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Les univers 3D sont-ils en train de franchir une nouvelle étape “ métaphysique ” ? C'est l'impression que donne le projet de recherche Solipsis, mené conjointement par Orange Labs, l'Irisa, l'université Rennes 2 ainsi que les PME Archividéo et Artefacto.
Petit rappel. Chez Descartes, le solipsisme, qui a inspiré le nom du projet, est une position philosophique consistant à faire reposer la connaissance du monde sur l'individu et sur sa propre conscience, au lieu de présupposer un ordre suprême émanant par exemple de Dieu. Le célèbre “ Je pense, donc je suis ” en est une bonne illustration.
Eh bien Solipsis, c'est un peu pareil. Face au système centralisé de Second Life (Dieu), il propose une gestion décentralisée, en mode peer-to-peer (l'individu). “ Plutôt que d'héberger l'ensemble d'un monde 3D sur un centre de données de 7 000 serveurs, comme le fait actuellement Second Life, nous proposons que chaque utilisateur sauvegarde lui-même une partie de l'univers. Ainsi, celui-ci appartiendra à l'ensemble des utilisateurs, qui n'auront plus besoin d'une société ni d'une organisation pour gérer leurs contenus 3D ”, explique Romain Piegay, chef de projet chez Orange Labs.
Techniquement, comme cela fonctionne-t-il ? Chaque utilisateur a bien évidemment à sa disposition un navigateur immersif, c'est-à-dire un logiciel client permettant d'explorer librement l'univers de Solipsis. Mais cet outil est complété par un logiciel serveur baptisé “ nœud ” (node), que l'on peut installer séparément sur une autre machine.
Le nœud sauvegarde une partie de l'univers et la met à la disposition des autres utilisateurs quand ceux-ci y pénètrent. Son contenu est répliqué par petits bouts sur les nœuds voisins, ce qui permet d'assurer la continuité dans le temps, même en cas de déconnexion d'un nœud. On retrouve bien là le fonctionnement classique des réseaux peer-to-peer.
Le principal avantage d'une telle infrastructure est sa capacité à monter en charge. “ Le mode centralisé de Second Life n'autorise que 80 avatars dans un même endroit. Au-delà, on génère un goulot d'étranglement. Organiser un concert virtuel dans ces conditions est impossible, explique Romain Piegay. Avec Solipsis, au contraire, il sera possible d'avoir plusieurs milliers d'avatars dans un même endroit. ” En effet, plus il y aura d'utilisateurs, moins la charge par individu sera importante et plus la gestion de l'univers devrait être efficace.
Le revers de la médaille, c'est que si ces utilisateurs sont peu nombreux, les nœuds risquent d'être surchargés. “ Comme avec tout système peer to peer, il faut atteindre une masse critique pour que ça marche. Nous prévoyons d'amorcer la pompe avec des utilisateurs fictifs, qui seront gérés par des robots logiciels ”, précise Romain Piegay.
Solipsis présente un autre avantage important : l'intégration avec des outils 3D externes. “ On pourra par exemple importer des données 3DStudio ou Google SketchUp. Avec Second Life, il faut à chaque fois repartir de zéro quand on crée des objets ”, poursuit le chef de projet.
Reste quand même un problème majeur, pour l'instant irrésolu : les scripts d'animation. Dans Second Life, il est possible d'attribuer aux objets des comportements codés en Linden Scripting Language, dont le calcul est exécuté sur les serveurs centraux. Le groupe de recherche n'a pas encore trouvé le moyen d'exécuter de tels scripts dans un mode décentralisé.
Les chercheurs encouragent vivement les personnes intéressées à rejoindre ce projet 100 % open source afin d'en accélérer le développement. La version 1.0 de Solipsis devrait être présentée à l'occasion d'une “ release party ”, le 19 novembre à La Cantine (Paris IIe).
















