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' Les certifications ne remplacent pas les formations métier '

Que pensez-vous du système des certifications proposé par les éditeurs et les constructeurs ?
Eddy Gaciot : Ces certifications sont nées d'une bonne intention des fournisseurs, celle de former les intégrateurs à l'installation et à la vente de leurs produits afin d'en garantir la bonne utilisation par les clients. Les éditeurs et constructeurs partent en effet du principe judicieux que, pour utiliser correctement leurs outils, ils ont intérêt à former les utilisateurs. Mais la réponse proposée n'est, à mon avis, pas la bonne, car les certifications ne répondent qu'à la question technologique. Elles ne sont finalement que des outils au service de la stratégie marketing des fournisseurs. Je considère qu'elles doivent être envisagées par les ingénieurs et techniciens comme des compléments à des formations métier.
Néanmoins, ces certifications ont une certaine valeur pour trouver un emploi dans le secteur informatique ?
EG : En effet, sur un marché de l'emploi tendu, les informaticiens peuvent les monnayer en faisant monter les enchères entre les prestataires de services. D'autant que les fournisseurs ont verrouillé le système afin d'obliger leurs partenaires à disposer de ces sésames pour pouvoir accéder à la commercialisation de leurs produits et à des conditions tarifaires plus attractives. Si elles rassurent employeurs et clients en facilitant les contrats, elles ne suffisent pas, à elles seules, à garantir la compétence des collaborateurs. Car ce ne sont généralement que des questionnaires à choix multiples qu'il suffit de bachoter, comme on le fait pour le code de la route. SSII et organismes de formation savent comment faire obtenir à leurs stagiaires les précieux sésames. Cela coûte de l'argent et mobilise les équipes.
Ces certifications sont-elles un piège pour les candidats à ce type de formation ?
EG : Dans le cadre d'une stratégie professionnelle à long terme, je pense effectivement qu'elles peuvent le devenir. D'une part, elles changent constamment et il faudrait les repasser à chaque évolution. D'autre part, elles ne sont pas un gage de maîtrise des métiers de l'informatique. Or il ne faut pas sacrifier le long terme au profit de formations à des outils ou à des produits qui évoluent trop vite.
Certains éditeurs créent un écosystème formé de plusieurs SSII afin de former des consultants métier à l'outil ? Qu'en pensez-vous ?
EG : Je ne suis pas pour ce système. A part peut-être pour les personnes qui, ayant un parcours technique, ont évolué vers le fonctionnel et voudraient se spécialiser sur les outils. Mais pour ceux qui n'ont aucune connaissance technique, c'est presque dangereux. On a déjà commis ce type d'erreur en formant massivement des gens sans bagage technique qui ont ensuite eu du mal à évoluer. Comme dans les années 1990, où l'on a formé un grand nombre de non-informaticiens en perspective du passage à l'an 2000. Qui se sont ensuite vu reprocher leur manque de bases techniques lorsque le marché s'est retourné en 2001. Par exemple, pour maîtriser les bases de données, il faut bien connaître le fondement constitué par le modèle relationnel pour passer sans difficulté des outils Informix aux outils Oracle sans être coincé par la disparition d'un logiciel. Mieux vaut miser sur les certificats de qualification professionnelle, qui sont des VAE (valorisation des acquis de l'expérience) et donnent des titres inscrits au RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles), au même titre que les diplômes des écoles, les titres du ministère du Travail (Afpa), les titres homologués, etc. Ils ont une valeur et une reconnaissance nationale.
Il existe néanmoins des démarches mixtes associant organismes de formation et fournisseurs de technologies...
EG : En effet, car en matière de formation, il faut être pragmatique. Ainsi, l'Afpa a noué un accord avec Cisco pour compléter les formations aux métiers des systèmes et réseaux qu'elle délivre avec les certifications produits de l'équipementier. En outre, cet organisme a incorporé les processus liés à la méthode Itil dans ses formations dans le domaine de la production. De même, Syntec a intégré les cursus de la certification Tests dans sa formation aux métiers des tests logiciels. Cette certification internationale n'est pas liée à un constructeur particulier. Ainsi, contrairement à celles purement dédiées aux produits des constructeurs, cette dernière a été très bien perçue par les professionnels de linformatique.
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