











Pour près de 5 milliards de dollars, IBM s'empare de Cognos, le dernier géant du décisionnel disponible sur le marché. Au-delà du milliard de dollars de chiffre d'affaires, il reste bien l'éditeur SAS, mais il s'agit d'une société privée, très attachée à son indépendance.
A croire que c'était écrit. Après la disparition de Hyperion, repris par Oracle, et tout récemment de Business Objects (BO) racheté par SAP, IBM n'avait plus guère le choix. Le décisionnel lui faisait cruellement défaut, et Cognos restait le seul gros indépendant du secteur encore en lice. C'est donc logiquement que les intentions de rachat du Canadien prêtées à IBM depuis plusieurs années se sont faites plus insistantes ces dernières semaines. Il vient de s'en emparer pour un montant équivalant à cinq fois le chiffre d'affaires de Cognos. Soit le même ratio que celui payé pour les acquisitions de BO et de Hyperion.
IBM signe là sa deuxième incursion dans les couches utilisatrices en deux ans, douze ans après le rachat de Lotus. Il touchera désormais les directeurs d'unités et – surtout – les directeurs financiers avec la planification et la consolidation financière. Jusqu'à présent, ces profils étaient ciblés par sa branche services. Reste qu'avec cette acquisition, IBM n'est pas loin de transgresser la ligne directrice qu'il s'est imposée : rester en dehors des applications métier. “ Nous continuons à la respecter, se défend Philippe Bournhonesque, directeur en France de la stratégie d'IBM Software. Car avec le décisionnel ou le Master Data Management, nous ne fournissons jamais qu'un modèle de données permettant au client de développer ses propres éléments. Nous restons dans un esprit de framework. ”
S'il découvre avec Cognos les strates supérieures du décisionnel (analyse, requêtage, reporting et gestion de la performance), IBM maîtrise déjà ses couches basses. Grâce à ses bases de données DB2 et Informix, mais aussi à ses outils d'alimentation (ETL) et de mise en cohérence de données (MDM). Il lui manquait finalement le frontal capable d'exploiter cette infrastructure. Et cette absence était parfois pénalisante. “ Pour les gros projets décisionnels, la partie base de données fait l'objet d'une étude approfondie permettant de nous positionner, explique Philippe Bournhonesque. En revanche, nous nous retrouvions écartés de projets plus petits conduits par des opérationnels. Car ces derniers se soucient essentiellement de leur frontal BI et délèguent le choix de l'infrastructure à leur intégrateur. ”
Cognos apporte à IBM quelque 2 500 clients (dont 500 grands comptes), principalement dans les secteurs de la distribution, de la finance et de la pharmacie. Il ira grossir les rangs de la branche d'Information Management, où il constituera une division au même titre que la gestion de contenu, les bases de données, l'ETL ou le MDM. Pour l'heure, IBM n'a donné aucune indication sur les intégrations techniques à venir. Seule certitude : elles différeront de celles réalisées par Oracle avec Hyperion et SAP avec BO. Ces deux éditeurs prévoient en effet d'immerger le décisionnel dans leurs applications. Pour IBM qui ne dispose pas de PGI, les priorités porteront certainement sur l'intégration de Cognos avec le référentiel de métadonnées de son ETL (Information Server).
Les spécialistes (SAS, Information Builders, Microstrategy…) représentent désormais moins de la moitié du marché français du décisionnel. Derrière SAP, propulsé numéro un grâce à BO, on retrouve trois grands de l'infrastructure : Oracle, IBM et Microsoft.
“ Je ne suis pas inquiet de ce rachat ”
“ Les acquisitions d'IBM sont généralement réalisées dans une optique de développement. Et non pour dissoudre, voire tuer les produits rachetés. C'est, par exemple, ce qui s'est passé avec Lotus, dont nous sommes clients. Ses logiciels continuent d'évoluer. J'espère par ailleurs qu'IBM continuera à faire en sorte que Cognos reste compatible avec d'autres bases que les siennes. Par exemple avec SQL Server, que nous exploitons. ”
“ Nos interrogations portent plus sur l'avenir de nos PGI ”
“ Et en particulier ce que compte faire Oracle. Nous utilisons JD Edwards sous AS/400. Il n'est pas évident que les prochaines versions de cette application soient encore disponibles sous cet environnement. ”
