Les SSII épargnées par la morosité... pour l'instant
Après une bonne année 2007 pour l'ensemble des fournisseurs informatiques et un début d'année 2008 favorable, le second semestre pourrait être moins facile. Constructeurs et éditeurs, eux, sont relativement pessimistes.
01net.
le 28/02/08 à 00h00
Les faits
Capgemini, Atos Origin, Sopra ont annoncé leurs résultats pour l'exercice 2007, tout comme les constructeurs et éditeurs américains. Ils confirment la bonne période traversée par l'ensemble du secteur informatique.
L'Analyse
' Optimiste mais vigilant. ' La formule est de Paul Hermelin, directeur général de Capgemini. En ce début d'année 2008, elle résume à merveille l'état d'esprit des dirigeants des grandes SSII : ils ne voient, pour l'instant, aucun signe de retournement de la conjoncture.
Contrecoup de la crise des subprimes, menace d'une récession aux Etats-Unis, faiblesse du dollar par rapport à l'euro... Si ce n'était un environnement économique incertain, ces dirigeants céderaient presque à l'euphorie. Loin des inquiétudes des Cassandres de la Bourse, ils appuient leur analyse sur un premier semestre où le chiffre d'affaires ' embarqué ' (les contrats déjà signés) apporte de la certitude et une fin d'année 2007 où les carnets des commandes se sont remplis à foison. ' Nous terminons l'année avec un très bon book-to-bill (les commandes fermes). La demande a été très dynamique au quatrième trimestre, ' souligne Paul Hermelin. ' Nous n'avons pas d'indications de ralentissement, même aux Etats-Unis. 'Avec 20 % de son chiffre d'affaires réalisé outre-Atlantique, la SSII était très attendue sur ce point.
Le conseil a le vent en poupe
Cette confiance en l'avenir intervient après une très bonne année 2007. ' Le marché des services informatiques a suivi la même dynamique qu'en 2006, avec une accélération sur certains segments, comme celui du conseil, qui a vu une hausse des prix sensible ', résume Frédéric Giron, directeur chez Pierre Audoin Consultants. Capgemini affiche une croissance organique de 9 % sur l'exercice 2007 et une marge opérationnelle de 5,1 %, qui n'avait pas été atteinte depuis dix ans. Sopra, lui, a dépassé le milliard d'euros de chiffre d'affaires avec une marge opérationnelle courante de 9,1 %. Quant à Steria, il enregistre une croissance organique de 4,2 % et un taux de marge opérationnelle de 7,1 %, supérieur à celui de 2006. Même Atos Origin, qui avait enregistré l'année précédente une perte de 264 millions d'euros, affiche pour 2007 de bons résultats, avec des revenus en hausse de 8,5 % et un résultat net de 48 millions d'euros. La marge opérationnelle de la SSII s'est également redressée, passant de 0,1 % du chiffre d'affaires au second semestre 2006 à 5,9 % sur la même période un an plus tard. Successeur de Bernard Bourigeaud à la tête de la SSII, Philippe Germond y voit les fruits du plan de redressement 3o3 lancé fin 2006.
Paradoxalement, la confiance transparaît peu dans les perspectives de croissance dévoilées. Ce qui laisse sous-entendre que 2008 sera moins favorable que 2007. Atos Origin prévoit une progression de 4 % de ses revenus à périmètre constant, légèrement inférieure à celle de 2007. Au lieu des 4 à 5 % de croissance évoqués en octobre dernier, Capgemini promet une fourchette plus large, entre 2 et 5 %. Les SSII se montrent encore plus prudentes lorsqu'il s'agit d'évoquer le second semestre. ' S'il devait y avoir un ralentissement économique, il aurait de l'impact sur les résultats de notre second semestre ', admet Paul Hermelin.
Afin de lever toute défiance de la part des analystes financiers, les sociétés de services mettent dès lors l'accent sur leur immunisation contre une crise éventuelle. ' Capgemini traîne une réputation de valeur cyclique, relève Paul Hermelin. Notre groupe présente pourtant plus de stabilité qu'il y a quelques années. 'Et d'évoquer le poids grandissant du secteur public, moins soumis aux aléas du marché, ou encore celui de l'infogérance, porteur de revenus récurrents, qui pèse désormais 36,6 % du chiffre d'affaires. Le président d'Atos Origin a, quant à lui, mis en avant les efforts de sa société pour acquérir de nouvelles références afin de diluer le risque client : les 50 premiers clients de la SSII ne pèsent plus ' que ' 57 % des revenus contre 63 % il y a deux ans. En parallèle, la société de services rattrape, à marche forcée, son retard d'implantation dans les pays à bas coûts. L'effectif offshore passera ainsi de 3 000 personnes en décembre 2007 à 8 000 d'ici la fin 2009. De l'avis général, le secteur est très loin de la menace d'une crise comparable à celle subie en 2001- 2003. ' Après le passage à l'an 2000 puis à l'euro, l'informatique était alors très performante. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Les entreprises mènent des projets structurants qui ne peuvent être différés ', analyse Philippe Germond. Il faudra observer dans les prochains mois le comportement des prestations de courte durée (le conseil et l'assistance technique), de bons indicateurs de changement de conjoncture.
Une dynamique rompue
Si les acteurs des services informatiques sont enclins à l'optimisme, les secteurs de l'édition de logiciels et de la fourniture de matériel entrevoient un horizon plus assombri. Après une année exceptionnelle, tous préviennent qu'il ne faut plus s'attendre à des miracles en 2008. Beaucoup ont affiché des ventes 2007 record : revenus en progression de 20 % sur l'année pour EMC, de 23 % pour Citrix, jusqu'à 30 % pour Apple et même un incroyable bond de 88 % pour VMware, qui passe le cap symbolique du milliard de dollars. Avec de tels résultats, l'inflexion de croissance est presque mathématique. Le spectre de la récession noircit le tableau, beaucoup de constructeurs et d'éditeurs réalisant le gros de leur chiffre aux Etats-Unis. Après une croissance de 14 % en 2007, HP table désormais sur une hausse de 5 à 6 % de son CA. La dynamique des deux dernières années est clairement rompue. Certains connaissaient d'ailleurs des signes de faiblesse depuis le quatrième trimestre 2007. Intel, par exemple ou SAP qui, malgré un chiffre d'affaires en hausse de 10 % sur le quatrième trimestre, voit ses bénéfices chuter de 6 % (en partie du fait du lancement de son offre Business byDesign).
Avec une croissance en berne, préserver sa rentabilité devient un véritable challenge. D'aucuns comme Oracle, Microsoft ou Sun misent donc sur la croissance externe. D'autres, tel HP, travaillent à la réduction des coûts. Seul IBM semble s'être immunisé contre la morosité actuelle. Très optimiste, il est l'un des rares à tabler sur une progression de 15 à 16 % en 2008. Il a beau dépendre des organismes financiers (22 % de son CA), il a la chance d'avoir une bonne dispersion internationale, et surtout une forte croissance dans les pays émergents comme la Chine, la Russie, le Brésil ou l'Inde. Sans oublier que Big Blue est aussi un acteur majeur des services, une activité qui a progressé de plus 17 %, rien que l'année dernière...
Une année 2007 record
Capgemini engrange sa meilleure marge opérationnelle depuis des années. Atos Origin a redressé la tête, sa marge opérationnelle passant de 0,1 % du CA au second semestre 2006 à 5,9 % sur la même période en 2007. Sopra atteint ses objectifs, avec plus d'1 M d'euro de CA.
Les ventes de PC, serveurs, périphériques, réseau et stockage ne sont jamais aussi bien portées qu'en 2007. Quasiment tous les constructeurs affichent une croissance à deux chiffres. L'année 2008 s'annonce plus morose avec des progressions prévues sous les 10 %.
Déjà, en 2007, la croissance externe était importante pour les grands éditeurs. 2008 ne fera que confirmer la tendance. Au final, seuls les plus petits éditeurs, comme Citrix ou VMware, bénéficient de croissances organiques supérieures à 20 %.
Les effets limités de la crise des subprimes
Capgemini, qui s'est considérablement renforcé dans le secteur financier avec le rachat de la société Kanbay, n'observe pas de signes de ralentissement, y compris aux Etats-Unis. La SSII fait même état d'une bonne dynamique en 2008. Paul Hermelin, son directeur général, concède tout juste quelques soucis avec la clientèle de marchés de capitaux.
De même, Atos Origin se dit faiblement exposé à la crise des subprimes. Le secteur Investissement bancaire représente moins de 5 % des revenus de la SSII en 2007, et le marché américain 2 %. Atos met aussi en avant le poids de ses activités récurrentes ?" plus des deux tiers des revenus ?" comme garde-fou à la dégradation économique.
L'inquiétude des informaticiens du secteur bancaire
' Je travaille dans une grande banque où les projets et les recrutements sont fortement revus à la baisse. Pire, la DG a choisi l'infogérance pour 35 % de l'activité back office avec une partie en offshore à Bangalore. '
' Ce ne sont pas seulement les back office qui partent en Inde, mais toute une partie de l'informatique de la banque de marché, des projets qui étaient réalisés en interne par des ingénieurs confirmés. '
' Dans mon équipe d'une quarantaine de personnes, cinq seraient amenées à partir. Les banques ne peuvent pas avoir été épargnées par la crise des subprimes. Le début 2008 s'annonce sous de mauvais auspices pour les prestataires en informatique, du moins dans le secteur bancaire. '
' Consultant junior, je viens de passer mon premier mois en intercontrat. J'ai l'impression d'être rentré sur le marché juste au moment où il se contracte. '
' La direction fait état d'une pause dans les recrutements, histoire de parer aux répercussions des subprimes, mais aussi parce que nous avons pas mal embauché ces temps-ci. '
Lu sur les forums de discussion du Munci et de
hardware.fr
Ce qu'ils en pensent
Franck Nassah (cabinet IDC France) : ' le marché 2008 sera moins dynamique que prévu '
' Sur les chiffres publiés début mars nous ferons une révision à la baisse de 0,5 à 1 point par rapport à nos précédentes estimations. Concernant le marché des services en France, on restera quand même sur une croissance de 4 à 4,5 %. Cette baisse est imputable aux subprimes mais aussi à la conjoncture économique générale, la France connaissant des perspectives de croissance pour 2008 moindres que prévues. Il ne s'agit toutefois que d'un ralentissement conjoncturel et non ?" sauf nouveaux éléments ?" d'une rupture de cycle. Dans ce contexte, le DSI peut être conduit à faire des arbitrages. De nouveaux projets, et donc des prestations de conseil et d'intégration, peuvent être touchés. Le DSI peut aussi renforcer sa politique d'infogérance pour faire baisser les coûts d'exploitation et dégager, à budget constant, des marges de man?"uvre pour investir. On note enfin un accroissement du volet offshore. '
Frédéric Giron Pierre (Audoin Consultants) : ' on est loin de la situation précédant la crise de 2002. '
' La situation financière des entreprises est assainie, et la croissance économique au rendez-vous, même si elle est insuffisante. Surtout, les entreprises sont confrontées à une multitude de défis qui les poussent à investir dans les projets informatiques : la mondialisation dans le manufacturing, la déréglementation dans le secteur financier, le papy-boom dans les secteurs publics et financiers, etc. Les doutes qui ont émergé à l'été 2007 ne se sont pour l'instant pas concrétisés. Au premier semestre, on reste sur une croissance en ligne avec celle de 2007. La question est reportée au second semestre : on observera avec attention l'éventuel ralentissement des services de courte durée : l'assistance technique et le conseil, très sensibles au changement de conjoncture. Dans la banque, on constate une réduction de la durée des missions d'assistance technique, mais pas de ralentissement. '