Le mashup frappe à la porte de l'entreprise
Mixer des applications disponibles sous forme de services web est devenu fréquent sur Internet. A tel point que les utilisateurs pourraient bien pousser leur DSI dans cette voie.
01net.
le 28/09/07 à 00h00
Modèle de création d'applications prôné par Google, Amazon ou Yahoo, le mashup consiste à réaliser des applications évoluées par simple composition de services existants. Un modèle qui rencontre un certain succès et les mashup se
multiplient : le site programmable
web.com en recense près de 2 350. Cette intégration simplifiée d'applications hétérogènes, essentiellement basée sur les services web, Rest (Representational State Transfer) et les flux RSS, a de quoi
séduire. Nombreux sont les éditeurs de solutions d'entreprise à s'engouffrer dans cette brèche et à proposer leurs plates-formes de mashup. Microsoft et IBM ont fait des annonces, mais ont été devancés par BEA et Tibco et quelques autres dans la
mise à disposition d'offres commerciales sur le marché.
Les utilisateurs sont les moteurs
BEA a été le premier éditeur majeur à lancer une suite de logiciels dédiée au mashup. Frédéric Decaudin, consultant chez BEA France, raconte ce qui a poussé l'éditeur à défricher ce marché : ' Les
utilisateurs se servent sur internet et court-circuitent les process de la DSI. Ils peuvent créer des wikis sur des services hébergés, stocker des documents sur des sites de bureautique en ligne, et ce, sans aucune garantie de confidentialité et de
qualité de service. En mettant en place des plates-formes de mashup en interne, on leur fournit un outil très visuel et simple d'accès où ils se sentiront libres de publier librement leurs données. '
Un premier pas vers SOA ?
Issue du rachat de l'éditeur de portail Plumtree, l'offre BEA rassemble AquaLogic Pages, une solution de mashup destinée à l'utilisateur final et AquaLogic Ensemble, un outil de gestion des applications web.
' Il s'agit d'un référentiel de services qui encapsule l'ensemble des applications web, assure les fonctions de WebSSO et de proxy ', précise Frédéric Decaudin. Cette intégration extrêmement simplifiée,
BEA la conçoit essentiellement comme une étape vers une urbanisation plus importante du système d'information (SI) : ' C'est une première étape vers la SOA, un complément à une réurbanisation du SI menée avec un outil
plus structurant comme notre orchestrateur de processus AquaLogic BPM. '
Spécialiste de l'intégration, Tibco s'est lui aussi engouffré dans ce marché durant l'été. Son offre PageBus est plus technique et s'adresse aux développeurs. Embarqué dans les pages HTML d'un portail, pagebus.js implémente un bus de
messages de type publication-souscription en Javascript, qui va gérer les échanges de données entre les composants de la page et ainsi animer le mashup. Page-Bus est diffusé sous forme de licence open source.
Le marketing agressif de ces éditeurs contraste avec la prudence d'IBM. Le géant d'Armonk a pourtant bien anticipé l'émergence de ce marché. Ses équipes de développement ont développé QEDWiki, acronyme de
' Quick and Easily Done '. QEDwiki est en démonstration sur le site d'expérimentation d'IBM Alphaworks depuis le mois de décembre 2006 et la solution semble relativement mature et impressionne par sa
simplicité d'utilisation. Surprise, cette plate-forme a été développée, non pas sur Websphere Portal, mais sur le framework PHP de Zend. Sa commercialisation est attendue d'ici à la fin de l'année.
De nouveaux acteurs émergent
Kapow Technologies et le Français Twinsoft, tous deux éditeurs de solutions d'extraction d'informations à partir de pages web, ont saisi l'opportunité de décliner leurs offres pour ce marché. ' Assembler des
services web GoogleMaps ou Amazon, tout le monde sait faire cela, assène Olivier Piccotto, directeur technique de Twinsoft. Notre particularité est de pouvoir assembler des informations extraites directement de pages HTML, sans
que l'éditeur du site ait mis à disposition des services web de SOAP ou Rest, ainsi que des applications grand système. ' De fait, Twinsoft a noué un partenariat avec IBM pour voir ses
' cliplets ' publiées sur Websphere Portal Server. Son concurrent Kapow Technologies a, lui, signé avec BEA afin de coupler sa technologie à AquaLogic Pages, avec IBM pour QEDWiki et enfin avec Nexaweb,
éditeur de la plate-forme de mashup éponyme.
Une stratégie opportuniste de Serena
Mieux connu sur le marché des solutions d'ALM (gestion du cycle de vie des applications), Serena vient à son tour de dévoiler une offre de mashup. Avec une stratégie de développement ambitieuse. Car, outre le logiciel ?" gratuit
?" de composition Serena Mashup Composer, l'éditeur lance Mashup Exchange, une place de marché qui propose à ce jour une quarantaine de mashup issus de 37 partenaires.
Alors que BEA fait du mashup un outil de transition vers une architecture SOA solide, René Bonvanie, vice-président senior chargé du marketing de Serena, voit différemment le rôle de ces applications composites :
' Même si les applications mashup ont pour vocation d'être des applications situationnelles, c'est-à-dire répondant à des besoins ponctuels, une certaine gouvernance est nécessaire. Avec Serena Mashup Server, nous fournissons
une plate-forme fiable et bien gouvernée. ' Cette plate-forme sera lancée en novembre 2007 en mode hébergé ou sous forme d'achat de licence.
La concurrence se fait féroce sur le marché grand public. Ainsi, Microsoft a fait le choix de proposer un service de mashup exclusivement à destination du grand public. Popfly, son service en ligne, a ouvert en version Alpha (sur
invitation uniquement) en mai dernier. ' L'idée c'est de donner la possibilité aux gens qui n'ont pas de connaissances en programmation de personnaliser des pages de leurs blogs. Toutes les manipulations sont réalisées à la
souris ; il ne s'agit rien moins que de trouver un nouveau paradigme de programmation ', s'enthousiasme Christopher Lauer, spécialiste technique du développement web et Windows Live chez Microsoft France. Popfly doit
devenir un différenciant pour Live dans la lutte qui oppose Microsoft à Yahoo! et son outil de mashup Pipes. Désormais Microsoft fait tout pour créer un écosystème autour de Popfly, à l'image de son rapprochement avec le site de réseau social
Facebook. Néanmoins, aucune application vers le monde de l'entreprise n'est à l'ordre du jour à Redmond.
4 étapes pour créer un mashup
Phase 1. On glisse une source de données sur l'espace de travail : il s'agit ici d'une simple table HTML. Celle-ci a été sauvegardée dans la liste des objets auxquels l'utilisateur a accès, aux côtés de services
web externes ou flux RSS.
Phase 2. De la même façon, on sélectionne l'icône correspondant au service web GoogleMaps. En le plaçant dans l'espace de travail, celui-ci se synchronise avec les données de la table qui y est placée et affiche la
localisation de la première adresse.
Phase 3. Après avoir créé une boîte à onglets, on vient y placer par glisser-déposer les prévisions locales de la NOAA (la météo nationale américaine), la carte de la météo nationale, la carte radar et un flux RSS
d'alertes météorologiques.
Phase 4. La sélection d'une ligne dans la table va désormais placer la carte GoogleMaps sur la bonne adresse et synchroniser les prévisions ou la carte météo placées à ses côtés. Cette synchronisation est réalisée
côté client par un datahub Javascript.
Les plates-formes mashup pour entreprise
BEA. AquaLogic Pages, AquaLogic Ensemble
IBM. QEDWiki (disponibilité prévue en fin d'année)
Kapow Technologies. Kapow Mashup Server
Nexaweb. Nexaweb's Enterprise Web 2.0
Serena. Serena Business Mashup Suite 2008
Tibco. PageBus
Twinsoft. Convertigo Enterprise Mashup Server
Point de vue : Eric Tirlemont (Ineum Consulting) : ' les plates-formes de mashup doivent apporter contrôle et cohérence '
' Il y a un fort besoin dans les entreprises et ces plates-formes répondent en quelque sorte aux mêmes besoins de réactivité et de souplesse auquels l'Extreme Programming a tenté de répondre. Les DSI vont désormais
compter sur une approche éditeur qui devrait réduire les coûts de maintenance. Nous avons vu, notamment dans le monde de la business intelligence, qu'il y a deux sortes de DSI. Certaines ont laissé aux directions métier la liberté de créer leurs
univers autour des solutions Business Object, leurs " petites applications ", et de gérer leurs portails afin de répondre à leurs besoins. Mais elles n'ont pas pris aucun engagement quant à la prise en
charge de ces applications. D'autres DSI ont au contraire souhaité cadrer ces initiatives en en contrôlant la cohérence et en fournissant les plates-formes décisionnelles. Le mashup peut répondre aux besoins des deux cultures d'entreprise en
permettant à la DSI un certain niveau de contrôle et de cohérence mais en laissant aux directions métier le contrôle d'une grande partie de lapplication. '