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Vous avez 45 ans, êtes diplômé d'une école d'ingénieurs mais vous vous sentez plus manager que technicien. Entré chez votre employeur actuel il y a près de neuf ans, vous y exercez la fonction de DSI - généralement pour la première fois - depuis six ans. Aujourd'hui, vous envisagez d'évoluer, de préférence dans une autre entreprise, mais vous vous en donnez le temps. Ce profil type ne vous convient pas forcément. Et pour cause. Cette description a été élaborée à partir d'une moyenne réalisée sur les quelque 150 formulaires de réponses à notre enquête. La disparité des réponses est telle que ce portrait type doit être nuancé. Toutefois, de nombreuses tendances se dégagent, et notamment la propension des DSI à évoluer vers… d'autres horizons. La majorité des patrons informatiques souhaite en effet bouger.
Ils veulent continuer à exercer des fonctions de DSI, mais à l'extérieur de leur entreprise. De préférence dans un autre secteur d'activité. Mais pourquoi pas, dans une moindre mesure toutefois, dans une entreprise du même secteur, donc éventuellement chez un concurrent…
En effet, toute évolution en interne est compromise dans les entreprises qui n'ont pas une taille suffisante et où la fonction informatique ne comporte pas plusieurs échelons : national, régional (coordination de plusieurs filiales à l'étranger), groupe (coordination à l'échelon mondial).
Or comme chez d'autres managers, c'est d'abord par goût du défi - le challenge est cité comme seul ou principal motif de changement par les deux tiers des répondants - que les DSI souhaitent évoluer. En dehors des opportunités qui pourraient se présenter, un chasseur de tête peut toujours surgir -, la majorité des DSI se donne généralement quelques années pour accomplir cette évolution hors ou dans leur entreprise. Mais ils sont presque aussi nombreux à avoir déjà en tête un plan d'évolution à plus court terme. Comment se préparent-ils à ce changement ? Par d'autres filières que les moyens classiques. En effet, plus des trois quarts des répondants déclarent ne pas consulter du tout, ou très peu, les sites d'emploi. Et ils sont encore plus nombreux à ne pas consulter du tout ou à ne parcourir que rarement les petites annonces dans les journaux.
Ce n'est pas surprenant lorsque l'on étudie la manière dont ils ont été recrutés à leur poste actuel. Les deux tiers des DSI qui ont répondu au questionnaire ont fait l'objet d'un recrutement externe. Et il apparaît que le plus grand nombre d'entre eux a été démarché par un chasseur de têtes, notamment pour une prise de poste immédiate.
En dehors des méthodes classiques de recrutement externe (cooptation, inscription sur un site d'emploi, réponse à une petite annonce dans un journal papier, démarches volontaires auprès de la DRH du futur employeur, intermédiation d'organismes tels que l'ANPE ou l'APEC), quelques cas particuliers ont été mentionnés. Ainsi, l'un des DSI a été directement contacté par son actuel directeur général, qui le connaissait. Un autre a été proposé par son ancien directeur général dans une entreprise connue de ce dernier. Encore un “ effet réseau ” pour cet autre DSI qui a répondu à une offre d'emploi diffusée par les anciens de son école. D'autres ont opté pour des démarches volontaires soit auprès d'un cabinet de recrutement, soit directement auprès d'un chasseur de têtes. Sans oublier le cas du “ DSI de transition ”, un statut qui n'est toutefois pas encore très répandu.
Vient le moment des entretiens ? D'autant plus cruciaux que 40 % des répondants n'en ont passé qu'un ou deux. Avec leurs moments clés. A cette occasion, une dizaine de DSI ont été marqués par leur rencontre avec leur supérieur hiérarchique (un directeur financier, le CIO américain…). Ils sont plus nombreux - une trentaine - à se souvenir de leur entretien avec les dirigeants de l'entreprise : le président, le directeur général ou le CEO pour les groupes internationaux.
Une petite poignée d'entre eux ont été plus impressionnés par l'entretien avec leurs clients internes - les directeurs business ou des directeurs généraux de filiales -, la visite de l'entreprise ou encore la présence des trois DSI des actionnaires lors de l'entretien. Au chapitre des cas extrêmes, l'un d'entre eux a été surpris que l'on n'ait pas évalué ses compétences et connaissances informatiques. A l'inverse, un autre mentionne que l'entretien déterminant consistait à lire et à analyser le rapport d'audit informatique réalisé peu de temps auparavant. Il fallait ensuite formuler rapidement un planning de mise en œuvre. Parmi les aptitudes ayant, selon eux, fait pencher la balance en leur faveur, les DSI interrogés citent surtout la connaissance du métier et du marché de l'entreprise, ou des expériences précédentes dans le même secteur d'activité.
Dans une moindre mesure, ils évoquent leurs compétences managériales, leurs qualités relationnelles, ou leur expérience internationale et/ou d'un grand groupe, la maîtrise de technologies destinées à être déployées dans l'entreprise. Quand ils le pouvaient, ils ont en tout cas fait jouer à plein leur profil mixte : technicien et manager, spécialiste métier et technicien, ou manager et spécialiste métier. Certains d'entre eux pouvaient même se targuer de compétences encore plus larges, liées à leur formation initiale ou à leur expérience, avec des profils de technicien-manager-commercial, manager-technicien-spécialiste métier. Le cumul ne nuit jamais. Autant d'armes qui valorisent le candidat à une évolution de carrière, dans ou en dehors de l'entreprise.
Pas moins de 154 DSI d'entreprises de tailles et d'activités très disparates ont répondu, le mois dernier, à un questionnaire en ligne soumis aux 1 800 membres du Club 01 DSI. La non-complétude de certaines réponses explique des panels variant de quelques unités dans les résultats dévoilés ci-contre. Nous remercions chaleureusement les participants à ce sondage.
Évolution
Près de la moitié (45 %) des DSI envisagent d'évoluer à l'extérieur de leur entreprise (32 % dans un autre secteur). Et 25 % pensent évoluer vers un autre poste à responsabilité, éventuellement. A noter : 11 % des patrons informatiques (souvent proches de la retraite) déclarent ne pas prévoir de changement de poste jusqu'à la fin de leur carrière.
Pour les deux tiers des DSI, le défi est la première, voire l'unique, motivation de changer. Vient ensuite le salaire, mentionné en premier par 10 % des patrons informatiques, mais en deuxième par un tiers d'entre eux. Les relations difficiles avec la direction générale ou avec les directions métier sont quand même citées par 16 % des DSI comme raison principale.
Profil
Y a-t-il un âge pour occuper un poste de directeur des systèmes d'information ? Pas vraiment, lorsque l'on constate que le plus jeune de notre panel a 26 ans, et le plus âgé 61. Mais près de 60 % des DSI qui ont dévoilé leur âge sont dans la tranche des 39-49 ans. Plus d'un DSI sur cinq a moins de la quarantaine. Enfin, 20 % des DSI se situent dans la tranche des 50 ans et plus.
Plus de la moitié (51 %) des DSI sont diplômés d'une école d'ingénieurs et plus du tiers (35 %) d'une université. Seulement 3 % sortent d'une école de commerce. A noter que la proportion d'autodidactes est non négligeable (7 %).
Les DSI changent volontiers de poste. La presque totalité d'entre eux (90 %) ont moins de dix ans d'ancienneté à leur poste actuel. Près de 60 % sont là depuis moins de cinq ans.
Recrutement
Parmi les nombreux modes de recrutement possibles, c'est le démarchage par un chasseur de têtes qui l'emporte (environ une réponse sur quatre). La cooptation et l'inscription sur un site d'emploi arrivent ex aequo en deuxième position, ce qui est un peu étonnant pour le recrutement d'un manager de ce niveau. Tous les DSI concernés ne se sont pas exprimés sur cette question.
Pour quatre DSI sur cinq, la prise de fonction à leur poste actuel s'est effectuée tout de suite après leur nomination. Une vingtaine d'entre eux seulement ont pu travailler quelques mois en tandem avec leur prédécesseur. Ils sont encore moins nombreux à avoir eu droit au préalable à une formation à la culture de l'entreprise.
Les deux tiers des DSI ont fait l'objet, de la part de l'entreprise qui les emploie aujourd'hui, d'un recrutement externe. Faut-il en déduire qu'ils n'ont pas trouvé le profil idéal en interne ? La priorité à la promotion interne demeure pourtant la politique affichée de la plupart des entreprises.
Thierry Houdu (groupe HF Company) : “ je pense avoir fait le tour de mon métier ”
“ Après un parcours en SSII, j'ai rejoint HF Company en tant que DSI. Le groupe m'a débauché il y a dix ans, alors qu'il était mon client. A la tête d'une petite équipe de quatre personnes, j'ai des activités très variées puisque j'alterne le management de la DSI, la coordination de la mise en place des nouveaux projets, et une gestion plus opérationnelle. Au début, j'aimais notamment participer à la conception des nouveaux applicatifs. Au terme de cette décennie dans le groupe, je considère que j'ai fait le tour de mon métier de DSI, comme j'avais fait auparavant le tour du métier de consultant en SSII. Je connais donc les deux côtés de la barrière. Ce qui me déplaît aujourd'hui dans ce métier ? Les fournisseurs essaient de vendre aux DSI des usines à gaz, là où la complexité n'a pas lieu d'être. En caressant le projet de devenir un jour consultant, je souhaite faire profiter les autres DSI de ma double expérience. ”
Didier Pompigne (groupe Sonepar France) : “ j'aime inscrire mes missions dans la durée ”
“ Je suis entré il y a quinze ans dans le groupe Sonepar comme DSI de sa filiale CGE Distribution. En 2001, on m'a confié la création du poste de DSI groupe. Mon équipe était de deux personnes. Nous sommes 50 aujourd'hui. La migration d'une informatique répartie sur cinq régions vers un système d'information unique nécessitera encore la création de quelques dizaines de postes et prendra encore au moins deux ans. J'aime inscrire mes missions dans la durée. Mais à plus long terme, tout est envisageable dans la mesure où j'aime les défis et que mon groupe se développe fortement à l'international. Ce que j'apprécie le plus dans mon métier ? La communication avec mes équipes, avec les utilisateurs, avec les fournisseurs, le travail en équipe autour des projets. Et aussi son volet politique. Depuis plusieurs années, le DSI est devenu un vrai manager, qui participe au comité de direction et mène ses missions en phase avec les directions opérationnelles. A l'inverse, il me déplaît de passer de plus en plus de temps à lire et à classer des mails. ”
Georges Epinette (Groupement des Mousquetaires) : “ réussir le bon dosage entre prospective et opérationnel ”
“ Je suis Dosi du Groupement des Mousquetaires et DG de Stime, sa SSII interne, depuis 22 ans. Autodidacte, j'ai mené pendant 36 ans toute ma carrière au sein de DSI d'entreprises utilisatrices. J'apprécie la diversité des sujets que nous brassons : techniques, opérationnels, fonctionnels, stratégiques. Ainsi que la nécessité de concilier les tendances que nous pressentons avec les évolutions organisationnelles. A l'inverse, le cycle budgétaire, chronophage, constitue souvent une épreuve douloureuse. Actuellement, la fonction de DSI est au milieu du gué. Nous sommes toujours les patrons de l'informatique comme nous le vérifions à chaque dysfonctionnement. Mais aussi des stratèges en SI, des conseillers auprès de la DG, des consultants auprès des métiers. Je suis très optimiste sur l'avenir de notre fonction, à condition que l'on sache se fondre dans les valeurs de l'entreprise et s'imposer par notre charisme et notre connaissance des métiers. Ce qui m'incite à rester à mon poste actuel encore quelques années ? Un savant dosage entre opérationnel et prospective, la réflexion prenant de plus en plus d'importance. ”
Emmanuel Starck (Groupe Le Duff) : “ j'envisage d'évoluer vers une autre responsabilité ”
“ Depuis quatre ans, avec mon équipe de 15 informaticiens internes, j'accompagne la refonte des SI du groupe. J'ai débuté ma carrière il y a quatorze ans comme consultant indépendant, en déployant notamment SAP/R3 sur deux sites d'Usinor. Puis j'ai enchaîné trois expériences au poste de DSI, chez Magnetto Wheels France, Altavia et Le Duff. Pour la suite de ma carrière, dans quelques années, j'envisage un autre poste à responsabilité, qui pourrait me permettre de synthétiser mon expérience au travers du conseil et de la prestation de services. Ce qui me passionne d'abord dans mon métier, c'est la diversité des situations à traiter, de mêler le stratégique et l'opérationnel. Je me réjouis aussi de l'évolution que l'on constate depuis dix ans et qui valorise la fonction informatique, désormais de plus en plus intégrée en amont des décisions stratégiques. Nous ne sommes plus un “ mal nécessaire ” ou un simple “ centre de coût ”. Les mauvais côtés du métier ? La conduite du changement est encore trop souvent menée dans l'urgence. On n'attend pas que le changement d'outil soit perçu comme le projet de toute l'entreprise. ”
















