Solipsis, un univers 3D français en peer to peer et en open source
A la gestion centralisée de Second Life, le projet français Solipsis oppose un mode décentralisé, qui permettrait une montée en charge beaucoup plus importante.
01net.
le 04/09/08 à 17h35
Les univers 3D sont-ils en train de franchir une nouvelle étape ' métaphysique ' ? C'est l'impression que donne le projet de recherche
Solipsis, mené conjointement par Orange Labs, l'Irisa, l'université Rennes 2 ainsi que les PME Archividéo et Artefacto.
Petit rappel. Chez Descartes, le solipsisme, qui a inspiré le nom du projet, est une position philosophique consistant à faire reposer la connaissance du monde sur l'individu et sur sa propre conscience, au lieu de présupposer un ordre
suprême émanant par exemple de Dieu. Le célèbre ' Je pense, donc je suis ' en est une bonne illustration.
Eh bien Solipsis, c'est un peu pareil. Face au système centralisé de Second Life (Dieu), il propose une gestion décentralisée, en mode peer-to-peer (l'individu). ' Plutôt que d'héberger l'ensemble d'un monde 3D
sur un centre de données de 7 000 serveurs, comme le fait actuellement Second Life, nous proposons que chaque utilisateur sauvegarde lui-même une partie de l'univers. Ainsi, celui-ci appartiendra à l'ensemble des utilisateurs, qui n'auront
plus besoin d'une société ni d'une organisation pour gérer leurs contenus 3D ', explique Romain Piegay, chef de projet chez Orange Labs.
Des milliers d'avatars dans un seul endroit
Techniquement, comme cela fonctionne-t-il ? Chaque utilisateur a bien évidemment à sa disposition un navigateur immersif, c'est-à-dire un logiciel client permettant d'explorer librement l'univers de Solipsis. Mais cet outil est
complété par un logiciel serveur baptisé ' n?"ud '
(node), que l'on peut installer séparément sur une autre machine.
Le n?"ud sauvegarde une partie de l'univers et la met à la disposition des autres utilisateurs quand ceux-ci y pénètrent. Son contenu est répliqué par petits bouts sur les n?"uds voisins, ce qui permet d'assurer la continuité dans
le temps, même en cas de déconnexion d'un n?"ud. On retrouve bien là le fonctionnement classique des réseaux peer-to-peer.
Le principal avantage d'une telle infrastructure est sa capacité à monter en charge.
' Le mode centralisé de Second Life n'autorise que 80 avatars dans un même endroit. Au-delà, on génère un goulot
d'étranglement. Organiser un concert virtuel dans ces conditions est impossible, explique Romain Piegay. Avec Solipsis, au contraire, il sera possible d'avoir plusieurs milliers d'avatars dans un même
endroit. ' En effet, plus il y aura d'utilisateurs, moins la charge par individu sera importante et plus la gestion de l'univers devrait être efficace.
Le revers de la médaille, c'est que si ces utilisateurs sont peu nombreux, les n?"uds risquent d'être surchargés. ' Comme avec tout système peer to peer, il faut atteindre une masse critique pour que
ça marche. Nous prévoyons d'amorcer la pompe avec des utilisateurs fictifs, qui seront gérés par des robots logiciels ', précise Romain Piegay.
Le casse-tête des scripts d'animation
Solipsis présente un autre avantage important : l'intégration avec des outils 3D externes. ' On pourra par exemple importer des données 3DStudio ou Google SketchUp. Avec Second Life, il faut à chaque fois
repartir de zéro quand on crée des objets ', poursuit le chef de projet.
Reste quand même un problème majeur, pour l'instant irrésolu : les scripts d'animation. Dans Second Life, il est possible d'attribuer aux objets des comportements codés en
Linden Scripting Language, dont le calcul est exécuté sur les serveurs centraux. Le groupe de recherche n'a pas encore
trouvé le moyen d'exécuter de tels scripts dans un mode décentralisé.
Les chercheurs encouragent vivement les personnes intéressées à rejoindre ce projet 100 %
open source afin d'en accélérer le développement. La version 1.0 de Solipsis devrait être présentée à l'occasion d'une
' release party ', le 19 novembre à
La Cantine (Paris IIe).