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A vendre. Tel est le message que l'on peut lire depuis deux ans sur la porte de l'activité téléphonie d'entreprise de l'Allemand Siemens. Deux ans que le leader européen Siemens Enterprise Communications est à prendre, et personne ne semble s'y intéresser. A la fin du mois d'avril, Aastra finalisait, quant à lui, le rachat des PABX d'Ericsson pour un montant représentant moins de 25 % de son chiffre d'affaires ! “ Notre secteur est en pleine concentration ”, explique Bernard Etchenagucia, directeur général d'Aastra France, tout en rappelant les rachats de ces dernières années : Tenovis, Ericsson, InterTel… En ce qui concerne Siemens, son retard affiché dans le monde de la téléphonie sur IP, ainsi qu'un parc installé trop important de produits traditionnels TDM, voire RNIS, sont les explications les plus fréquemment avancées par les différents concurrents pour expliquer leur attentisme vis-à-vis du dossier.
Pour Bernard Etchenagucia, “ le marché des PABX pour entreprise est très compétitif et ses acteurs doivent être très agiles dans leur réaction face aux mutations technologiques. Pour certains acteurs, comme Siemens ou Ericsson, cette activité n'est peut-être pas stratégique. ” L'interprétation de Philippe Lasserre, directeur technique de l'entité entreprise d'Alcatel-Lucent, n'est pas très différente : “ Ericsson était en déclin et s'est recentré sur le marché des opérateurs, qui fonctionne bien. De notre côté, nous estimons qu'il y a encore beaucoup de choses à faire, surtout dans les relations entre réseau d'entreprise et réseau d'opérateur. ”
De l'avis de tous, Siemens possède de bons produits et a une forte présence européenne. Seulement, si c'est un acteur majeur qui reprend l'Allemand, les zones de recouvrement géographique et entre les lignes de produits risquent d'être vastes. “ Et si c'est pour racheter une base installée, le prix risque d'être beaucoup trop élevé ”, affirme Gilles Cordesse, directeur de la stratégie chez Avaya. Une piste envisageable serait la reprise de Siemens par une entité qui n'est pas du tout dans ce domaine. Par exemple, un acteur asiatique qui pourrait devenir le cauchemar des constructeurs traditionnels après s'être imposé dans le monde des opérateurs. Le plus emblématique d'entre eux, Huawei, ne paraît pas prêt à se lancer. “ Nous n'avons pas défini notre stratégie dans ce domaine, mais nous réfléchissons à l'inflexion que nous pourrions prendre sur ce secteur ”, médite Charles Huang, président du marketing de cette société de Shenzhen. Une hypothèse à laquelle Gilles Cordesse croit modérément : “ Les intégrateurs et VAR (revendeurs à valeur ajoutée – NDLR) ont déjà trois ou quatre offres distinctes à leur catalogue. De plus, il leur faudrait se doter des moyens pour pouvoir certifier ces produits dans tous les pays. ” Mais les difficultés de Siemens ne sont pas le seul symptôme d'un marché en pleine mutation. L'arrivée des éditeurs, Microsoft en tête, suivi de spécialistes de l'open source, représente également une menace potentielle.
Le reproche le plus fréquent adressé aux constructeurs est le caractère propriétaire de leurs équipements. Ainsi, on voit apparaître des solutions open source telles qu'Asterisk, qui fonctionne sur du matériel standard et plusieurs distributions : Red Hat, CentOS Debian, ou encore Suse.
Les acteurs traditionnels s'y mettent également. Nortel a annoncé, il y a quelques semaines, sa plate-forme SCS500. Elle s'appuie sur un serveur de téléphonie sur IP et de communication unifiée, le tout développé par la communauté SIP Foundry (lire 01 Informatique, n 1948, p. 20). Les mauvaises langues estiment que si Nortel se lance dans l'aventure du libre, ce serait pour relativiser l'importance de son alliance avec Microsoft. En effet, il y a deux ans, le Canadien pactisait avec l'éditeur de Redmond pour proposer ses premières plates-formes de communications unifiées. Un accord que beaucoup de constructeurs regardent d'un œil inquiet. “ Notre confrère a vendu son âme au diable ! ”, s'exclame un concurrent. “ Nous avons conscience qu'il nous faut travailler avec les éditeurs ”, explique Philippe Lasserre. Mais, selon lui, nul besoin de créer un pacte aussi étroit que l'ICA (Innovative Communications Alliance), scellé entre Microsoft et Nortel. Pour les équipementiers, ce rapprochement est à sens unique et se fait surtout au détriment de Nortel. L'un d'entre eux avance même que le constructeur “ est en train de se faire vampiriser par Microsoft ”. L'éditeur n'est-il pas en train d'acquérir le savoir-faire de Nortel dans ce domaine si complexe de la téléphonie, tandis qu'il n'apporte finalement pas grand-chose au Canadien ? “ Notre partenariat permet l'intégration native des compétences voix dans les produits Microsoft ”, confirme Michel Clément, président de Nortel pour la France. Mais il est hors de question de reconnaître être allé trop loin avec l'éditeur de Redmond. Et de préciser : “ Nous avons noué un partenariat semblable avec IBM pour une intégration de technologies communes. ” Enfin, pour défendre cette alliance, Michel Clément rappelle que Microsoft n'a pas de capacités d'intégration et qu'il a toujours fonctionné sur un mode de partenariat. “ Microsoft a besoin de s'inscrire dans l'environnement du client, qu'il s'appelle Nortel, Alcatel ou Cisco. Pour cela, il faut travailler en commun avec ces acteurs ”, estime d'ailleurs Gwénaël Fourré, chef de produit Office Communications Server (OCS). Certes. Mais le chef de produit de Microsoft est plus loquace sur ce que peut lui apporter Nortel que l'inverse.
L'éditeur ne cache pas que les prochaines versions de son système intégreront des fonctionnalités voix très proches de ce qu'apporte un PABX IP ou traditionnel. Une question se pose alors. La téléphonie devient-elle une application informatique comme une autre ? Tout le monde est plus ou moins d'accord, mais avec des nuances. “ Cette application est beaucoup plus exigeante que toutes les autres. Elle réclame ni plus ni moins que le temps réel pour fonctionner ”, rappelle Philippe Lasserre. Même son de cloche pour Dominique Milliotte, président du forum des utilisateurs Aastra Matra : “ La voix peut être considérée comme une application comme une autre, sauf que les solutions informatiques sont connues pour leur fiabilité et leur stabilité approximatives. En informatique, il y a une constante, c'est le patch ! ” En résumé, un système de téléphonie ne souffre pas la médiocrité, fut-elle passagère. Finalement, les constructeurs traditionnels sont-ils menacés par les éditeurs comme Microsoft, IBM et tous ceux qui pourraient venir se faire une place dans leur domaine ? “ Google, Microsoft et les autres ont beaucoup de travail à faire pour comprendre que le monde auquel ils veulent s'attaquer est compliqué ”, relativise Philippe Lasserre, tout en reconnaissant que les pressions pour des “ partenariats étroits ” sont fréquentes. Et de rappeler qu'Alcatel-Lucent est certainement plus légitime qu'un éditeur pour comprendre et expliquer ce que le réseau est capable ou non de transporter. Pour un constructeur, “ tant que les utilisateurs se poseront la question “ est-ce que ça va planter autant qu'Office et Windows ? ”, nous pourrons continuer notre travail sereinement ”.
Aux questions posées lors de cette enquête, les réponses tombent, mais à fleurets mouchetés. Microsoft est autant un concurrent qu'un partenaire, un “ coopétiteur ” qu'il convient de ne pas trop froisser car l'avenir des communications d'entreprise semble passer, en partie, par Redmond.
Participe activement à la concentration du marché. Le constructeur vient de finaliser le rachat de l'activité communications d'entreprise d'Ericsson.
Longtemps considéré comme ayant pris du retard dans l'IP, Alcatel-Lucent s'est remis en ordre de marche.
Spécialiste des réseaux d'entreprise et ancienne division de Lucent. Apparaît toujours dans le trio de tête des fournisseurs de téléphonie sur IP.
Sans aucun doute le champion de l'IP. Sa maîtrise de ce protocole en fait un acteur plus qu'incontournable. Mais il a encore besoin de peaufiner sa connaissance du monde de la téléphonie.
Le trublion dans le secteur. Habilement, il a besoin de s'intégrer dans les environnements de tous les équipementiers traditionnels. Pourra-t-il s'imposer pour finalement proposer des solutions complètes ?
Le Canadien a-t-il perdu pied ? Il occupe une forte position aux Etats-unis, mais son accord très “ étroit ” avec Microsoft laisse penser qu'il n'a pas les moyens de s'imposer dans la convergence qui s'installe.
Champion européen, il est en vente depuis deux ans. Le géant allemand doit effectuer sa restructuration (migration vers l'IP, allégement des effectifs…) avant d'espérer trouver un repreneur.
L'entreprise peut-elle se passer d'un PABX ?
Dominique Milliotte : Je ne vois pas comment elle pourrait faire. Les solutions disponibles aujourd'hui sont très complémentaires. Peut-être que les entreprises de services friandes de nouvelles technologies de communication, notamment dans le conseil, peuvent se doter de solutions purement logicielles pour leurs personnels souvent en déplacement. Le PABX n'est pas mort mais pas question de choisir un équipement qui ne soit pas IP. Il ne faut pas non plus perdre de vue que les entreprises qui s'équipent ne le font pas pour une courte période. La durée de vie d'un IPBX est comprise entre sept et dix ans.
Comment jugez-vous la stratégie de votre fournisseur ?
DM : Il faut reconnaître que le monde du PABX est très propriétaire et encore très “ coincé ”. Aastra Matra a un partenariat assez fort avec Microsoft, sans doute parce qu'il a tardé à développer des solutions de communications unifiées. La peur de l'éditeur est peut-être un peu moins présente aujourd'hui et les équipementiers ont compris qu'il fallait qu'ils s'ouvrent aux logiciels et aux protocoles de communication.
Mais l'éditeur est-il légitime dans la voix ?
DM : Même s'ils ne sont pas du monde de la téléphonie, les éditeurs le comprennent mieux. Mais la question n'est pas forcément de savoir qui a la meilleure légitimité sur un domaine ou un autre. Les acteurs de part et d'autre ont bien compris que ces deux mondes sont complémentaires.
Les équipementiers doivent-ils être inquiets ?
“ Il est impossible pour un Microsoft ou un IBM de s'adresser seul au marché de l'entreprise avant trois à cinq ans. Pareillement, aucun des acteurs de la communication unifiée, tant Microsoft que Cisco, n'a de solution complète. Ils sont obligés de passer par des partenariats pour s'intégrer dans les systèmes de communication des acteurs traditionnels. ”
Que risque Nortel avec son accord avec Microsoft ?
“ Le Canadien fait le pari qu'il peut survivre. Les deux parties savent que Microsoft peut mettre un terme à ce partenariat dans les quatre ou cinq ans, et que chacun peut en tirer profit. Peut-être que leur stratégie de sortie de cet accord serait une revente à Microsoft. Mais Nortel n'est pas le seul, Microsoft est un habitué des collaborations étroites. ”
















