Quelques lignes de C pour envoyer 50 000 SMS par seconde
01net.
le 05/06/08 à 00h00
Depuis 2004, Intersec cherche à contrer la loi de Niklaus Wirth, l'inventeur du langage Pascal, qui assure que l'inefficacité des programmes croît plus vite que l'efficacité des matériels. Autrement dit que, malgré la loi de Moore, les logiciels sont de plus en plus lents. Le produit phare de la start up, MCMS (Multi-Channel Marketing Suite), est une plate-forme d'envoi de messages multicanaux : SMS, MMS, WAP Push (SMS clicables), USSD (Unstructured Supplementary Service Data, employé pour le suivi de compte par les opérateurs) et e-mails. Du classique, sauf qu'Intersec a recours à des méthodes de développement anciennes, en langage C, menées par de petites équipes. ' Ce langage nécessite d'être extrêmement strict dans les règles de codage et les procédures de validation. Et les développeurs travaillant en C sont les plus techniques et les plus passionnés ', explique Olivier Guillaumin, président du conseil de surveillance et directeur scientifique d'Intersec.
La start up a préféré redévelopper les briques de base nécessaires à l'envoi de SMS au lieu de s'appuyer sur des bibliothèques existantes, la plupart disponibles uniquement en Java. ' Leurs performances sont imprévisibles, et parfois très mauvaises. Quand des briques de base ne sont pas efficaces, on a tout intérêt à les réécrire ', justifie Olivier Guillaumin. Et de citer l'exemple d'un logiciel de conversion d'images pour l'envoi de MMS, qui fonctionne bien pour des images de quelques kilo-octets mais dont les performances se dégradent en fonction du carré de la taille de l'image quand celle-ci augmente.
Avec un seul serveur
Ces efforts de reprogrammation ont porté leurs fruits : testée chez Orange, la plate-forme MCMS peut gérer l'envoi de 50 000 SMS par seconde quand ses concurrents, sur le même matériel, saturent à... 120 SMS par seconde. Le tout tenant dans un exécutable de seulement 1 Mo ! ' Et encore, c'est parce qu'il y a une interface graphique, et donc des images ', s'amuse Olivier Guillaumin. Compte tenu des performances de MCMS, un seul serveur suffit là où d'autres applications nécessitent plusieurs machines en parallèle. Si ce ne sont pas des motivations écologiques qui ont suscité la création d'Intersec, en développant des applications peu gourmandes en ressources, la start up contribue à sa manière à une informatique plus verte.
Orange a adopté MCMS et va le proposer à ses filiales, notamment en Afrique. Orange Réunion l'emploie déjà pour son système d'alertes cycloniques. Histoire d'aborder plus facilement les opérateurs, Intersec a commencé par des logiciels non stratégiques pour eux, comme les plates-formes de tests. Après l'envoi de SMS, Intersec compte s'attaquer à des applications nettement plus critiques, telles que les bases de localisation des abonnés ou HLR (Home Location Register).
Nom : Intersec.
Date de création : 2004.
Domaine : télécoms.
Innovation : programmation en langage C accroissant les performances.
Produit : MCMS.
Repères
Siège : Courbevoie (92).
Effectif : 20 personnes.
CA 2007 : 700 k d'euros ; prévisionnel 2008 : 4 M d'euros.
Financements : fonds propres et levée de fonds en cours.
Yann Chevalier, 27 ans, président-directeur général, X-Télécom.
Jean-Marc Coïc, 27 ans, directeur général, X-Télécom.
Olivier Guillaumin, 47 ans, président du conseil de surveillance, X-Télécom.