia), et des systèmes embarqués temps réel (Simula Labs et Wind River).
Les fournisseurs de plug in constituent la deuxième catégorie. Ils n'ont pas la même implication sur le processus de développement, et utilisent les technologies d'Eclipse au sein de leurs produits. Ces éditeurs ne sont pas tenus de fournir des développeurs, et leur contribution financière se limite à 5 000 dollars par an. Ce groupe compte 114 membres, dont des éditeurs ayant pignon sur rue (Oracle, Novell, BO, Cognos, ou Ilog). La troisième catégorie regroupe les membres associés, issus le plus souvent du monde académique. Enfin, les contributeurs individuels représentent le dernier groupe. Les membres fondateurs disposent de droit d'un siège au comité directeur, tandis que les autres y élisent leurs représentants. Chaque catégorie peut toutefois se prévaloir d'au moins un siège au comité, dont la taille varie périodiquement.

Un processus ' juste assez '

Pour fédérer autant d'acteurs, la fondation a dû mettre en place un processus de développement à la fois codifié et ouvert. Assez codifié pour garantir le niveau de qualité nécessaire. Ouvert pour demeurer en phase avec les besoins et les attentes du marché, et accepter facilement de nouvelles idées de projets. ' Nous fonctionnons sur un référentiel central. Pour l'instant, nous recourons au classique CVS, mais réfléchissons à utiliser un système mieux adapté, explique Ralph Müeller, responsable d'Eclipse pour l'Europe. Quoi qu'il en soit, chacun contribue au référentiel central. Ce qui permet de savoir précisément où nous en sommes à un instant donné. ' Chaque projet Eclipse comprend un chef de projet et une équipe de contributeurs, certains disposant du droit d'écriture dans le référentiel (' commit ').
Ce modèle d'organisation, qui regroupe des éditeurs parfois directement concurrents au sein de projets d'ampleur, est sans doute la voie à suivre pour le développement industrialisé de logiciels. Pour ses responsables, Eclipse est confronté aux mêmes contraintes qu'un industriel fournissant des composants de base à une diversité d'acteurs commerciaux. En quelque sorte, une usine à logiciels.

Réponses d'expert : Ralph Müeller, responsable d'Eclipse pour l'Europe

Comment les projets Eclipse naissent-ils ?
' Le projet, proposé par un individu, une société, ou un groupe, est évalué par Bjorn Freeman-Benson. Il vérifie que ses objectifs sont clairement définis, qu'il est soutenu par un groupe ou une communauté de développeurs motivés. Ensuite, la proposition entre dans la phase de validation technique, où l'on évalue son cycle de vie, ainsi que ses implications juridiques. '

Ces questions juridiques sont-elles importantes ?
' Oui. Nous voulons être certains que les utilisateurs des technologies Eclipse ne seront pas poursuivis par d'autres sociétés à plus long terme. Quatre personnes travaillent sur ces questions. De plus, nous sommes équipés des outils de vérification de Black Duck et de Palamida, au travers desquels passe l'ensemble du code source. '

Eclipse regroupe déjà un grand nombre de projets. Jusqu'où la fondation peut-elle aller sans altérer son fonctionnement ?
' Nous ne mettons actuellement aucune limite au nombre de projets. Eclipse est surtout un espace où acteurs, éditeurs et utilisateurs peuvent collaborer avec des règles admises par tous pour garantir lintégration, la qualité, et la maturité des technologies. '

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