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“ Peser le poids environnemental d'une application métier ”

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Au-delà des centres de données, les DSI ne doivent-elles pas porter leur attention sur leurs parcs de PC ?

François Rabasse : Si, mais l'un n'empêche pas l'autre. Certes, “ qui trop embrasse, mal étreint ”, et il existe un vrai risque de se noyer dans un plan Green IT trop ambitieux. Cela dit, obtenir rapidement des progrès visibles en rationalisant son centre de données est nécessaire, en complément de la logique des petits pas, qui reste éminemment vertueuse.

Faut-il tenir compte, dans les appels d'offres, des normes, directives ou écolabels ?

FR : La conformité aux normes, voire aux labels les plus exigeants, constitue une bonne chose. Mais il est possible d'aller plus loin en incitant ses fournisseurs à s'exprimer sur leur vision, leurs contraintes, et leurs plans de progrès sociaux et environnementaux. Aujourd'hui, cela se traduit le plus souvent par l'envoi unidirectionnel de “ questionnaires développement durable fournisseurs ”, dont certains s'avèrent assez surréalistes.

Les DSI dépassent-elles le stade de l'examen de la consommation électrique ou de papier des équipements qu'elles achètent ?

FR : Non, car elles n'en sont qu'à la phase de prise de conscience. Les plans de progrès informatique verte que je connais sont limités au périmètre de l'entreprise, et bien souvent orientés retour sur investissement financier. La réflexion systémique reste encore faiblement répandue.

Dans quels secteurs d'activité émergent de véritables plans de gouvernance ou de progrès Green IT ?

FR : On constate davantage de dynamisme dans les sociétés dont les budgets informatiques sont importants, comme dans les secteurs de la banque ou des télécoms, et qui sont, par ailleurs, engagées dans des démarches de RSE (responsabilité sociale et environnementale de l'entreprise – NDLR) ou de développement durable. Quant aux SSII, je suis surpris de leur retard en la matière.

Quelles seront les conséquences des nouvelles réglementations en matière de consommation telles qu'EUP ?

FR : La directive européenne EUP encadre les normes de consommation électrique. Les constructeurs s'y sont préparés. Au final, je pense que ces directives arrangent plus les constructeurs qu'elles ne les dérangent, car elles imposent un gabarit commun à toute l'industrie.

Les DSI ne devront-elles pas agir aussi au niveau des architectures des systèmes d'information ?

FR : Les réductions de consommation constituent avant tout un problème de matériel. Il convient de tenir compte de la consommation unitaire, du degré d'occupation des machines dont on sait qu'il peut être faible, des infrastructures électriques, et des fluides. En termes de sensibilisation et de communication, associer réduction énergétique avec matériel et centre de données s'avère plus simple, plus tangible, et donc plus efficace : On est dans les “ 90 % ” de la loi des 90/10 à laquelle satisfait l'informatique verte en 2008. Quant à l'impact de la configuration logicielle du poste client, il s'agit probablement d'un critère de deuxième rang.

Est-il pertinent d'envisager les déploiements d'applications en leur accolant une dimension environnementale ?

FR : Cela n'est pas prioritaire pour les DSI. Je pense, toutefois, qu'il est très pertinent de savoir peser le “ poids environnemental ” d'une application métier, avec les difficultés que cela suppose. Cette démarche peut être mise en place dès la phase d'étude d'impact, de pair avec l'ensemble des éléments de décision tels que les coûts, les délais, et les risques. Une DSI rodée est capable de s'en charger, dès lors qu'elle connaît ses équivalences entre ressources machine, espaces de stockage nécessaires et poids environnemental.

Les contributions des DSI en matière de responsabilité environnementale de l'entreprise restent encore mineures…

FR : C'est un fait, les DSI jouent, au mieux, un rôle de suiveur sur ces sujets, y compris au sein de sociétés historiquement très engagées dans des politiques de développement durable. Cela est regrettable et pénalise, selon moi, la dimension stratégique pourtant revendiquée par les DSI.

Quels conseils donneriez-vous à un DSI désireux de s'engager dans une démarche écoresponsable ?

FR : Je lui recommanderais d'initier trois chantiers, grâce auxquels il adresserait une grande partie de la problématique : le bilan énergétique des salles machines, l'organisation du cycle de vie des équipements placés sous sa responsabilité, et enfin, la prise en compte de la dimension RSE dans ses relations avec ses fournisseurs de premier rang.

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