Bouygues bascule Windows sur mainframe

L'opérateur a choisi le système Windows 2003 Data Center, installé sur des serveurs d'Unisys, pour moderniser sa plate-forme de gestion des SMS.
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Moins de huit heures non cumulées d'interruption de service sur l'année. Soit 99,99 % de taux de disponibilité ! Telle était l'une des exigences de l'opérateur de téléphonie mobile Bouygues Télécom pour sa nouvelle plate-forme Isis, qui gère des SMS pour le compte de clients tels que TF1, M6, et la SNCF. Critique, cette plate-forme dialogue avec 200 applications frontales qui couvrent de multiples besoins : géolocalisation, messagerie instantanée sur téléphone mobile, mise à jour de son blog depuis son portable, téléchargements de fonds d'écran et de sonneries, et vote lors des jeux télévisuels. La plate-forme connaît des pointes de trafic intenses, jusqu'à 2 000 transactions par seconde, par exemple lorsque les téléspectateurs de la Star Academy sont invités à élire un candidat par SMS. “ Dans ces moments-là, même le taux de 99,99 % de disponibilité n'est plus de mise, dit Alain Moustard, directeur des systèmes d'information de Bouygues Télécom. Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre la moindre interruption de services. ” Pour répondre à de telles exigences, l'opérateur a opté pour le système d'exploitation Windows 2003 Data Center, installé sur des serveurs ES7000/one, d'Unisys. Le tout garanti par le constructeur, également intégrateur du projet, et opérateur de la plate-forme.

Garder les applications existantes

Le renouvellement de la plate-forme Isis répondait à deux besoins principaux. Conçue il y a cinq ans avec Windows 2000 et SQL Server 2000, l'ancienne architecture reposait sur des technologies obsolètes que l'opérateur souhaitait moderniser. Il voulait également renforcer sa capacité à monter en charge, le nombre de SMS géré par la plate-forme ne cessant de croître au fil des années. Pour autant, Bouygues Télécom n'entendait pas développer de nouveau les applications qui utilisent cette plate-forme. Raison pour laquelle Windows 2003 Data Center et SQL Server 2005 se sont tout naturellement imposés comme la solution la plus simple pour réutiliser cet existant applicatif. Un choix original dans le domaine de l'application critique que Gilles Gros, directeur du projet de Bouygues Télécom, justifie très simplement : “ Windows s'inscrit dans la continuité par rapport à notre existant, et la solution Microsoft/Unisys était la plus avantageuse d'un point de vue économique. ”

Malgré ce choix de la continuité technologique, Bouygues a dû réaliser un travail important d'adaptation. Le passage du 32 au 64 bits ainsi que les nouvelles interfaces d'accès de SQL Server 2005 ont rendu la migration plus complexe. Les SMS réceptionnés par Bouygues Télécom sont, en effet, adressés aux applications hébergées sous Windows 2000. Les requêtes sont acheminées vers la base de données via un bus développé sur mesure. Dans l'ancienne version la transformation et la qualification des données étaient effectuées par le logiciel d'ETL DTS (Data Transformation Services) en version 32 bits. Les traitements ont été migrés vers SSIS (SQL Server 2005 Integration Services), nouvelle version de l'outil d'extraction et de transformation de Microsoft, avec, au passage, une conversion de l'adressage des requêtes en 64 bits. Important, ce travail d'adaptation n'a toutefois représenté qu'une infime partie des sept mois qu'a nécessité la migration. L'essentiel ayant été consacré aux tests de disponibilité et de montée en charge.

Toutes les étapes ont été testées

Bouygues Télécom a confié à Unisys, en collaboration avec Microsoft, la mise en œuvre de la plate-forme. Toutefois, Unisys est le seul partenaire à s'être engagé contractuellement sur la haute disponibilité de la plate-forme. Il a également pris en charge le pilotage du projet ainsi que l'exploitation d'Isis depuis septembre 2006, date à laquelle la plate-forme est passée en production. Bien entendu, le fabricant a assuré ses arrières en impliquant Bouygues Télécom et Microsoft dans la boucle. Chaque protagoniste s'est engagé sur des processus d'urgence en cas de défaillance et à fournir des ressources pour surveiller la plate-forme. Il n'en reste pas moins que pour renforcer la fiabilité de l'architecture mise en œuvre, Unisys a préféré découper le projet en trois grands chantiers en consacrant beaucoup de temps aux tests à chaque étape.

Jusqu'à 15 000 transactions à la seconde

Entre mars et avril 2006, le fabricant a procédé à la mise en place de la plate-forme cible : trois serveurs ES 7000 64 bits fonctionnant sous Windows 2003 Data Center 64 bits. Cette version se distingue de Windows 2003 par une meilleure prise en charge du multitraitement et une gestion de la mémoire plus importante. Elle prend notamment en charge le multitraitement symétrique à 32 voies. Elle propose aussi un service de cluster avec huit nœuds, et gère 128 Go de mémoire vive.

Le stockage des données est assuré par des baies EMC. Ce premier chantier a été conclu par des tests de montée en charge. Unysis a procédé en parallèle, avec le concours de Bouygues Télécom et de Microsoft, à l'adaptation des applications existantes : modification des interfaces et adaptation au 64 bits. Là encore, ce second chantier s'est clos par une importante phase de tests sur les processus complets (tests de scénarios). Enfin, les données ont été préparées et dupliquées dans la nouvelle base de données. En mai, les trois chantiers menés en parallèle convergent et début juin, Bouygues Télécom entre dans une importante phase de tests unitaires qui va durer plus de deux mois. Le 19 septembre, par simple routage des flux SMS vers la nouvelle architecture, Bouygues Télécom réalise la bascule.

La plate-forme gère actuellement environ 2 000 transactions par seconde, ce qui correspond à un trafic amont de 100 SMS à la seconde. Chacun donnant lieu à de nombreux retours (accusés de réception, etc.). Mais pour assurer la pérennité d'un projet qui a nécessité plus de 4 000 jours/homme, Bouygues Télécom a prévu large : l'engagement passé avec Unisys et Microsoft prévoit une montée en charge de la plate-forme jusqu'à 15 000 transactions à la seconde.

Conscient d'avoir fait un choix original en s'appuyant sur Windows en environnement de type mainframe, Alain Moustard ne regrette pas son choix : “ En six mois d'exploitation, nous n'avons jamais connu d'incident. ” Il l'explique par l'effort porté sur la qualité du développement, aussi propre que pour les traditionnels systèmes d'exploitation des mainframes. “ La qualité des intervenants des différents métiers de Bouygues Télécom et de nos partenaires Microsoft et Unisys sur le projet nous ont permis de faire preuve d'une rigueur exemplaire. ” Les performances et la fiabilité sont dès lors au rendez-vous. “ Le résultat est équivalent, sinon supérieur, à celui d'une pure solution mainframe, quand on tient compte des coûts en environnement Windows qui sont généralement inférieurs ”, se félicite le DSI de Bouygues Télécom.

redaction@01informatique.presse.fr

Une configuration qui mêle 32 et 64 bits

Chaque application est hébergée sur un serveur équipé de Windows 2000 et doté de deux ou quatre processeurs.

Il fait dialoguer SSIS (ETL de SQL Server 2005) avec les applications existantes en utilisant une couche d'émulation qui exploite les anciennes API de DTS (précédente version de SSIS).

SQL Server 2005 Enterprise Edition est conçue pour exploiter les jeux d'instructions optimisés pour les traitements de données des processeurs 64 bits Itanium 2 des serveurs d'Unisys.

Les trois serveurs qui hébergent les moteurs de la base de données et de l'ETL, sont dotés chacun de 16 processeurs Itanium 2 cadencés à 1,6 GHz avec 64 Go de mémoire et deux disques de 73 Go en Raid1.

Pour le stockage des données nécessaires au traitement des SMS, la baie de stockage DMX 1000 est équipée de 100 disques de 73 Go (Raid1) et de 25 disques de 146 Go (Raid5).

Les chiffres clés du projet

7 mois de mise en œuvre entre mars et septembre 2006.
3 grands chantiers : l'installation de la nouvelle plate-forme (mainframes d'Unisys, base de données SQL Server 2005, baies de stockage EMC), adaptation des applications existantes pour dialoguer en mode 64 bits, et enfin duplication des données dans la nouvelle base.
4 000 jours/homme ont été nécessaires pour mener à bien la migration.
70 personnes étaient sur le pont le 19 septembre dernier pour réaliser la bascule.

www.01blog.fr/1899

2 questions à… : David Milot, Managing Partner Enterprise Solution Services d'Unisys

Quelle est la nature de l'engagement d'Unisys vis-à-vis de Bouygues Télécom ?
“ Il porte sur trois points : la haute disponibilité avec moins de huit heures non cumulées d'arrêt sur l'année ; les performances de la plate-forme avec 2 000 transactions par seconde et une capacité à monter jusqu'à 15 000 ; et nous garantissons à Bouygues Télécom la mise en œuvre de toutes les évolutions technologiques. ”

N'est-ce pas risqué pour Unisys ?
“ Nous travaillons depuis longtemps à l'optimisation de Windows 2003 Data Center pour nos serveurs. Le contrat prévoit également des astreintes de la part de toutes les parties et des processus d'escalade qui remontent jusqu'à Steve Ballmer si certains problèmes ne sont pas réglés sous six heures. Microsoft a autant intérêt que nous à ce que la plate-forme tienne ses promesses. ”

Interview : Rakesh Kumar (Gartner Group) : “ une richesse applicative jamais remise en cause ”

Unisys est-il le seul constructeur de grands systèmes à accueillir Windows ?
Rakesh Kumar : Non. Le mariage entre le mainframe et le système d'exploitation de Microsoft n'est pas nouveau. D'ailleurs, IBM propose également d'associer ces deux mondes. Mais en pratique, Windows reste assez peu utilisé sur les mainframes. Les entreprises ont trop investi en développements spécifiques autour du système d'exploitation d'IBM pour remettre en cause aujourd'hui cette richesse applicative.

La solution d'Unisys rivalise-t-elle en performances avec un mainframe d'IBM équipé du système d'exploitation maison ?
RK : De manière générale, non. Cela fait plus de vingt ans que Big Blue travaille à l'optimisation de ses machines pour son système d'exploitation et vice versa. Il convient néanmoins de relativiser cette réponse catégorique. La plupart des entreprises n'ont pas besoin des performances, ou encore des capacités de montée en charge, d'un grand système IBM.

Unisys a-t-il encore un avenir sur le marché des serveurs ?
RK : Le positionnement actuel d'Unisys sur le marché des mainframes est raisonnable, même si la concurrence avec IBM promet d'être rude. En effet, il n'aura jamais les mêmes moyens en marketing ou en R & D. Son principal atout s'appelle Microsoft qui a tout à prouver sur le terrain des applications critiques. L'éditeur de Windows a intérêt à ce que les machines d'Unisys existent pour soutenir sa stratégie. Par ailleurs, Unisys va devoir renforcer son activité de services. Il suffit d'analyser les revenus d'IBM pour se rendre compte qu'ils proviennent moins de la vente de matériel que des services.

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