Actualités Emploi Start-up Avis d'expert Vidéos Indicateurs Distribution Telecharger Pro Livres blancs

Que devient l'écosystème Baan ?

La base installée Baan/ERP LN est en stagnation. Plutôt satisfaits de leur produit, les utilisateurs se disent peu concernés, pour l'instant, par les promesses de l'éditeur Infor en termes d'architecture SOA.
envoyer
par mail
imprimer
l'article
partager sur Viadeo
partager sur Facebook
partager sur LinkedIn
partager sur Scoopeo
partager sur Technorati
partager sur Digg
partager sur Delicious
partager sur Google
partager sur Myspace
partager sur Yahoo!

Avec plus de trente acquisitions d'éditeurs de logiciels en cinq ans, le groupe Infor s'est constitué un vaste porte-feuille de produits, qui inclut des applications de pilotage de la logistique, de gestion financière, mais aussi plusieurs progiciels de gestion intégrés (PGI/ERP). Sur ce dernier créneau, “ c'est ERP LN qui connaît la plus forte croissance au niveau mondial ”, fait remarquer Jim Schaper, directeur général d'Infor. ERP LN donc, l'héritier du progiciel Baan, destiné au monde de l'industrie manufacturière et passé entre de nombreuses mains. Le constat de Jim Schaper n'est pas révélateur du marché français, où la base installée de Baan ERP LN stagnerait autour de 150 à 200 sociétés clientes. Si l'éditeur, qui ne ventile pas ses chiffres par pays, reste discret à ce sujet, il semble que le faible rythme de signatures de nouveaux contrats vienne compenser les clients qui quittent l'environnement Baan. Ainsi, si la filiale française de distribution du fabricant allemand d'outils Stihl est en train d'implémenter ERP LN 6, alors que sa maison mère fait tourner SAP, ou que l'éditeur de timbres Phil@poste s'apprête à faire de même, on peut à l'inverse citer l'exemple de Transrail Boige & Vignal, qui a abandonné Baan.

Ce manque de dynamisme ne semble toutefois pas inquiéter les utilisateurs quant à l'importance que consacre l'éditeur au produit. Directeur informatique de Somfy et président du club utilisateur Baan/ERP LN (fort de 60 sociétés membres), Jean-Pierre Boedt se dit rassuré “ par le dynamisme observé dans d'autres pays, comme l'Allemagne et, évidemment, les Pays-Bas ”. D'autres évoquent l'importance des clients grands comptes français, parmi lesquels ABB, Nexter (anciennement Giat Industries), les ascenseurs Otis et, évidemment, le motoriste Snecma et ses plus de 5 000 utilisateurs. Pour Thierry Gauthier, responsable de l'activité ERP de Bull, principal intégrateur Baan/ERP LN (suivi, sans notion d'ordre, d'Anteor et de Business & Decision), ce faible dynamisme s'explique par le fait que “ le produit, techniquement bon, souffre d'un déficit médiatique, à cause notamment des rachats successifs ”. Les choses pourraient bouger à la rentrée : Bull compte lancer, en partenariat avec Infor, une campagne de marketing pour réveiller les ventes.

Baan IV, ultra-majoritaire, remplit son office

“ Pour l'instant, nous vivons essentiellement sur notre base installée ”, admet Thierry Gauthier. Une base installée dont on estime qu'elle fait tourner à 80 % la version Baan IV. Les 20 % restants se répartissent entre les versions Baan V et ERP LN 6, plus récentes. Parmi les principales raisons invoquées : la forte présence de développements spécifiques qui compliquent les montées de version. D'autant que les fonctionnalités de certains de ces développements spécifiques ne sont pas forcément couvertes en standard par les versions plus récentes. Une raison qui explique que la migration vers ERP LN 6 ne se soit pas faite partout, par exemple chez Somfy ou au sein du groupe de fabrication de meubles Roset. D'autres sociétés s'emploient actuellement à cette migration, c'est le cas d'ABB.

C'est qu'en même temps, les utilisateurs appliquent la fameuse maxime : “ Pourquoi changer ce qui marche ? ”. Car dans l'ensemble, le niveau de satisfaction de Baan est bon. A la Snecma comme au sein de la branche DSEM de La Poste, on estime qu'il a correctement suivi la montée en puissance de ces entités. La gestion de la production bénéficie d'une longue expérience verticale du manufacturing discret, notamment pour la gestion à l'affaire, ou pour les performances du configurateur de produits. Quant à la comptabilité, elle remplit son rôle, même si elle est jugée inférieure à celle de SAP, une référence en la matière. SAP justement, mais aussi Oracle, partagent avec Infor les mêmes visions sur le futur de l'architecture de leur PGI, soit une approche SOA, via une décomposition en composants fonctionnels.

Un futur sous le signe de SOA

Infor a pour cela signé un partenariat applicatif avec Progress, éditeur du bus d'entreprise Sonic, pour le middleware. Mais SOA est encore perçu uniquement comme un concept, notamment au sein des petites sociétés. DSI de TT-Electric France (85 salariés), Peter Turner avoue ne pas avoir beaucoup de temps à y consacrer. Plus radical, Jean-Pierre Boedt s'avoue “ sceptique. Il y a quelques années, j'aurais été plus friand. Mais il y a tellement long temps que l'on parle de SOA… ” Ce constat est moins vrai pour les plus grands comptes : “ L'architecture ciblée par Infor correspond à celle que nous ciblons nous-mêmes ”, explique Eric Merland, en charge de Baan IV pour la Snecma. Egalement intéressé par l'approche SOA, en vue de communiquer avec sa maison mère mais aussi avec d'autres applications, Phil@poste vient de signer avec Infor pour ERP LN 6. Mais aussi pour le logiciel de gestion de la relation clients Epiphany, tombé préalablement dans l'escarcelle de l'éditeur américain.

Si ce n'est pas la raison principale du choix d'Infor, le fait d'avoir un interlocuteur commun pour le PGI et la GRC est un avantage aux yeux du DSI de Phil@poste, Bruno d'Hauterive. Un argument que met évidemment en avant l'éditeur, avec pour objectif de croître par cross selling en vendant à ses clients d'autres produits de son portfolio. Si Thierry Gauthier, de Bull, estime que cette stratégie prend corps sur le terrain “ notamment auprès des petits clients Baan/ERP LN ”, ils sont peu nombreux parmi les DSI interrogés à avoir acheté un autre produit d'Infor ou à vouloir le faire. Les petites structures rationalisent de toute manière leurs investissements logiciels.

Plus généralement, les DSI annoncent faire leur choix tout d'abord en fonction du produit, moins en fonction de l'éditeur. Pour Darren Murray, DSI du fabricant et distributeur de fournitures (notamment des tableaux interactifs) pour établissements scolaires, Promethean, qui vient d'installer ERP LN 6 sans passer par la case Baan, il serait même “ préférable de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ”.

Le support “ atroce ” fait partie du passé

Sur le plan humain, il semble que les acquisitions aient contribué à améliorer les relations des utilisateurs avec leur éditeur. Aux heures noires de Baan et d'Invensys, le support aux utilisateurs délivré par l'éditeur était qualifié d'“ atroce ”, de “ vide total ”. Peter Turner avait même résilié son contrat de maintenance en 2000. Ceux qui faisaient appel à un partenaire bénéficiaient, eux, d'un réel support. Une fois Baan racheté, SSA a nettement amélioré la qualité du support, et Infor continue dans cette lignée. “ Le rachat de SSA par Infor a été transparent pour nous ”, juge Charles Lacoste, DSI du groupe Roset. Le parcours agité de Baan/ERP LN n'a d'ailleurs pas découragé Bruno d'Hauterive, qui estime que de toute façon, il y a “ une instabilité globale dans le monde du logiciel ”. Au chapitre des spectres récurrents du monde du progiciel, figure le manque de compétences. Pour Eric Pertusier, ancien de Baan et aujourd'hui en charge d'offres ERP chez Business & Decision : “ Nous aurions 10 consultants de Baan supplémentaires, nous saurions les occuper. Chez B&D, nous formons des jeunes ”. Bull fait de même. Ce risque de pénurie de compétences a été cartographié à la Snecma. “ Aujourd'hui on trouve des ressources Baan, mais cela peut représenter un risque de surcoût pour le futur. Ou peut-être de développement vers l'offshore ”, estime-t-on chez le motoriste.

Une trajectoire agitée

Après une décennie flamboyante, l'éditeur hollandais Baan paie les frais d'une mauvaise gestion. Il perd alors près d'un million de dollars par jour. Le groupe industriel Invensys l'acquiert pour 700 M$.

En difficulté, Invensys cède l'activité Baan à SSA Global, alors éditeur de BPCS, pour 135 M$. La gamme Baan est renommée ERP LN.

SSA, qui a entre-temps procédé à de nombreuses acquisitions (dont Marcam en 2004 et Epiphany en 2005), est à son tour racheté par Infor. Non coté, ce groupe se constitue par croissance externe, avec l'appui de son investisseur principal, le fonds Golden Gate Capital (dont les actifs sont estimés à 9 Md$). Infor revendique aujourd'hui un chiffre d'affaires supérieur à 2 Md$.

Elle a quitté baan pour SAP

“ Notre société avait choisi Baan en 1995. L'intégration s'était mal passée, ce qui avait mené à un procès à l'issue duquel Baan nous a fourni les codes sources du logiciel. Nous avons mis le doigt dans le développement spécifique et modifié le standard Baan. Passés à Baan IV en 1999, nous avons continué à développer, au point que nous ne pouvions plus installer les services pack de l'éditeur. Vers 2003/2004, notre produit arrivait en fin de vie. Il nous fallait du CRM, par exemple. Cela impliquait une refonte du SI. Fallait-il rester chez Baan, avec qui les relations étaient mauvaises ? Deux auditeurs envoyés par notre maison mère de l'époque, allemande, ont préconisé la mise en place de SAP. Le projet a démarré en septembre 2005, et SAP ERP ECC 5.0 est entré en production en janvier 2007. Avec SAP, nous avons perdu un peu quant aux outils de développement : une transaction que nous programmions en 30 minutes sur Baan peut nous prendre jusqu'à deux jours. Nous sommes aussi moins habitués. ”

Il est passé sur ERP LN 6

“ Ancienne filiale d'ABB, nous utilisions le progiciel de gestion Baan IV, tout comme ABB. De nombreux développements spécifiques avaient été faits, dont nous n'avions plus les sources après qu'ABB nous ait revendu. Il fallait donc évoluer. A l'époque, vers l'an 2000, je ne voulais pas rester avec Baan, car au niveau du support c'était le vide total. L'étude de marché réelle n'a commencé qu'en 2005, en étudiant SAP ou encore Dynamics AX, sans penser à Baan. Mais Bull nous a contactés en soulignant la possibilité d'utiliser un outil de migration pour évoluer vers ERP LN 6. Avec cet outil, nous pouvions récupérer toutes les données de notre configurateur de moteurs, ce qui nous a convaincus. Le projet réel a commencé en septembre 2005, avec une mise en place début 2006. Nous en avons profité pour passer d'un environnement Unix à du Windows Server. Avec la machine, le projet a coûté 120 000 euros. Nous n'avons plus aucun développement spécifique et le système correspond parfaitement à nos besoins. Nos relations avec les éditeurs SSA puis Infor ont été bonnes. ”

Aperçu du portfolio applicatif d'Infor

Trente acquisitions ont permis à Infor de se constituer un portefeuille de produits couvrant, outre les fonctions décrites ci-contre, la gestion de la performance, du cycle de vie produit, des actifs et des RH.

Lancement des composants fonctionnels d'Infor

L'éditeur ne précise pas encore de date pour le pilier ressources humaines. Le sixième pilier, la gestion des processus de l'entreprise, s'appuie, quant à lui, sur la future architecture SOA d'Infor et repose sur une communication par messages liés à des événements.

Introduction du composant Master Data Management (pilier données)

Gestion des stocks et de la priorisation des commandes, tarification, gestion des commandes (pilier inventaire), grand livre (pilier argent)

Gestion des coûts standards (pilier inventaire), gestion des actifs (pilier actifs)

Gestion des coûts par projet (pilier inventaire), prévision et planification de la trésorerie (pilier argent)

Il vient de signer : Bruno d'Hauterive (DSI Phil@poste) : “ ERP LN 6, mais aussi Epiphany pour la GRC ”

“ Nous avons signé pour Infor ERP LN 6 et comptons démarrer le projet d'intégration en automne, pour lequel nous évaluons les partenaires possibles. ERP LN sera d'abord déployé pour la gestion commerciale. Dans un second temps, ce sera pour les achats, la gestion de la maintenance et la production, car nous sommes notamment chargés de produire 3,5 milliards de timbres par an. Ce progiciel remplacera l'utilisation d'outils “ maison ” et de Generix. Nous avons opté pour l'implémentation d'Epiphany, application de gestion de la relation clients (GRC), elle aussi proposée par Infor. Le choix d'Infor s'est fait en considérant le périmètre global (GRC et PGI). J'avais moi-même une expérience de Baan. Choisir Infor nous permet d'être considérés comme un client plus important qu'avec, par exemple, SAP. L'architecture SOA que prône Infor nous a intéressés. Nous souhaitons communiquer en souplesse avec le monde extérieur et les autres applications de la Poste, comme l'instance de comptabilité SAP prochainement mise en place. ”

Il ne migre pas vers ERP LN 6 : Charles Lacoste (groupe Roset) : “ une prestation coûteuse pour monter de version ”

“ Si nous utilisons Coda pour la comptabilité, nous utilisons Baan IV c4 pour la production. Avec une instance pour la production à la commande, l'activité canapé, qui utilise le configurateur de produits. Et une autre instance pour la fabrication classique de meubles standard, sans configuration. Il y a deux ans, SSA promettait monts et merveilles pour la montée de version vers ERP LN6. Nous avons fait une étude d'impact pour évaluer l'intérêt de cette version, dont le modèle de données est beaucoup plus riche. Mais une bonne partie des développements spécifiques que nous avions réalisés n'étaient pas couverts par les nouvelles fonctionnalités de LN 6 : il aurait donc fallu les refaire. La prestation a été chiffrée à plusieurs centaines de milliers d'euros par nos consultants. Cela devenait un projet PGI à part entière. Nous avons donc décidé de ne pas migrer, au vu des coûts et des faibles améliorations techniques. Peut-être regarderons-nous un jour si les fonctionnalités de nos développements sont couverts par des produits du marché. ”.

2 questions à… : Bruce Gordon, directeur technique d'Infor

Quelle est la stratégie produit concernant Baan/ERP LN 6 ?

“ Il n'y aura pas de version 7 d'ERP LN, comme il n'y aura pas de date de fin de maintenance des versions actuellement utilisées. Nous voulons casser le modèle traditionnel, en remplaçant peu à peu le PGI monolithique par des composants. Nous pensons que les migrations en bloc, comme en l'an 2000, n'arriveront plus. Cette approche concerne tous nos produits, pas uniquement ERP LN. ”

Comment cela se traduit-il concrètement ?

“ Le plan sur six ans que nous avions annoncé se termine en 2011. D'ici là, nous allons sortir progressivement nos composants, répartis au sein de six groupes, les six piliers de l'entreprise. Concernant ERP LN, nous allons en parallèle délivrer les “ feature packs ” 4 et 5, respectivement en juin et janvier prochains. ”

publicité
à lire aussi
SUR LES MÊMES THÈMES
Les éditeurs de PGI indécis quant au Saas
SAP Business Bydesign : les premiers témoignages
Saas : les choix techniques des éditeurs divergent
Chez Tellus, un PGI comme prérequis à la relance d'activité
IBM investit dans les bases de données open source d'EnterpriseDB
L'engouement pour le PGI à la demande est encore faible
Viadom aide la personne avec son extranet
Lawson, le plus méconnu des grands éditeurs de PGI
Lawson, le plus méconnu des grands éditeurs de PGI
A1S, la bombe de SAP pour conquérir les PME
Dect résistera-t-il à la voix sur Wi-Fi ?
Renforcer les contrôles d'accès aux SI
Michèle Hyron (Atos Origin) : “ nous prévoyons 200 000 heures de tests pour parer à l'imprévu ”
“ Ces DSI frileux qui vont dans le mur ”
“ Oui à un antivirus gratuit intégré à Windows ”…
Guillaume Gorge (SFR) : “ nous voulions éviter au maximum les développements spécifiques ”
La RATP remet sa GRH sur les rails
Le journal de l'année 2008
“ Les ingénieurs ne sont pas austères, ils sont artistes ”
01Informatique
01 INFORMATIQUE
L'hebdo de référence des décideurs informatiques.
Micro Hebdo
MICRO HEBDO
L'hebdo qui vous simplifie la micro
et Internet.
L'Ordinateur Individuel
L'ORDINATEUR INDIVIDUEL
Le mensuel informatique qui vous informe et vous conseille.
Tous droits réservés © 1999 - 2009 Internext - 01net.