Du bon usage des certifications pour les chefs de projet
Validant un savoir-faire sur un produit, les certifications des fournisseurs contribuent à la formation continue. Elles constitueraient un bon moyen de se démarquer et d'évoluer, mais demandent un investissement personnel. Revers de la médaille, ces certifications sont aussi asservies à la stratégie marketing des offreurs.
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On n'est jamais mieux servi que par soi-même. Cet adage, les fournisseurs informatiques l'ont appliqué scrupuleusement à la formation technique dispensée sur leurs produits. Ce principe est d'autant plus avéré que la part de marché dudit fournisseur est dominante. Plus un produit ou une technologie sont répandus, plus grande est la demande induite de formation spécifique ad hoc. Et qui d'autre que le fournisseur dominant le marché est le mieux placé pour piloter la formation à ses propres produits ?
En délivrant des certifications techniques relatives à leurs articles, les fournisseurs visent en premier lieu la formation de leurs canaux de vente indirecte. Sur fond de pénurie générale de compétences informatiques ou réseaux spécifiques, le risque existe de voir leurs produits mal installés ou mal utilisés faute de compétences idoines. Les acteurs les plus dominateurs, tels Cisco, Microsoft, Oracle ou SAP, ont mis en place un véritable écosystème privé de formation technique qu'ils contrôlent de bout en bout. Un vrai business au service exclusif de la stratégie marketing du constructeur ou de l'éditeur font remarquer les mauvaises langues. Contenu des formations, cursus, examens et leurs conditions sont encadrés et définis par ces acteurs.
Un passage obligé pour les prestataires
Pour devenir revendeur ou partenaire commercial du constructeur ou de l'éditeur, la société doit en passer par la certification technique et individuelle de ses propres salariés, dans le cadre de cursus et à des conditions financières définis par le fournisseur. De son côté, le constructeur établit une hiérarchie selon le niveau de compétence technique qu'il exige de ses partenaires, elle-même fonction du nombre de salariés dûment certifiés, ce qui reflète l'engagement – y compris financier – dudit partenaire à son égard. En échange, de meilleures conditions tarifaires lui sont en général octroyées. “ Il est naturel de donner à ceux qui investissent dans la maîtrise de l'offre Cisco des signes de reconnaissance forts. Meilleure est l'expertise du partenaire, plus valorisante sera la certification obtenue ”, précise le constructeur à propos du système de certification à trois niveaux (or, argent, bronze) de son réseau de distribution.
Ces certifications techniques constituent aussi, pour les individus qui les obtiennent, un plus, qui pour décrocher un emploi, qui pour obtenir une spécialisation demandée ou un salaire plus élevé. Même un organisme officiel de formation professionnelle comme l'Afpa a joué la carte du pragmatisme en s'alliant avec Cisco dès 2004.
Les plus prestigieuses constituent un label de qualité
En général, les certifications techniques remplissent une double fonction sur le marché de l'emploi. Nanti de plusieurs certifications, notamment celles correspondant aux qualifications les plus élevées, le collaborateur sera reconnu pour sa compétence dans un environnement technique bien défini. Certaines certifications sont aussi l'équivalent d'un label de qualité. En attestant des compétences du spécialiste, elles sont un gage de la qualité de son travail dans le cadre de prestations de conseil ou de déploiement réel en entreprise. C'est le cas du très couru expert CCIE (Cisco Certified Internetwork Expert), détenteur du niveau de compétence technique le plus élevé dans la hiérarchie propre à Cisco.
Enfin, compte tenu de la domination exercée par ces grands acteurs de l'informatique et des réseaux sur le marché international, ces certifications sont un passeport mondial. Certains marchés de l'emploi, sous influence anglo-saxonne, restent très friands de ces spécialités. En France, on continue toutefois de valoriser les diplômes officiels, délivrés par les institutions universitaires patentées. Il serait toutefois vain d'opposer ces deux approches de la formation qui, au cours d'une carrière d'informaticien, seront plus complémentaires que rivales. Comme le souligne Eddy Gaciot, directeur de GTN Ingénierie, une société de formation (lire “ Et demain ” en fin de dossier), “ les certifications techniques ne peuvent être vues que comme des compléments aux formations métier ”.

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