Oracle fanfaronne à nouveau autour de Fusion Middleware

Après le rachat manqué de BEA, Oracle présente la prochaine version de son propre serveur d'intégration, Fusion Middleware 11g. Une mouture qui se singularise par la multiplication de ses modules.
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Les faits

Oracle distribue ces jours-ci la première version bêta de Fusion Middleware 11g, son prochain serveur d'intégration. Au programme, davantage de fonctions SOA, afin que différentes applications se comportent comme un seul outil métier, et une ouverture vers les technologies du web 2.0 pour les utilisateurs finaux. La sortie de la version définitive est prévue pour la mi-2008.

L'analyse

Fusion Middleware 11g a été présenté à l'occasion du salon Oracle Openworld 2007, le 14 novembre dernier, avec tous les honneurs dus à un produit phare. Grandiloquent jusqu'à l'excès, l'événement aurait presque fait oublier le rachat raté de BEA quelques jours plus tôt. Paradoxe devenu gênant, il s'agissait alors pour Oracle de mettre la main sur Weblogic, qui se vend mieux que Fusion Middleware, et sur Aqualogic, plate-forme fonctionnelle tenant d'ores et déjà les promesses SOA de la future version 11g. Le départ simultané de John Wookey, qui avait échafaudé toute la stratégie de développement applicatif autour de Fusion, suggérait alors un avenir peu enthousiasmant pour le serveur d'intégration historique d'Oracle.

Fusion était-il à deux doigts de passer à la trappe ? “ Non, répond Steve Miranda, vice-président en charge de la stratégie applicative chez Oracle. Le rachat de BEA n'aurait rien changé. Il est dans la culture de notre entreprise de maintenir au catalogue des produits dont les champs fonctionnels se superposent. ” L'éditeur, qui a racheté 34 sociétés depuis 2004, a en effet l'habitude de conserver les gammes originales pour verrouiller leurs parts de marché, quitte à créer des concurrences au sein de son propre portefeuille.

Problèmes d'identité

Oracle a pourtant du mal à communiquer autour de Fusion Middleware. Dans son catalogue, le produit n'est rien d'autre qu'une brique, prise en étau entre une base de données numéro 1 du marché et un portefeuille de progiciels qui talonne les solutions de SAP. Dissimulé dans des packs commerciaux composés selon les secteurs d'activité, il est tantôt présenté comme la couche logicielle qui connectera tous les développements de l'entreprise à Oracle Database, tantôt comme le socle purement fonctionnel des PGI, GRC, et autre GRH pourvus d'une interface web, d'un cœur en Java et communiquant en XML. Reste que dans ces missions, Fusion Middleware présente le défaut d'être interchangeable avec tout autre environnement JEE, IBM Websphere et BEA Weblogic en tête.

Mais pour Thomas Kurian, vice-président en charge des technologies serveur chez Oracle, préférer Fusion à ses concurrents pour accompagner une application du même éditeur est une simple affaire de bon sens : “ Nos offres métier sont taillées sur mesure à partir de nos logiciels. Savoir que Fusion Middleware est le ciment de leur intégration n'est pas nécessaire. Mais il est indispensable de savoir qu'il le fait de manière intelligente. ” Surtout, avec Fusion en pièce pivot du système d'information, Oracle a de fortes chances de récupérer le support de l'ensemble. Et en matière de décisionnel, par exemple, la règle veut que la maintenance rapporte près de deux fois plus que la vente de licences.

Surenchère technologique

Pour le promouvoir, Oracle a bardé son middleware d'une ribambelle de modules censés élargir son champ fonctionnel au-delà de tout ce que propose la concurrence. En pratique, cela ajoute à la confusion de son rôle. Entre une interface d'administration Enterprise Manager à géométrie variable, un environnement de développement JDevelopper plutôt complet et un serveur d'applications JEE qui passe à la génération 5, on a la surprise de trouver un ETL vissé au bus d'échange ESB et une gestion de contenu accolée au module de sécurité Identity Manager. En version 11g, Fusion Middleware prendra mieux en charge les clusters, produira des interfaces de supervision pour n'importe quel client (Excel, téléphone mobile, web en Ajax) et assurera la compatibilité avec les nouveaux standards qui gravitent autour de SOA. Avec, à la clé, la perspective d'applications composites, assemblées derrière une interface inédite à partir d'éléments fonctionnels pris de part et d'autre.

2 questions à … : Pierre Pezziardi, directeur technique du cabinet de conseil Octo

Fusion Middleware est-il crédible ?

“ Qu'il s'agisse d'Oracle, d'IBM, de BEA ou de SAP, nous attendons toujours que les grands acteurs globaux fassent la preuve de leurs promesses sur le secteur de l'intégration. La surenchère technologique dans ce domaine finit par nuire à l'objectif à atteindre. A quoi cela sert-il d'avoir tout un empilement de couches lorsqu'il y a juste un message à faire passer ? Les acteurs qui ne font que de l'intégration, tel Tibco, ont des offres plus légères et plus efficaces. ”

Les applications composites sont-elles attendues ?

“ Il s'agit d'un mythe récurrent ! Cela fait vingt ans que l'on parle de services réutilisables sans jamais parvenir à les déployer. Ce n'est pas un nouveau synonyme qui va résoudre le problème. C'est une question politique et non technique : on ne peut pas faire collaborer deux applications si leurs directions respectives ne veulent pas travailler ensemble. Cela renvoie aux méthodologies de gouvernance, bien éloignées du fonctionnement pratique d'un serveur d'intégration. ”

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