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Les MVNO auront du mal à atteindre leurs objectifs

Les tarifs des opérateurs de téléphonie mobile connaissent des baisses très timides. Comment expliquez-vous qu'une heure de conversation coûte encore une dizaine d'euros ?
Bernard Dupré : Tout est structuré par le niveau élevé du prix de la terminaison d'appel. Aujourd'hui, les opérateurs de téléphonie mobile font encore payer l'accès à leur réseau huit fois plus cher que les opérateurs du fixe. Tout est dit ! Sur les dernières années, la seule baisse sérieuse des tarifs a concerné le trafic on-net (entre deux mobiles de la même flotte ?" NDLR). Pour ce type de communication, les offres d'abondance semblent devoir se généraliser à des prix corrects. En tout cas, le trafic on-net a explosé. Il représente désormais plus de la moitié des minutes consommées à partir des mobiles.
Comment les entreprises, quelle que soit leur taille, peuvent-elles réaliser des économies substantielles sur leur facture de téléphonie mobile ?
BD : Actuellement, deux solutions existent : la plus efficace consiste à placer des ' hérissons ', c'est-à-dire des passerelles fixe-mobile, derrière le PABX de l'entreprise. En effet, la communication mobile-mobile, en particulier on-net, reste sensiblement moins chère que la communication fixe-mobile. Bien sûr, elle n'offre pas la même souplesse d'utilisation. Mais aujourd'hui encore, elle permet de gagner 5 à 10 centimes d'euro par minute, selon les volumes. Condamnable dans son principe, cette pratique n'a pourtant jamais été formellement interdite par le régulateur. Celui-ci est bien conscient que sa disparition passe par la baisse du prix de la terminaison d'appel. La deuxième solution est de se placer dans une logique d'acheteur, et de faire jouer au maximum la concurrence entre les trois opérateurs.
La mise en place d'un' eurotarif ' par Bruxelles est-elle une bonne chose ?
BD : C'est ne bonne surprise. Il est rare que la Commission européenne, dont la politique économique est plutôt d'inspiration libérale, mette son nez dans les tarifs de détail. C'est dire si les opérateurs de téléphonie mobile ont poussé loin le bouchon ! Nous sommes très satisfaits de la détermination des instances européennes sur ce dossier. Maintenant, il faut baisser le prix des communications de données. Dans les entreprises, des responsables se plaignent souvent des factures de plusieurs centaines d'euros reçues après une mission de quelques jours à l'étranger d'un de leurs cadres. Il est impossible de laisser les prix à de tels niveaux. La banalisation des solutions de push mail, entre autres, nécessite une tarification adaptée. Un ' eurotarif ' sur ces communications serait vraiment le bienvenu.
Les services de transmission de données peinent à décoller, certainement en raison des tarifs élevés. Quelle évolution tarifaire voyez-vous pour ce type de service ?
BD : La facture des communications de données à partir des mobiles préoccupe vraiment les gestionnaires télécoms dans les entreprises. Si des baisses significatives n'interviennent pas très rapidement, on assistera à une restriction des usages. Il y a déjà des exemples. Nous avons reçu le témoignage d'une entreprise qui refuse le cumul Blackberry plus PC portable avec carte modem GSM, même pour son top management. D'autres appliquent des règles d'attribution strictes, et limitent l'équipement de leurs employés pour des raisons de coût.
Quel rôle les opérateurs virtuels peuvent-ils jouer demain dans les entreprises ?
BD : Sur le plan tarifaire, les opérateurs virtuels (ou MVNO) n'ont aujourd'hui aucune marge de man?"uvre pour se différencier et proposer des offres en rupture avec celles des opérateurs de réseaux. Ainsi en est-il, par exemple, de la terminaison d'appel, dont nous avons déjà parlé. Leur valeur ajoutée se limite donc à la facturation, à la gestion de flotte, et au service après-vente. Sur le papier, il y a de la place pour un bon spécialiste de la gestion de flotte ou pour un acteur de proximité pour lassistance client. Mais, dans ce cas, le titre de MVNO est impropre. Les entreprises devront plutôt se tourner vers un intégrateur ou une société de services traditionnelle, plus habitués à gérer des flottes et des contrats externalisés.
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