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“ C'est la gestion des carrières qui va faire la différence ”

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Les recruteurs vont-ils continuer à préférer les jeunes diplômés bac +5 ?

Jean-Christophe Chamayou : Recruter des bac +5 est un fantasme courant, aussi bien du côté des SSII que de leurs clients. La mise en œuvre du contrat de professionnalisation, la réforme de la formation et la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) devraient entraîner un vrai changement quant à la perception des bac +2. Les entreprises n'évalueraient plus un candidat uniquement à travers son diplôme, mais aussi selon ses compétences et son potentiel. Dire qu'un diplômé bac +2 ne peut pas évoluer va totalement à l'encontre des discussions sur la validation des acquis de l'expérience (VAE). Depuis un an, Syntec a mis en place des dispositifs dans ce sens, dont un syndicat, la Fédération professionnelle de la VAE. Tout cela devrait avoir un impact positif sur les diplômés bac +2, qui accéderont plus facilement à un niveau équivalent à bac +5 au cours de leur carrière.

Mais ne faut-il pas évaluer les compétences et le potentiel de ses salariés ?

J-CC : Oui, et c'est une chose qu'en France on sait encore peu faire. Les SSII ont des batteries de tests pour mesurer le niveau des jeunes diplômés, mais elles semblent avoir peur d'utiliser ensuite ces évaluations pour favoriser les mobilités internes. Par ailleurs, les DRH raisonnent plus en termes de besoin de postes que de compétences. Compte tenu de l'évolution rapide des technologies et de la mise en œuvre de nouvelles réglementations, les entreprises sont souvent incapables de dire où elles veulent aller dans les trois prochaines années. Les DRH ne peuvent donc prévoir qui former ou recruter. Elles sont plutôt dans la recherche de la compétence “ rare ”, difficile à trouver en ce moment, plutôt que dans la gestion active de cette compétence.

Quel impact cela a-t-il sur la carrière des jeunes diplômés ?

J-CC : Une crise, quand elle survient, constitue souvent pour les employeurs qui n'ont pas su faire évoluer les compétences de leurs collaborateurs un prétexte à débaucher. C'est ainsi qu'on assiste régulièrement à des recrutements massifs quand tout va bien, suivis de licenciements tout aussi massifs quand le marché se retourne. La loi sur la GPEC devrait obliger le secteur à évoluer et instituer des garde-fous. A leur décharge, il faut reconnaître que même les grandes sociétés de services sont encore des PME. Les SSII savent recruter mais gèrent plus difficilement ensuite les carrières. Cependant, celles qui mènent régulièrement des politiques de stop and go ont aujourd'hui du mal à recruter… Elles vont devoir réagir.

Comment fidéliser les jeunes diplômés ?

J-CC : Pour conserver ses collaborateurs, il faut les former et les faire évoluer. La première raison invoquée par les informaticiens, quand ils démissionnent, est le manque d'intérêt des projets proposés. Les SSII doivent donc réussir à expliquer aux jeunes diplômés que, même si un projet semble peu attractif, il les conduira à évoluer sur telle et telle compétence. Les dix premières années de carrière d'un informaticien sont très importantes : ce sont elles qui donnent la valeur d'un CV pour la suite. Une bonne politique de formation continue et d'évolution des compétences est au moins aussi efficace qu'une augmentation de salaire.

Les SSII vont donc renforcer la formation ?

J-CC : Oui, quand elles arrêteront de croire que si l'on forme ses collaborateurs, ils partent à la concurrence ! Actuellement, il y a plusieurs appels d'offres de SSII qui veulent monter leur propre institut de formation. Elles commencent à réfléchir en termes de métier et plus seulement de compétences. Steria, par exemple, qui a besoin d'architectes, a mis en place un référentiel métier avec, en face, les compétences nécessaires. Elle réfléchit à se rapprocher d'une école pour monter un institut qui lui permettrait de former ses salariés à ce métier. Alti et Sodifrance sont en train de participer à la création de telles structures, Sogeti et Osiatis ont le même type de réflexion.

Vous êtes donc plutôt optimiste sur la gestion de carrière de nos jeunes diplômés ?

J-CC : Oui. Les services RH des SSII sont de plus en plus professionnels. Une vraie dynamique s'enclenche. Le contexte législatif bouge, et les ressources humaines deviennent un sujet plus stratégique. Cela devrait leur donner plus de poids auprès des directions générales.

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