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Yves Caseau (Bouygues Télécom) : “ éditeurs de solutions, adressez-vous mieux au métier ”

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Vous distinguez la SOA tactique de la SOA de classe entreprise, pouvez-vous expliciter cette distinction ?
Yves Caseau : Le terme SOA (architecture orientée métier) correspond à beaucoup d’échelles et diversités de pratiques. Or, il faut bien séparer SOA locale et globale, ce que j’appelle la SOA d’entreprise. La SOA locale ou départementale, c’est ce que nous avons entrepris chez Bouygues Télécom voici quatre ans. On construit de nouveaux systèmes selon une architecture SOA sur un mode bottom up. Dans cette approche locale, les services sont un moyen, le but étant de construire un systè­me. C’est très différent de ce que j’appelle la SOA d’entreprise qui correspond à une vision globale, où le sens de l’analyse est renversé puisqu’on part des besoins métier pour en déduire les services techniques et mettre en place un catalogue de services réutilisables. C’est avec une telle approche que l’on atteindra l’objectif du SOA : être moins chers et plus agiles, par la réutilisation et la mutualisation.

Quelles mesures mettre en place pour impliquer les directions métier dans la mise en place d’une architecture SOA ?
YC : A la différence des projets départementaux qui n’ont pas véritablement besoin de gouvernance, leurs enjeux étant plus informatiques que métier, la SOA d’entreprise implique une gestion du changement, et s’assimile à une vraie démarche de gouvernance. La SOA d’entreprise consiste à analyser son métier, et s’en abstraire pour projeter son évolution dans le futur. C’est le travail des directions métiers, avec l’assistance de la DSI. Ce travail peut sembler conceptuel, voire rébarbatif. Il faut commencer de façon simple avec un fragment du SI (système d’information) et faire en sorte que les directions métiers constatent les bénéfices de leur effort. Cette approche conjointe est fondamentale pour obtenir une véritable agilité, qui repose à la fois sur l’organisation et sur les “ gènes ” du SI, en terme d’anticipation. Le SOA d’entreprise doit être une conviction partagée.

Comment pouvez-vous départager les plates-formes SOA actuellement disponibles sur le marché ?
YC : La technique informatique est au­jourd’hui au point. Les ESB d’IBM ou de BEA fonctionnement correctement. S’il y a un message à faire passer aux éditeurs de solutions, c’est de mieux s’adresser au métier. On doit, par exemple, présenter l’ensemble des services aux directions métier sous une forme plus accessible qu’un simple catalogue. Chez Bouygues Télécom, notre catalogue disposerait de plusieurs milliers de services pertinents. Mais, impossible de présenter un tel registre car il s’apparente plus à de la tripaille informatique qu’à des services lisibles par des directions métiers. C’est un objet compliqué pour lequel il faut une structure hiérarchique et dynamique, accompagnée de processus pour que tous les acteurs de l’entreprise puissent faire évoluer ce catalogue virtuel.

Selon vous, la SOA doit être déployée dans une optique de développement durable. Pourriez-vous expliquer cette notion ?
YC : La refonte du back-office de Bouygues Télécom a été complexe et s’est déroulée dans la souffrance. Nous avons vécu un scénario classique des projets informatiques : les informaticiens ont travaillé 24h sur 24 et ce, pendant 18 mois. Une fois le projet achevé personne n’avait plus envie de remettre en cause le résultat obtenu. La SOA d’entreprise, ne doit pas être déployée en un “ coup ”, mais bien dans la durée. D’où le développement durable. Dans le monde du développement, les spécialistes ont mis en commun leurs bonnes pratiques afin de mettre au point l’“ extreme programming ”.

En SOA une telle méthode n’existe pas et c’est un vrai challenge que de mettre en place une démarche patrimoniale. Les directions métier et équipes de la DSI doivent être capables de travailler ensemble de manière récurrente. C’est là tout l’intérêt du découplage infrastructure-logique métier introduit par l’architecture SOA. Il va ainsi permettre à chacun d’avancer à son propre rythme et de manière durable. On peut lancer une démarche d’urbanisation ou mettre en place une infrastructure applicative en consentant un effort spectaculaire. Ce fut le cas lors de la refonte de notre back office. En revanche, il faut être capable de mettre en place une organisation pour supporter la SOA d’entreprise non plus à force d’efforts héroïques, mais de façon récurrente et pérenne.

Entretien avec...

Yves Caseau, directeur général adjoint en charge de la prospective, de la qualité, des services et de l’innovation chez Bouygues Télécom, dont il est ancien DSI. Il est aussi l’auteur des ouvrages Urbanisation et BPM (Dunod, 2005), et Performance du système d’information (Dunod, 2007).

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