Trente jours pour quitter le territoire
Un jeune informaticien mexicain se voit refuser son permis de travail suite à une erreur de saisie. Sfeir, la SSII qui l'emploie, remue ciel et terre pour faire aboutir son dossier.
01net.
le 24/04/08 à 00h00
Les faits
De nationalité mexicaine, Salvador Diaz a reçu en février un courrier de l'administration l'enjoignant de quitter le territoire sous un mois, en dépit d'un CDI contracté avec une SSII française.
L'analyse
Vingt-quatre ans. Bac S au lycée français de Mexico. Bourse d'excellence. Diplôme des Mines de Nantes, avec une dernière année d'études effectuée à l'Ecole polytechnique de Milan. Parlant espagnol, français et anglais couramment. Excellent relationnel. Rompu aux nouvelles technologies... Salvador Diaz est le candidat idéal que toutes les SSII s'arrachent. Un seul problème : sa nationalité mexicaine lui vaut de recevoir en février une lettre de l'administration française l'enjoignant de quitter le territoire sous trente jours. A défaut, il serait placé en détention, puis dans le premier charter. C'est l'incompréhension pour Salvador, embauché en CDI par la société Sfeir avant même qu'il ne termine son stage de fin d'études.
Le pot de fer contre le pot de terre
Le hic ? L'employée chargée de sa demande de permis de travail au sein de la SSII a mentionné son indemnité de stage ?" le Smic ?" et non son salaire d'embauche. A juste titre, l'administration refuse le dossier, estimant que la rémunération proposée relève de la concurrence déloyale. Un cas de dumping social caractérisé.
Sfeir rectifie aussitôt le tir mais l'administration se braque jusqu'à envoyer cette fameuse lettre. ' Pendant trois semaines, nous avons assiégé le ministère du Travail, se souvient Pierre Dalmaz, le PDG de Sfeir. Qui a lui-même envoyé un courrier officiel. C'était le pot de fer contre le pot de terre. Impossible d'identifier un interlocuteur précis. ' Entre-temps, il doit remonter le moral de Salvador. ' Il était effondré. Il tenait absolument à rester en France '. C'est peu de temps avant l'échéance qu'une fonctionnaire débrouille l'affaire et délivre le précieux sésame.
Une administration schizophrène
Aujourd'hui, Salvador travaille à M6 sur un projet axé sur les méthodes agiles. Vivant en couple avec une Française, il demandera dès que possible sa naturalisation. ' J'appréhende toutefois de recommencer des démarches après ce qui m'est arrivé '. On le comprend. ' La plupart de mes amis mexicains ont connu à un moment ou à un autre un problème avec l'administration française. Certains ont dû retourner au pays refaire leur visa pour voir leur demande de permis de séjour aboutir. '
Le cas de Salvador Diaz n'est effectivement pas isolé, comme le révèle un article du Monde daté du 7 avril dernier. Le quotidien fait témoigner trois travailleurs immigrés, qui ont tout pour être régularisés mais butent sur une administration suspicieuse. A sa décharge, on notera que cette dernière a de quoi devenir schizophrénique, prise en étau entre l'objectif des 25 000 expulsions annuelles que lui assigne Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration, et le credo de Nicolas Sarkozy sur ' l'immigration choisie '. Depuis le 20 décembre 2007, les préfets peuvent délivrer des autorisations de travail aux étrangers occupant des emplois dans des secteurs en pénurie, dont l'informatique. De lart de choisir les ' bons ' immigrés.