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Web 2.0 : une boîte à outils pour améliorer l'ergonomie

Agrégés au sein d'une application composite, les flux RSS, les API et les widgets permettent de concevoir des services novateurs améliorant le confort de l'utilisateur.

Le Web 2.0 comporte deux dimensions : sociale et technique. La dimension sociale est la mieux comprise par les entreprises européennes. Selon le cabinet d'analyse McKinsey, 30 % d'entre elles utilisent ou comptent utiliser un réseau social, des blogs, des wikis, ou plus globalement des outils favorisant la collaboration et la création d'une intelligence collective. En revanche, les entreprises ont du mal à appréhender la dimension technique du Web 2.0. Si elles ont toutes conscience de l'apport ergonomique des interfaces DHTML/Ajax et des clients riches Internet (RIA), la vision la plus technique et la plus novatrice peine à se faire reconnaître. Très justement résumée par les expressions ' web as a platform ' et ' programmable web ', cette démarche consiste à ouvrir le système d'information de l'entreprise en l'exposant via des API web publiques (REST, RSS, etc.). Ces API peuvent ensuite être agrégées par des tiers au sein d'applications composites pour créer des services novateurs. Le web devient alors un grand jeu de Lego. C'est le c?"ur de notre dossier.

L'utilisation : composer sa page, sans programmation

' Pour rester à l'affût des dernières promotions, l'internaute devait s'abonner à une newsletter ou visiter le site régulièrement ', décrit Florence Godino, chargée de projet chez le voyagiste Expedia. ' Un flux RSS est plus pertinent dans ce scénario, car il nécessite moins d'efforts pour l'utilisateur ', estime-t-elle. Expedia propose donc trois flux : vols, offres de dernière minute et promotions. Ni interface HTML, ni e-mail, ce canal connaît un succès croissant, car il automatise la veille de l'internaute sans être aussi intrusif qu'un e-mail et sans nécessiter des allers-retours incessants sur le site. Pour l'instant, seuls les internautes avertis utilisent RSS. Expedia propose donc trois modules Netvibes en complément. Un clic suffit à les ajouter à sa page personnalisée Netvibes. Les deux premiers modules correspondent simplement à un flux RSS ' habillé '. Mais le dernier permet de lancer une recherche de voyage directement depuis Netvibes. Pour l'instant, l'internaute est redirigé vers le site Expedia.fr pour consulter le résultat, ' mais nous travaillons à une meilleure intégration au sein de Netvibes ', précise Florence Godino. Bien entendu, en exposant ainsi ses données et ses traitements sur les sites de partenaires, Expedia espère doper ses ventes, car chaque API publique représente un canal supplémentaire de diffusion de ses offres. Une démarche qu'a suivie Voyages-sncf.com, premier site de commerce électronique en France. Depuis avril 2007, le site de la SNCF propose quatre flux RSS, qui indiquent en permanence ' les meilleures offres train, avion, dernière minute et promotions au départ d'une ville spécifique ', détaille Corinne Brunel, directrice de l'édition logicielle chez VSC Technologies, la filiale du groupe Voyages-sncf.com qui s'occupe du site de même nom. L'internaute peut lire les propositions de la SNCF dans un lecteur de flux RSS ou les intégrer à sa page d'accueil personnalisée Netvibes, iGoogle, etc. Quelques clics suffisent. Comme Expedia, Voyages-sncf.com vient de proposer, en complément, un composant Netvibes, qui reprend le pavé de réservation de voyages du site de la SNCF. L'internaute peut donc lancer une recherche d'horaire directement depuis Netvibes. Application composite par excellence, la page d'accueil personnalisée Netvibes doit son succès au fait qu'elle permet à l'internaute de la composer lui-même, sans programmation, à partir d'un catalogue de composants prédéveloppés par Expedia, la SNCF, mais aussi par Google et Yahoo! (messagerie), Digg, eBay, Flickr, del.icio.us, etc. Cependant, le site SeLoger.com a, quant à lui, préféré créer sa propre application composite. Elle agrège en temps réel ses annonces immobilières sur une carte Google Maps en fonction des critères de recherche de l'utilisateur. Pour construire cette application, SeLoger.com agrège ses données sur la carte de Google directement dans le navigateur de l'internaute. ' Les donnés cartographiques sont donc gérées par les serveurs de Google et SeLoger.com se concentre sur son c?"ur de métier : la recherche d'annonces. C'est tout l'intérêt de l'architecture distribuée du Web 2.0 ', explique Jean-Marie Retif, directeur Portails et Innovation du groupe SeLoger.com. L'application repose sur une interface DHTML et des échanges Ajax entre les serveurs de Google et de SeLoger.com. Cerise sur le gâteau, l'internaute peut transformer en un clic n'importe quelle recherche en un flux RSS complètement personnalisé. ' Sans l'ouverture des API web publiques, ce type d'application composite est impossible à développer à un coût raisonnable ', explique Sami Jaber, directeur technique de Valtech Toulouse, qui a réalisé une application composite pour un grand opérateur télécoms français. L'annuaire interne de l'entreprise agrège des services externes de localisation et de réservation de transport autour de la fiche du collaborateur. Il est ainsi plus facile pour l'utilisateur de gérer ses déplacements.

La mise en ?"uvre : bien préparer son système d'information

D'un point de vue technique, la création d'une API web publique ?" flux RSS, API Google Maps, etc. ?" revient à exposer l'appel à une requête SQL ou à un traitement dans un format standard. L'agrégation des services au sein d'une application composite s'effectue directement depuis le navigateur de l'internaute via un échange asynchrone sur HTTP avec les serveurs distribués (carte Google Maps et annonces SeLoger.com, par exemple). La création des flux RSS ou des API web publiques s'appuient sur un serveur d'applications traditionnel et ne nécessite que quelques lignes de code. La création de modules pour Netvibes repose sur la norme UWA (Universal Widget API). Créée par Netvibes, UWA s'impose peu à peu comme un standard de fait. C'est le format qu'ont retenu la SNCF et Expedia. ' Les modules Netvibes sont très faciles à mettre en ?"uvre. Il n'y a pas besoin de compétence technique particulière. Nous avons créé nos trois modules en moins d'une semaine ', détaille Florence Godino. Un module Netvibes correspond à un flux RSS ou à une page HTML qui s'exécute au sein d'un ' conteneur ' normalisé. La standardisation apportée par UWA étend mécaniquement l'audience du module à d'autres pages d'accueil compatibles comme iGoogle, mais aussi au sein d'un portail d'entreprise s'appuyant par exemple sur WebSphere Portal Server d'IBM. ' Cette portabilité des modules évite d'avoir à maintenir cinquante versions différentes d'un même module ', note Florence Godino. Cette architecture distribuée est plus facile à mettre en ?"uvre si le système d'information de l'entreprise repose déjà sur une architecture orientée services (AOS). C'est le cas de l'architecture de services retenue par Voyages-sncf.com. ' Nous avons fait très tôt le choix d'une architecture en couches qui nous a permis de bénéficier d'une grande souplesse pour mettre en place une couche de présentation très structurée ', explique Corinne Brunel. Le tiers ' présentation ' de Voyages-sncf.com est décomposé en sous-couches bien distinctes : interaction, présentation, et structuration. Pour la sous-couche présentation, la SNCF travaille avec le framework Ajax Prototype et migrera bientôt vers jQuery, plus léger et plus facile à étendre. Même approche pour le site SeLoger.com. ' Notre architecture est construite de manière à pouvoir réutiliser le module de recherche d'annonces sous diverses interfaces ?" sorties JavaScript, HTML, XML, etc. ?" afin de pouvoir faire évoluer les différents modules présents sur le site en parallèle ', explique Jean-Marie Retif. L'agrégation des cartes Google Maps et des annonces s'effectue directement au niveau du client DHTML/Ajax, c'est-à-dire dans le navigateur de l'internaute. Dans ce type de contexte technique, les entreprises cherchent à alléger le plus possible les appels de services. ' Nous nous intéressons à l'architecture REST qui résume l'appel d'une API à une requête avec paramètres, au lieu d'un message XML complexe comme dans le cas des échanges Soap ', décrit Corinne Brunel. Rest peut également faciliter l'échange de données à l'aide de fichiers XML structurés. Pour mener à bien ces projets, certaines compétences techniques sont absolument nécessaires. ' Le principe du Web 2.0 est de recentrer le service autour de l'utilisateur. De ce fait, il est important d'avoir de fortes compétences en ergonomie et en accessibilité. Une véritable expertise de la modélisation et de la programmation orientée objet, JavaScript notamment, est indispensable ', estime Corinne Brunel. ' Dans notre cas, JavaScript est la colle qui permet d'assembler les données SeLoger.com avec les cartes de Google ', illustre Jean-Marie Retif.

Les écueils : choisir la bonne architecture technique

La création et la consommation de flux RSS ne posent aucune difficulté. De. NET à PHP en passant par Java, la plupart des plates-formes de développement et des frameworks qui s'y exécutent possèdent des fonctions prédéveloppées. En revanche, certains choix technologiques ?" liés à l'interface DHTML/Ajax, et aux widgets notamment ?" ne sont pas forcément triviaux. ' Le choix du framework est donc particulièrement important, car il structure les développements. Au début, nous avons choisi un framework Ajax, qui nous a pénalisés en termes de performances ', se souvient Corinne Brunel. ' Nous avons été obligés de reprendre nos développements et de repartir sur un nouveau framework plus adapté. Fort heureusement, tout cela reste transparent pour l'internaute ', ajoute-t-elle. L'apprentissage des subtilités de certaines API publiques n'est, elle non plus, pas toujours simple. ' Nous affichons dynamiquement un nombre d'annonces sur chaque icône de la carte et une liste d'annonces, chargée dynamiquement lors du survol de l'icône. Ce n'est pas prévu en standard par l'API de Google. Il a donc fallu un développement important pour créer nos propres infobulles ', explique Jean-Marie Retif.

Les gains : une meilleure ergonomie

Au final, les flux RSS, les API publiques, les widgets et les applications composites améliorent l'ergonomie de l'application. Et leur utilisation conjointe permet de créer des services nouveaux, tout en limitant l'effort de développement, puisqu'une partie des composants est fournie par des tiers. Si elle impose un effort de conception, la multiplication des interfaces publiques redonne la main à l'utilisateur qui décide de son mode de consommation de l'information. Les utilisateurs disposent ' d'un meilleur service, plus proche et mieux adapté à leur attente et d'une plus grande fluidité et interactivité dans leur utilisation ', estime Corinne Brunel. Pour l'entreprise, le Web 2.0 se traduit par la possibilité d'augmenter l'audience de ses services en ligne et d'exposer plus largement son offre et son contenu. C'est une bonne manière de travailler son image de marque. ' Le fait de ne plus avoir à baser sa recherche sur un code postal et de visualiser en un coup d'?"il l'offre immobilière sur une zone géographique nous permet de mettre en valeur chaque annonce ', illustre Jean-Marie Retif. ' Le flux RSS est pour l'instant le plus utilisé, mais à terme, la consultation par carte sera plus importante ', prédit-il.

Si vous êtes pressé

Le Web 2.0 ne se résume pas aux blogs. C'est aussi une nouvelle architecture applicative qui permet à la fois d'exposer le système d'information de l'entreprise via des flux RSS et des API web publiques, et d'agréger des flux RSS et des API tierces dans des applications composites. Grâce à cette architecture, l'utilisateur gagne en ergonomie et en souplesse, tandis que l'entreprise multiplie les canaux pour exposer ses données et ses traitements. Un moyen d'augmenter fortement son audience, et, partant, son chiffre d'affaires.

Poussée par Netvibes, la norme Universal Widget API (UWA) s'impose peu à peu. Elle standardise l'architecture technique et les metadonnées d'un widget afin d'assurer sa portabilité sur différentes pages d'accueil personnalisées (webtop) comme iGoogle et Netvibes, et des portails comme WebSphere Portal d'IBM.

L'utilisation conjointe de DHTML et d'Ajax améliore les temps de réponse des applications et des sites web. Les clients riches Internet (RIA) apportent en plus la gestion du mode déconnecté. Mais plus important encore, l'utilisateur peut choisir la façon dont il souhaite consommer un service : interface web par défaut, client riche, flux RSS, widget, etc.

L'agrégation d'API distantes permet de construire très rapidement des applications. Ce qui était impensable avant l'arrivée du Web 2.0 du fait de leur complexité. Les cartes fournies par SeLoger.com en sont un bon exemple.

Si les échanges Ajax commencent à entrer dans les m?"urs des développeurs grâce aux frameworks, la création d'applications composites complexes et l'exposition de ses données et traitements nécessitent une réflexion de fond, qui aboutit souvent à la mise en place d'une AOS. Les applications du Web 2.0 sont donc l'arbre qui cache la forêt.

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Retour d'expérience : Développer une architecture

' Le Web 3.0 apportera une dimension sémantique '

' Le Web 2.0 n'est pas encore abouti, mais nous regardons déjà de très près le potentiel du Web 3.0. Le concept est encore vague, mais tout le monde s'accorde à dire qu'il s'agit de rendre les sources d'informations plus exploitables par les internautes et par les applications. Donc des sujets comme la sémantique, la structuration de l'information, etc. Pour le moment nous réalisons une veille technologique très active et commençons à structurer proprement nos données. Deux technologies ont retenu notre attention : RDF et les microformats. Le format RDF ?" Resource Description Framework ?" permet de décrire des metadonnées dans un format très académique et standardisé depuis des années. Encore naissants, les microformats proposent une approche pragmatique pour structurer certaines informations contenues dans une page xHTML selon des schémas standards. C'est par exemple le cas d'une adresse avec hCard et d'un rendez-vous avec hCalendar. De nouvelles possibilités d'interaction peuvent en découler, entre un site web et votre agenda, votre carnet d'adresses ou Google Maps par exemple. Et ce, d'autant plus que la version 3 de Firefox gérera les microformats nativement. '

VSC Technologies, Groupe Voyages-sncf.com

Retour d'expérience : S'adapter aux besoins des clients

' De nouvelles technologies pour de nouveaux usages '

' RSS est un canal d'information qui répond bien aux contraintes des personnes qui voyagent souvent et ont besoin de se tenir au courant de l'évolution des disponibilités et des prix sur un trajet spécifique. Il permet aux internautes d'être informés en temps réel des promotions et des offres de dernière minute sans avoir besoin de se connecter sur le site. Pour l'instant, ce canal génère encore peu de ventes. Mais avec l'essor des pages d'accueil personnalisées comme iGoogle et Netvibes, nous avons bon espoir de voir les ventes décoller. C'est pour cette raison que nous proposons des modules Netvibes compatibles UWA. Surtout, les flux RSS et widgets nous permettent de nous adapter aux besoins d'une clientèle exigeante en proposant de nouvelles façons de consommer nos informations. Nous nous différencions de nos concurrents et laissons le choix à nos clients et prospects de se tenir informés en venant sur le site, en s'abonnant à une newsletter, à un flux RSS ou en intégrant un module dans leur page d'accueil. Les technologies du Web 2.0 nous permettent donc de vendre plus de produits, car nous rendons un meilleur service aux internautes. Et ce n'est que le début, car les technologies évoluent vite. '

Expedia.fr

Avis d'intégrateur : ' Les applications composites permettent de créer un poste de travail en ligne encore plus riche '

Quel est l'impact des mashup sur le poste de travail ?

On assiste à la multiplication des interfaces de programmation publiques REST et RSS et des technologies de client riche, notamment Ajax et des applications Internet riches propriétaires d'Adobe, de Microsoft et de Sun. Associées, ces technologies permettent de créer un poste de travail en ligne encore plus riche que celui qui s'exécute au-dessus du bureau Windows.

Comment peut-il être plus riche ?

À l'image de l'annuaire de France Télécom cité en exemple, le maillage d'API internes et provenant de partenaires facilite la création d'applications complètement nouvelles, qui mélangent des fonctionnalités aussi diverses que l'affichage d'une fiche client et la réservation d'un billet d'avion. Il y aura donc de moins en moins de limites aux exigences fonctionnelles des utilisateurs à partir du moment où l'entreprise acceptera d'exposer son système d'information et de consommer les services de ses fournisseurs et partenaires. Le Web 2.0 concrétise la vision des services web.

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