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Les responsables informatiques peuvent jouer un rôle déterminant dans la préservation de l'environnement en achetant des matériels moins polluants, qui comportent moins de substances toxiques ou qui ont été conçus pour être plus facilement recyclables. En prime, le recours à des matériels plus “ propres ” se traduit souvent par des économies d'énergie et, par conséquent, par une facture électrique moins salée. Une fois convaincue, la DSI doit passer à l'acte et mettre en œuvre son programme d'informatique durable. Il consiste généralement à mener trois grands chantiers en parallèle : renouveler le parc avec des PC “ verts ”, optimiser la consommation électrique du parc existant avec des logiciels spécialisés et gérer la fin de vie des machines grâce à une filière de recyclage.
De Dell à HP, en passant par Lenovo, Toshiba et Fujistsu Siemens, tous ces fabricants proposent désormais des ordinateurs individuels ou de bureau écologiques. Pour répondre à cette exigence, leurs machines ont été conçues de telle manière qu'elles consomment moins d'électricité et sont facilement recyclables.
Pour aider les dirigeants informatiques à acheter ces matériels de façon “ responsable ”, nombre de labels ont vu le jour ces dernières années. Ces écolabels sont apparus pour faciliter la distinction entre les PC “ verts ” et les autres au moment de l'achat. Certains, tel Energy Star 4.0, créé en 1992 par l'agence américaine de protection de l'environnement (EPA), se concentrent uniquement sur l'efficacité énergétique des matériels informatiques : PC, écrans, imprimantes, etc. D'autres comme Epeat, Blue Angel, ou l'écolabel européen Eco-Label sont plus généraux. Ainsi, Energy Star 4.0 demande à ce qu'un PC de bureau moderne et performant (catégorie B de la norme) ne dépasse pas 65 W pour la consommation électrique en activité, et 4,7 W en veille. Aujourd'hui, celle des ordinateurs portables oscille entre 14 et 22 W (selon la carte graphique), et 2,4 W en veille. Les unités centrales d'ancienne génération consomment de 100 à 300 W, un écran cathodique entre 75 et 300 W et un écran plat de 25 à 100 W. Le simple recours à un matériel conforme Energy Star 4.0 réduit donc déjà de beaucoup la dépense énergétique par poste.
“ Les écolabels attestent qu'un produit à efficacité et performance équivalente a un impact moindre sur l'environnement. Ils constituent une démarche volontaire de la part du fabricant, multicritères avec une exigence d'aptitude à l'usage et une information spécifique aux consommateurs ”, explique Marie Daelman, consultante en développement durable chez Enora Consulting. Les constructeurs se conforment généralement à Energy Star 4.0 et Epeat (standards américain). Environ 20 % des PC sont labellisés Energy Star 4.0, et moins de 5 % Epeat Gold. Le choix de l'entreprise est donc encore restreint, mais possible. Reste aussi à connaître le détail de ces normes pour ne pas acheter à l'aveuglette. La plupart proposent effectivement différents niveaux de certification.
La puissance du microprocesseur influence largement cette consommation électrique. “ C'est le plus gros gisement d'économies car il représente entre 50 et 70 % de la consommation d'énergie d'un PC, indique Damien Hartmann, chef de produits postes clients chez NEC. L'impact d'Intel et d'AMD est donc déterminant. ” C'est pourquoi ces fondeurs de silicium optimisent depuis plusieurs années leurs puces lors de leur conception pour réduire les courants de fuite. “ En diminuant ces courants, on diminue mécaniquement la consommation de la puce et sa dissipation thermique ”, explique Bernard Seite, directeur technique d'AMD France. “ Depuis 2007, l'hafnium réduit par dix les courants de fuites des transistors tout en doublant la densité des puces ”, complète Jean-Marc Dubreuil, PDG d'Intel en France.
Sur les PC de bureau, l'alimentation électrique constitue l'autre “ gouffre ” énergétique. Environ 40 % de la consommation électrique part directement en… chauffage. Le respect d'un label tel qu'Energy Star 4.0 ou 80 Plus (intégré à Energy Star) garantit un rendement énergétique de l'alimentation de 80 % minimum. C'est-à-dire que moins de 20 % de l'électricité arrivant à l'alimentation électrique est dissipée en chaleur, le reste étant effectivement utilisé par la machine. Même s'il existe d'autres critères, le recours à un processeur basse consommation (ULV) et à une alimentation efficace relèvent déjà d'une politique plus Green IT.
Les clients légers semblent aussi de bons candidats pour remplacer les parcs de PC vieillissants. Une étude réalisée par le constructeur Wyse montre que les clients légers associés à leurs serveurs brûlent 90 % d'énergie en moins que les PC. “ Un PC consomme et ne partage pas. Sa puissance est rarement réexploitée quand l'utilisateur est absent. Avec un client léger, les utilisateurs qui stoppent leurs travaux laissent la puissance de calcul aux autres utilisateurs ”, explique Bruno Hourdel, directeur marketing de Sun en France. Son client léger Sun Ray 2 ne consomme que 4 W et nécessite l'équivalent côté serveur s'il est associé à un serveur Ultrasparc T1. Il est conçu pour une durée de vie (MTBF) de vingt-cinq ans ! “ Dépourvu de pièces mécaniques, la durée de vie d'un client léger peut facilement dépasser dix ans ”, confirme Laurent Charreyron, directeur général de Wyse dont le client léger S10 consomme 5,6 Wh. Enfin, plus petits, les clients légers consomment moins d'énergie et de matériaux lors de leur fabrication, et leur taux de recyclage atteint 90 %. Seule ombre au tableau : l'absence d'écolabel pour garantir l'écoconception de ces produits. Cependant, le V10L de Wyse a été reconnu, lors de l'European Green IT Summit 2008 qui s'est tenu en mars à Londres, comme le nouveau produit informatique le plus écologique.
Au-delà du matériel, le paramétrage des fonctions d'économie d'énergie est indispensable pour réduire la facture électrique. Or, les deux tiers de l'énergie consommée par un PC sont dépensés sans que le matériel soit utilisé (ordinateur allumé mais inoccupé). Dans ce contexte, “ le mode veille peut diviser la consommation électrique par deux. A elle seule, l'extinction du PC en fin de journée réduit de 10 à 25 % la consommation du poste ”, estime la consultante en développement d'Enora Consulting. Au final, la consommation annuelle moyenne par poste est ramenée de 900 kWh à 450 kWh, soit une économie d'environ 50 euros par poste.
Sur les machines modernes, le paramétrage peut s'effectuer directement sur le poste de travail. A l'image d'Energy Smart de Dell, tous les fabricants de PC respectant Energy Star 4.0 paramètrent désormais leurs machines par défaut (réglages usine) pour optimiser leur consommation électrique. L'économie peut atteindre 45 % grâce à la mise en veille des différentes parties de l'unité centrale, de l'écran, ainsi qu'à un pilotage fin du processeur. Energy Smart optimise, par exemple, la consommation des processeurs Intel Core 2 Duo et AMD Athlon 64 X2 en tirant profit de leurs technologies respectives – Intel Intelligent Power Capability et Intel Speedstep d'une part, et AMD Powernow et Cool'n'Quiet de l'autre – qui adaptent la sollicitation énergétique des processeurs en activant uniquement les fonctions de traitement nécessaires. La plupart du temps, les fonctionnalités de ces logiciels sont directement accessibles dans le panneau de configuration.
Toutes les machines, surtout les plus anciennes, ne disposent malheureusement pas de ces dispositifs avancés. Et peu sont correctement configurées. Les éditeurs spécialisés dans la gestion de parc ont donc tous ajouté un module “ économie d'énergie ” à leur outil. C'est notamment le cas de Criston, de Symantec, et de BDNA. D'autres comme Visionsoft et Dotgreen se sont créés pour répondre à ce besoin. Editeurs historiques et spécialistes soumettent tous un inventaire du parc mettant en avant les paramétrages existants. Ils proposent ensuite un paramétrage plus efficace et se chargent de forcer la mise en veille, l'extinction et le réveil de la machine en fonction de grilles horaires prédéterminées ou de l'activité de la machine. Un tableau de bord permet de suivre au quotidien les gains réalisés. Certains offrent même la possibilité de simuler le renouvellement de tout ou partie du parc pour calculer les gains potentiels et le retour sur investissement (ROI) du projet. D'autres sensibilisent les utilisateurs en affichant le temps d'utilisation effectif par rapport au délai d'activation total.
Au-delà de ces aspects énergétiques, conformément à la directive européenne DEEE, tous les PC vendus après le 13 août 2005 doivent être recyclés. De NEC à HP, en passant par Lenovo, Wyse et Sun, les fabricants proposent désormais un programme de recyclage adapté aux parcs d'entreprise. HP dispose, par exemple, d'un service de conseil dédié qui guide l'entreprise dans ses choix entre recyclage et reconditionnement du matériel. La prise en charge des parcs récents est généralement gratuite, tandis que le traitement des parcs anciens est facturé.
Certains constructeurs comme HP dépassent les contraintes légales pour boucler le cycle fabrication-utilisation-recyclage. On parle alors d'écoconception. Les plastiques utilisés dans la fabrication d'un PC neuf sont en partie issus d'un autre en fin de vie. Même démarche pour les consommables des imprimantes. L'écoconception pousse les fabricants à tester de nouvelles matières moins polluantes et plus facilement recyclables ou biodégradables. Asus et Dell testent notamment un concept de PC en bambou, tandis que la coque du FMV-BibloNX95Y de Fujitsu Siemens s'appuie sur un bioplastique à base de maïs. Dans un autre registre, NEC utilise un boîtier format BTX qui offre une meilleure ventilation des composants pour leur assurer une durée de vie plus longue tout en réduisant la consommation électrique grâce à des besoins moindres en ventilation. Les clients légers de Wyse, eux, sont de très petite taille et ne possèdent ni ventilateur, ni disque dur pour un recyclage plus simple et une durée de vie plus longue.
Les démarches écologiques des constructeurs lors de la conception et de la fabrication du matériel sont aussi à relier à la norme ISO 14001 qui encadre le processus d'amélioration environnementale continu de l'entreprise. C'est la plus respectée de la série des normes ISO 14000. Une organisation peut ainsi faire certifier son système de management environnemental suivant cette norme. Au DSI ensuite d'appliquer dans son domaine cette “ gouvernance ” environnementale.
Selon Gartner, les imprimantes ne représentent que 6 % de la consommation électrique du système d'information. Mais entre l'encre et le papier, leur impact environnemental est très important. L'Environmental Protection Agency (EPA) estime, par exemple, qu'il faut dix fois plus d'énergie pour fabriquer une feuille de papier que pour imprimer dessus. Certains fabricants tels Xerox, Dell et HP travaillent donc à la fois à la diminution de la consommation d'énergie mais aussi au recyclage des consommables et à la modification de paramètres comme l'impression recto verso en standard. Associées, les nouvelles technologies d'impression et la mise en veille des imprimantes permettent d'atteindre de 50 à 66 % d'économies d'énergie selon les modèles. HP et Xerox recyclent environ 90 % de leurs cartouches et toners (la loi impose 75 % de matériaux recyclés ou valorisés). Enfin, depuis peu sur Xerox, le logiciel Green Print est gratuit pour les Phaser 8560 et 8860. Ce logiciel analyse les pages vierges et les retire automatiquement de l'impression.
1. Vérifier que le matériel est conforme aux écolabels les plus exigeants : Epeat Gold, Blue Angel, etc.
2. Comparer le niveau d'économie d'énergie-taux de recyclage proposé par le fabricant avec les contraintes légales. Il doit “ promettre ” plus.
3. S'assurer que le fabricant propose un programme de recyclage efficace.
4. Vérifier la présence de logiciels livrés avec le matériel (PC, imprimantes, etc.) censés faciliter la gestion centralisée de la mise en veille des machines.
Selon l'étude “ Global Green IT Online Survey ”, réalisée en octobre 2007 auprès de 130 professionnels, agir en faveur de l'environnement arrive en deuxième position derrière la réduction des dépenses liées à la consommation énergétique.
D'Epeat à Energy Star, de nombreux labels aident les acheteurs et les DSI à “ acheter responsable ” et à respecter le cadre légal européen. Certains – tel Epeat – ne se limitent pas aux économies d'énergie comme Energy Star. Ils englobent aussi des critères liés au respect de l'environnement : conception économe en énergie, réduction des matières chimiques toxiques, etc. Gartner prévoit que, d'ici à 2008, 40 % des DSI intégreront un ou plusieurs critères écologiques – via les écolabels notamment – dans leur cahier des charges. “ D'ici à 2009, l'efficacité énergétique d'un serveur sera un critère de choix aussi important que sa performance ”, illustre Simon Mingay. Pour en savoir plus sur les écolabels : http://greenit.fr/article/outils/les-eco-labels
















