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Ce qui compte, en “ premier lieu, c'est l'intérêt de la cause que nous défendons. Car en termes de technologie, nous ne sommes pas vraiment à la pointe du modernisme. ” La réponse franche de Loïc Prévotat, le responsable des systèmes d'information de Greenpeace France, résume bien l'état d'esprit de ses pairs au sein des principales organisations non gouvernementales (ONG) présentes en France. Celles et ceux qui occupent cette fonction sont avant tout des militants désireux de mettre leurs compétences techniques au service d'un idéal. Etant bien entendu que les rémunérations proposées dans ces organisations n'ont pas grand-chose en commun avec les rémunérations en vigueur dans les états-majors des grandes entreprises.
Pourtant, ces pros de la technologie se montrent bien décidés à injecter de l'informatique dans toutes les strates des associations humanitaires. Afin de gagner encore en performance et en efficacité. Car malgré l'âge plutôt jeune des personnes qui fréquentent ce tissu associatif, et le fait que de telles entités œuvrent souvent grâce à un réseau étendu de bénévoles, les technologies ne semblent pas constituer un chantier prioritaire. Pas encore, en tout cas. Même si la baisse des prix des équipements informatiques, la généralisation des ordinateurs dans les foyers et la fréquentation croissante d'internet ont logiquement incité les principales ONG à s'y intéresser davantage. Mais chacune à sa manière.
Ainsi, le siège de Greenpeace International, installé à Amsterdam, joue le rôle de fournisseur d'accès pour toute une série de services informatiques. Composée de six permanents, sa direction informatique a élaboré la “ Greenbox ” – un ensemble tout-en-un développé sous Linux, qui sert à la fois de système de messagerie, de serveur Web, pour le partage des fichiers ainsi que pour la liaison sécurisée, en réseau privé virtuel, entre ledit siège et les bureaux nationaux.
Appartenir à un réseau étendu à l'échelle planétaire exige une certaine harmonisation des pratiques. “ Historiquement, Amnesty International utilise les solutions de bureautique Microsoft et Lotus d'IBM pour la messagerie, explique Claude Julien, le responsable des systèmes d'information de la section française. Dans les trois prochaines années, tant pour des raisons budgétaires que d'indépendance, nous migrerons progressivement vers des logiciels libres. ” Et cette migration sera sans doute réalisée par des bénévoles, qui contribuent à la cause en participant à l'écriture de programmes adaptés.
C'est l'atout des ONG, leurs généreux objectifs suscitent souvent des actions désintéressées. Mais comment cela se gère-t-il au quotidien ? “ Ces collaborations gracieuses s'avèrent très appréciables dans les phases d'étude ou de pilotage, reconnaît Pierre-Alain Kent, responsable des systèmes d'information de l'association Handicap International, car elles viennent en appui sur des projets souvent complexes. Toutefois, c'est plus risqué quand il s'agit de passer à la réalisation proprement dite. Car cette étape exige une disponibilité très grande et pose la question de la responsabilité finale, si d'aventure le système ainsi conçu ne fonctionnait pas. ” Délicat en effet de demander formellement des comptes à quelqu'un qui a offert ses services.
Néanmoins, si elle n'a pas vocation à distribuer des dividendes, l'ONG se doit de rendre des comptes à ses donateurs et à ses parrains – des entreprises qui sponsorisent certains de ses chantiers. Les abus commis par le passé au sein du monde caritatif et les dégâts qu'ils ont provoqués dans l'opinion publique ont conduit les organisations humanitaires à soigner particulièrement la gestion de leurs flux financiers. “ Handicap International a vingt-cinq ans cette année et, dès 2000, nous avons pris parfaitement conscience que l'on ne pouvait plus s'autoriser le bidouillage technologique bon enfant que nous avions connu précédemment, insiste Pierre-Alain Kent. Il nous fallait des outils de suivi et de reporting pour justifier nos dépenses auprès de ceux qui nous font confiance. ”
Ce qui explique que, dorénavant, la performance prime sur la recherche à tous crins de la solution la moins onéreuse. “ L'informatique forme désormais un outil stratégique, qui se conçoit dans une réflexion sur le long terme ”, poursuit Pierre-Alain Kent. D'ailleurs, la lecture des organigrammes est révélatrice : la fonction informatique se trouve généralement rattachée à la direction financière. Il en va ainsi pour Amnesty et pour Handicap International. Chez ce dernier, les grands projets sont classiquement validés par le conseil d'administration de l'association. Ce fut le cas pour la refonte des outils financiers, qui porte sur une période d'au moins deux ans, et pour celle de la base de données des contacts, qui a débuté en 2005.
Bien que certaines structures associatives soient en guerre ouverte contre de puissants intérêts industriels ou des régimes politiques solidement installés, la sécurité des réseaux ne fait apparemment pas partie des grandes priorités. “ Nous n'avons pas, à ce jour, enregistré de véritable tentative d'immixtion dans notre dispositif informatique ”, observe Claude Julien, d'Amnesty International. Chez Greenpeace, on redoute avant tout qu'un virus ne vienne mettre à plat l'informatique, sans que l'organisation écologiste soit particulièrement visée, mais plutôt à l'instar de tout ordinateur connecté à la Toile.
“ Quant aux opérations menées par des entreprises ou des officines d'intelligence économique, nous ne nous faisons pas d'illusions, admet le DSI de Greenpeace. Si elles veulent entrer, elles finir ont par y arriver. ” Alors, pour les informations confidentielles, on privilégie le papier et le crayon, et rien ne traîne dans l'informatique maison.
Pour les mêmes raisons, il a été décidé de ne pas connecter d'équipement Wi-Fi au réseau interne. Et en cas de grave problème informatique, l'organisation peut continuer à fonctionner par télécopie et téléphone. “ De toute façon, nous ne détenons pas de données secrètes, estime Pierre-Alain Kent, et nous cherchons plutôt à mettre le maximum d'informations sur la place publique. ”
Fortes de leurs spécificités, ces ONG sont-elles des clientes comme les autres pour les prestataires ? “ Pour être en accord avec nos convictions, nous travaillons avec des fournisseurs attentifs aux conditions environnementales, prévient Loïc Prévotat, de Greenpeace. Ainsi, Lenovo est sorti en tête du classement des constructeurs que nous réalisons avec un laboratoire indépendant, pour juger des qualités écologiques de leurs ordinateurs. ”
Les enseignes de l'humanitaire à la notoriété planétaire suscitent bien des convoitises de la part des fournisseurs, qui aimeraient bien pouvoir les mettre en avant parmi leurs références clients. “ Nous sommes sollicités par des sociétés prêtes à baisser leurs tarifs pour nous convaincre, admet Claude Julien. Toutefois, nous sommes très vigilants sur l'utilisation qui sera faite par la suite de notre nom. C'est pourquoi nous restons toujours dans un cadre commercial, avec des rabais symboliques. Et nous refusons a priori les offres gratuites ou les dons technologiques en nature. ” En l'espèce, ses expériences passées au sein de DSI du secteur privé lui ont appris à négocier avec les sociétés de services informatiques.
Les prestataires de petite taille, contrairement aux idées reçues, se montrent les plus réactifs pour traiter avec les ONG. “ Les entreprises avec lesquelles nous travaillons ne nous considèrent certainement pas comme des sociétés comme les autres, relève Pierre-Alain Kent. Et souvent, pour témoigner de leur soutien, elles nous offrent les phases d'étude ou mettent à notre disposition des licences supplémentaires. ” Autant de gestes pour montrer que l'action associative ne les laisse pas indifférents.
Ces DSI doivent maintenant faire en sorte que les permanents des ONG adoptent et exploitent au mieux les technologies. “ Notre usage du Net pour collecter des fonds et recruter des adhérents demeure embryonnaire ”, remarque Claude Julien. Pourtant les statistiques sont formelles : les donneurs en ligne sont les plus généreux ! Mais le site de la section française d'Amnesty reçoit aujourd'hui un millier de visiteurs uniques par jour. Un résultat plutôt modeste, au regard de la réputation mondiale de l'association.
Et du côté des salariés ? “ Nos utilisateurs se montrent aussi exigeants que ceux que l'on rencontre dans n'importe quelle compagnie commerciale, explique Pierre-Alain Kent. En ce moment, ils réclament aussi bien Skype que des messageries instantanées. ” Si le Blackberry ou ses équivalents n'appartiennent pas à la panoplie des permanents des ONG en France, les liaisons à distance sécurisées par réseau privé virtuel se généralisent. Pour autoriser la connexion à la messagerie et à l'intranet hors de son bureau en toute confidentialité.
Quant aux outils de la mobilité, ils se résument pour l'essentiel à des ordinateurs portables, voire à des téléphones 3G. “ Nous réfléchissons à la mise au point d'un serveur de base que nous pourrions expédier lors de nos opérations à l'étranger, confie Pierre-Alain Kent. Sur le terrain, nous utilisons surtout les communications satellites pour la voix, mais avec parcimonie, car cela revient vite très cher. ”
En attendant que les prix baissent, chaque collaborateur assimile avant son départ en mission quelques notions techniques qui l'aideront à se débrouiller une fois en situation, et à se connecter à l'intranet avec les moyens qu'il trouvera sur place. L'informatique fait partie de la trousse de survie lorsqu'on est parachuté en territoire sinistré.
En 2008, Télécoms Sans Frontières fêtera ses dix ans. Les raisons qui ont motivé la création de l'association semblent perdurer : un discours ambiant désignant les technologies de l'information comme la source de nombreux maux économiques (supppressions d'emplois, délocalisations…), et un besoin croissant de communiquer pour des populations subissant des situations de crise dramatiques. Une nécessité qui se situe presque au même niveau que le médical ou l'alimentaire.
D'où l'idée de mettre à la disposition des victimes de guerres ou de catastrophes climatiques des équipements téléphoniques performants. Télécoms Sans Frontières a mené des actions dans une quarantaine de pays, et ses équipes sont intervenues auprès de trois cents organisations non gouvernementales de par le monde. L'association affirme pouvoir mener une intervention en moins de vingt-quatre heures, quel que soit le terrain de crise sur le globe.
Dans l'intention de soutenir cette action, est née en décembre 2005 l'association CIO Sans Frontières, qui souhaite apporter son aide en rétablissant dans les meilleurs délais des services informatiques dans des zones meurtries. Avec des partenaires tels que Typepad pour leur blog, IBM et AT&T pour les serveurs, Nexans pour le développement en code ouvert du portail ou Oracle pour la gestion de la base de données, CIO Sans Frontières recherche davantage la mise à disposition de compétences que le versement de dons en espèces sonnantes et trébuchantes.
Et cela concerne tant les entreprises que les individus qui désireraient accompagner ses travaux. L'objectif étant de venir prêter main-forte à des spécialistes de l'urgence pour restaurer les connexions informatiques.
Effectif de la DSI : 5 personnes (dont 3 développeurs Web).
Budget informatique : environ 75 000 euros.
Site Internet :
www.greenpeace.fr
Effectifs de la DSI : 3 personnes.
Site Internet :
www.amnesty.asso.fr
Effectif de la DSI : 12 permanents.
Budget de la DSI : 240 000 euros (répartis à égalité entre les projets et les infrastructures).
Site Internet :
www.handicap-international.org
















