Alain Moitry (Ariane-Prod) : “ Il est indispensable d'anticiper IPv6 ”
Ariane-Prod est une des rares PME à avoir commencé à migrer ses infrastructures vers IPv6. Son président nous explique ses motivations.
01net.
le 09/01/2008 à 11h30
01net. : Les organismes responsables de l'attribution des adresses IP appellent à migrer dès aujourd'hui vers IPv6 pour éviter une pénurie d’adresses en 2010, mais très peu d'entreprises s'y mettent. Pourquoi migrez-vous dès maintenant ?
Alain Moitry : Notre infrastructure Internet est un élément crucial de notre activité et il nous a paru indispensable d'anticiper l'arrivée d'IPv6. Nous somme spécialisés dans la création et l'hébergement de sites Internet et nous nous sommes récemment lancés dans la création de webradios locales, ce qui implique de faire du streaming. Le fait que les deux modes (IPv4 et IPv6) puissent coexister a facilité notre décision. Nous préférons migrer progressivement et ne pas devoir investir soudainement demain dans un chantier urgent.
01net. : Comment procédez-vous ?
AM : Notre infrastructure rassemble une trentaine de serveurs. L'hébergement destiné aux professionnels est réalisé sur six serveurs Windows Server 2003, car nous utilisons la technologie ASP.Net pour créer des sites d'e-commerce. L'hébergement grand public est réalisé sur douze serveurs Linux Debian. Les webradios s'appuient quant à elles sur quatorze serveurs (Windows et Linux).
Pour chaque catégorie de serveurs, nous avons basculé un serveur en IPv6 (les autres restent en IPv4) pour effectuer des tests. Il a fallu télécharger et installer les couches logicielles réseaux pour chaque système d'exploitation. Nous avons aussi mis à jour le firmware de tous nos équipements réseaux (essentiellement des routeurs Cisco et Netopia). Nous expérimentons maintenant les services réseaux un par un. La sécurité est une de nos priorités, et nous avons par exemple testé le tunneling IPv6 [tunnel sécurisé par chiffrement, NDLR].
01net. : Combien cela vous coûte-t-il, et quand serez-vous 100 % IPv6 ?
AM : Les mises à jour des logiciels et des matériels sont gratuites. En fait, le coût de la migration vient uniquement des ressources humaines nécessaires. Nous sommes deux à effectuer cette migration, en nous appuyant sur l'expertise technique de notre fournisseur Internet Nerim. Il y a encore peu de retour d'expériences dans ce domaine, ce qui nous oblige à beaucoup tâtonner.
Nous profiterons de cet été (qui est une période où l'activité est moins intense) pour basculer un serveur de test en production pour chaque catégorie de serveurs. Ensuite nous migrerons progressivement les autres serveurs. Si tout va bien, nous serons complètement en IPv6 à la fin de 2008.
01net. : Outre le fait que vous anticipez le passage obligatoire à un nouveau standard, quels avantages espérez-vous tirer de cette migration ?
AM : Une autre motivation vient des promesses de l'IPv6 en matière de multicast. Aujourd'hui, nous sommes obligés d'externaliser la diffusion de nos programmes radio chez OVH, car nous avons de trop gros besoins en bande passante. Il nous faut 128 kbit/s par auditeur et nous devons louer 100 Mbit/s par serveur pour toucher 1 040 auditeurs ! Le principe du multicast appliqué à la radio est qu'une seule liaison 128 kbit/s suffit pour toucher tous les auditeurs, à la place de 128 kbit/s pour chaque auditeur. Le concept existe en IPv4, mais n'est pas suffisamment efficace, et les radios qui l'ont essayé ont arrêté. Les premiers tests montrent qu'IPv6 permet vraiment de garantir la qualité de service des diffusions. Grâce au multicast, nous espérons rapatrier au moins une partie de la diffusion chez nous.
D'une manière générale, on oublie souvent toutes les améliorations apportées par IPv6. Quand la migration sera bien avancée, le routage des paquets sera par exemple plus performant, car il prendra en compte la destination ainsi que la source d'un envoi pour tracer la route la plus efficace entre deux adresses IP. Autant s'y mettre tout de suite.