7 façons de se débarrasser de son parc
Un grand compte change ses PC, imprimantes, baies de stockage et autres serveurs tous les trois à cinq ans en moyenne. Que faire du matériel usagé ?
01net.
le 10/01/08 à 00h00
Les matériels informatiques sont très polluants et, lorsque l'on ne s'en sert plus, ils deviennent vite des déchets encombrants dont l'élimination est sévèrement réglementée. Si la solution la plus radicale est la destruction, il y a pourtant plusieurs solutions pour se défaire proprement d'un parc informatique.
1. L'envoyer à la casse
' La moindre réparation coûtant au minimum 150 euros, les entreprises estiment plus rentable de jeter l'équipement que d'essayer de le réparer ', constate Fabrice Flipo, enseignant à l'Institut national des télécoms (INT). Même s'ils sont récents, les ordinateurs qui ont des défauts ou des tatouages antivol, tout comme ceux qui ont été exposés à beaucoup de poussières, sont mis au rebut. Nul besoin de reformater les disques durs pour en effacer les données : il suffit de les démagnétiser ou de les broyer. Attention ! La destruction des équipements ne peut être effectuée que par un prestataire agréé. Cette opération a un coût. Le distributeur Inmac, par exemple, facture en moyenne 7 euros la destruction d'un PC portable et 3 euros celle d'une unité centrale avec son clavier et sa souris. Montants auxquels il faut ajouter les coûts de logistique. La facture peut être salée pour des équipements souvent en parfait état de marche. ' Beaucoup d'entreprises n'ont pas conscience que les machines qu'elles envoient à la casse ont une valeur et pourraient être réemployées ', regrette Marc Gallais-Hamonno, responsable du programme de recyclage Internethon de l'Afnet (Association francophone des utilisateurs du net).
2. Le revendre à un broker
De nombreux équipements sont encore performants après trois à cinq ans d'utilisation. Des sociétés spécialisées, les brokers, les rachètent, les reconditionnent, puis les revendent par lots ou en pièces détachées. Ils prennent aussi en charge les coûts de logistique et de destruction éventuels. ' Un parc de trois ans bien entretenu vaut entre 10 et 15 % de sa valeur d'origine ', estime Sylvain Couthier, président d'ATF, un des principaux acteurs du marché. Les AGF, avec un parc de 26 000 machines, recourent régulièrement à ce système. ' En général, nous gagnons de l'argent sur la revente de notre parc. Mieux vaut cependant privilégier les configurations complètes ! ' souligne Patrick Delazzari, responsable achats de l'assureur. Pour qu'il ait encore de la valeur sur le marché de l'occasion, le matériel doit avoir quatre à cinq ans maximum. ' Beaucoup de brokers sont suspectés d'envoyer les équipements informatiques obsolètes dans des pays comme la Chine ou l'Afrique, qui ne sauront pas les recycler ', prévient Fabrice Flipo. Exiger les bordereaux de destruction !
3. Le faire enlever par un fournisseur
L'achat d'un nouveau parc peut être aussi l'occasion d'un accord de reprise des équipements remplacés, même achetés avant août 2005. Tous les grands constructeurs ont développé leur propre filière de recyclage. Par exemple, lorsqu'un client renouvelle son parc, HP reprend gratuitement les anciennes machines, quelle que soit la marque. Mais le coût d'acheminement à son centre de traitement européen, basé dans le Nord de la France, reste à la charge du client. Pour réduire les coûts logistiques, constructeurs et distributeurs proposent souvent d'enlever les équipements au moment de l'installation des nouveaux. Inmac loue également à ses clients des containers pour qu'ils déposent leurs produits informatiques usagés au fil de l'eau, et les relève régulièrement.
4. Le réutiliser en interne
Une autre solution serait de redéployer des machines qui ne sont plus assez performantes pour certains utilisateurs auprès d'autres ayant des exigences moindres. Le processus est bien réglé à l'INT. ' Après quatre ans de service, le matériel a une seconde vie, pendant encore deux ou trois ans, auprès des associations d'étudiants de l'école, ou sur des plates-formes qui n'ont pas besoin de beaucoup de puissance ', explique Eric Collery, responsable informatique de l'école. Mais les directions des services d'information apprécient moyennement l'idée, car ces équipements ne sont plus sous garantie. Le niveau de service n'est pas le même, ce que l'utilisateur accepte parfois difficilement. Par ailleurs, récupérer les ordinateurs et les redéployer pour d'autres usages prend du temps, et est donc perçu comme non rentable. ' Rajouter de la mémoire dans des machines anciennes coûte plus cher au final que d'acheter des ordinateurs neufs ', conclut Patrick Delazzari, des AGF.
5. Le proposer aux salariés
Suite au vote d'un amendement de la loi de finances à la fin 2007, une entreprise qui donne des équipements amortis à ses collaborateurs n'aura plus de comptes à rendre au fisc ou à l'Urssaf : ce don n'est plus considéré comme un avantage en nature soumis à cotisations. Certaines sociétés telles que PSA ou Eiffage proposent également à leurs salariés de racheter des ordinateurs à un prix modique. En général, elles passent par des prestataires qui reconfigurent le matériel et assurent un SAV. ' Un salarié d'Eiffage peut acquérir un écran et une tour pour 50 euros. Une garantie d'un an lui coûtera 70 euros ', explique Yves-Hani Boujaber, responsable activités de service chez Inmac.
6. En faire don
De nombreuses structures proposent de reconditionner les ordinateurs pour les redistribuer à des familles dans le besoin ou à des associations d'aide à l'emploi. Le plus souvent, ces structures font travailler des personnes en réinsertion ou handicapées. Cette bonne action coûte plus cher à l'entreprise qu'une destruction. Cependant, ' il faut réussir à identifier une association qui soit prête à récupérer le matériel et qui soit capable de le retraiter en respectant la législation ', note Eric Collery, ce qui peut être compliqué selon les volumes à traiter.
7. Choisir la location
Louer a pour double avantage de faciliter l'évolution du parc de l'entreprise et d'externaliser le problème du recyclage. Le loueur ECS revend ainsi 320 000 équipements par an à des brokers et n'en détruit que 20 000. ' Ayant de très gros volumes, nous savons optimiser la revente et limiter les coûts de destruction ', explique Mathilde Saint-Pol, d'ECS. Elle note que ses clients demandent de plus en plus ce que vont devenir les équipements. Finalement, l'écologie commence peut-être à gagner aussi les DSI...
Ce que dit la loi
Sauf dispositions contraires du contrat de vente, les utilisateurs ou détenteurs professionnels sont responsables de l'élimination des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE) mis sur le marché avant le 13 août 2005. Après cette date, ce sont les producteurs (fabricants ou importateurs) qui organisent et financent cette élimination. L'article 22 du décret estime que ' la valorisation et plus particulièrement la réutilisation des déchets [...] est préférée à leur destruction '.
Des déchets encombrants
100 000 tonnes d'équipements informatiques et télécoms professionnels ont été mises sur le marché français en 2006, soit plus de 11 millions d'unités (dont 37 % sont des téléphones et 30 % des ordinateurs).
7 900 tonnes de matériel informatique professionnel ont été collectées en 2006. Cette filière représente 81 % du total de déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE) récupérés.
39 % des entreprises françaises ont recours à un prestataire pour récupérer et recycler leur parc usagé afin de réduire leurs coûts et de se conformer aux exigences réglementaires de la DEEE. Seules 11 % des PME de moins de 100 salariés ont une telle démarche.
5 à 10 euros pour détruire un écran cathodique, environ 3 à 5 euros pour une unité centrale et 12 euros pour une imprimante laser de 35 kg.
5 conseils pour...
La contractualisation : prévoir avec le constructeur ou le distributeur les conditions d'enlèvement des matériels achetés après août 2005 dès l'acquisition, car l'acheminement jusqu'aux points de collectes des fournisseurs peut incomber au client.
La valorisation : bien connaître son parc et vendre ses équipements avant qu'ils ne soient trop obsolètes afin d'en tirer un meilleur prix.
La logistique : grouper la collecte des équipements usagés pour éviter les frais de transport. Synchroniser éventuellement avec la livraison de nouveaux matériels.
La confidentialité : effacer correctement les données des disques durs ou les faire détruire, sous contrôle d'un huissier le cas échéant.
La traçabilité : exiger tous les documents qui permettent de prouver que les équipements ont bien été détruits ou cédés à titre gratuit ou payant.
Martine Gomez (Manpower) : ' donner à une association n'est pas si simple. Il faut une volonté politique forte car la procédure peut être très longue '
' En 2004, nous avions 5 000 ordinateurs à recycler. La vente de 2 000 d'entre eux à un broker a permis de financer le transport et le don des 3 000 autres à des associations. Pour nous épauler dans ce coup d'essai, nous avons conclu un partenariat avec l'Afnet (Association francophone des utilisateurs du net) et son programme Internethon. Au final, nous avons distribué de 4 à 700 machines à 16 associations, dont certaines basées en Asie et en Afrique. La prestation a été bonne. Seul problème, les délais : nous finissons seulement d'écouler les ordinateurs donnés en 2004... Malgré toute sa bonne volonté, le monde associatif manque de structuration et d'organisation. Il faut vraiment être motivé, car cela demande un investissement en temps important. Nous renouvellerons l'opération en 2008, mais avec des dons au fil de l'eau. Connaissant les forces et faiblesses du système, nous allons pouvoir mettre plus de fluidité dans les processus. '
L'avis du chercheur : Fabrice Flipo, maître de conférences en philosophie à l'INT, et coauteur d'Ecologie des infrastructures numériques
' Pour les entreprises, le matériel informatique est devenu du consommable '
' Elles jettent souvent sans chercher de solutions de réemploi. Les actions favorables à l'environnement n'étant pas rémunérées, polluer coûte moins cher ! Se débarrasser d'une unité centrale est facturé moins de 5 euros mais le prix bon marché des appareils neufs n'incite pas à la réutilisation. Si un PC coûtait 6 000 euros, là, il y aurait un intérêt ! '
' Le recyclage s'avère une opération complexe '
' Les produits deviennent obsolètes de plus en plus rapidement, les parcs sont hétérogènes et affiner leur traitement est difficile. Un ordinateur utilise plus d'une trentaine de matériaux qu'il est très difficile de séparer. Les incinérer est plus simple. La réglementation sur les déchets d'équipements électriques et électroniques est donc loin davoir tout résolu. '