Actualités Emploi Start-up Evénements 01 Avis d'expert Vidéos Indicateurs Distribution Telecharger Pro Livres blancs

AMQP rajeunit la messagerie interapplicative

Développé par la banque JPMorgan Chase associée à des éditeurs et à d'autres acteurs de la finance, ce protocole vient chatouiller IBM dans un secteur, les middlewares orientés message, où il règne en maître.
envoyer
par mail
imprimer
l'article
partager sur Viadeo
partager sur Facebook
partager sur LinkedIn
partager sur Scoopeo
partager sur Technorati
partager sur Digg
partager sur Delicious
partager sur Google
partager sur Myspace
partager sur Yahoo!

Les faits

En 2003, JPMorgan lançait le développement d'un projet open source de messagerie interapplicative. En 2006, la banque fédérait banques et éditeurs de logiciel autour de son protocole tout neuf, AMQP. De nouvelles spécifications viennent d'être publiées, en attendant la version 1.0 pour fin de l'année.

L'analyse

Avec plus de 10 000 clients à travers le monde, Websphere MQ, ex-MQSeries, est une mine d'or pour IBM. Wintergreen Research estime qu'en 2006, Big Blue a encaissé près de 580 millions de dollars en licence et maintenance… pour un marché total du MOM (middleware orienté message) inférieur à 720 millions de dollars ! Websphere MQ est donc devenu un standard de fait, qu'un groupe de travail initié par JPMorgan – rejoint depuis par Red Hat, Iona, Novell, Cisco puis d'autres banques telles que Crédit Suisse ou Goldman Sachs – a cherché à remettre en cause. Sa proposition : AMQP (Advanced Message Queuing Protocol), un protocole de messagerie interapplicative ouvert que tous les éditeurs pourront implémenter dans leurs solutions d'intégration. “ L'idée de départ de JP Morgan était de créer en interne un MOM et ainsi de se passer de MQSeries quand c'était possible, raconte Jérôme Parel, directeur général d'Iona France. MQSeries a été débarrassé de tout ce qui n'était pas utilisé et y a ajouté le transfert de fichiers, très important dans le secteur bancaire. ” AMQP se présente donc comme un middleware interchangeable face aux solutions basées sur des protocoles propriétaires. “ Les clients acceptent de moins en moins des tarifs élevés sur des couches de communication qui sont maintenant considérées comme des commodités ”, ajoute Jérôme Parel.

Une prime à la stabilité pour les leaders

Aux accusations de monopole, Philippe Bournhonesque, directeur de la stratégie IBM Software Group pour IBM France, réplique : “ On a de nombreux compétiteurs sur ce marché et notre base client est en forte croissance. Il faut savoir que le MOM est au cœur de tout un ensemble d'outils de supervision et de sécurité. Le prix d'une migration est certainement dix fois supérieur à notre coût de licence. ” Stefan Forestam, directeur produit de Tibco Software Europe, ajoute : “ Notre MOM Rendezvous répond aux besoins des entreprises en termes de fiabilité totale et de faibles temps de latence. Des caractéristiques qui sont très complexes à implémenter. La vérité est qu'il n'y a pas véritablement de demande pour AMQP. ” Ce n'est pas l'avis d'Hervé Lemaitre, responsable technologie chez Red Hat : “ Si on a décidé d'y aller, c'est qu'il y a une demande ! ” Et de préciser : “ Nous avons pour habitude de nous engager dans un projet open source dès qu'il existe une impulsion de la part de la communauté. On contribue à AMQP, mais c'est un projet piloté par des acteurs de la finance, un marché qui est le premier en valeurs pour Red Hat. ”

Pour l'instant, Websphere MQ bénéficie de la loi de Metcalfe : les grandes entreprises qui l'utilisent déjà en redemandent et poussent leurs filiales et partenaires à s'équiper, comme le souligne Philippe Bournhonesque : “ Notre croissance s'effectue auprès de nos clients MQ traditionnels qui opèrent des déploiements à grande échelle dans de nouveaux pays. De même, IBM conquiert de nouvelles références dans les pays émergents comme l'Inde. En outre, nous avons doté Websphere MQ de protocoles tels que le Low Latency Messaging, ce qui nous rend compétitifs sur des appels d'offre pour équiper les salles de marché ou les opérateurs télécoms. ”

Les ESB incapables de rivaliser

Paradoxalement, l'avènement d'internet comme moyen d'échange de données et du SOA comme modèle d'architecture n'a pas torpillé un MQ pourtant associé à son origine avec CICS. Bien au contraire : “ Soap, JMS, MSMQ et les autres systèmes de messagerie n'ont pas les fonctions de découplage inclues dans Websphere MQ et ne sont pas positionnés pour le concurrencer sur le marché des messageries critiques ”, estime Susan Eustis, présidente de Wintergreen Research. Luc-Michel Demey, consultant indépendant spécialisé sur les technologies IBM Websphere et Websphere MQ, ajoute : “ JMS n'est qu'une API mais se montre incapable de transmettre des données d'une JVM à une autre. Pour cela, il lui faut un MOM à l'image de Websphere MQ qui prend en charge JMS. ”

Les ESB doivent faire leurs preuves en termes de fiabilité et sécurité avant que les entreprises ne songent à cette nouvelle génération de bus pour l'échange des données critiques. D'autant que Java EE n'est pas encore synonyme de haute disponibilité ni de gros volumes de traitement dans le domaine du MOM. Ainsi depuis la version 6 de Websphere, le serveur d'application IBM embarque une version Java de Q-Manager, le broker de Websphere MQ, apte à répondre, et cela gratuitement, à bon nombre des besoins de messagerie d'une PME ou d'une filiale de grand groupe. Une aubaine pourtant boudée par les entreprises, comme le souligne Luc-Michel Demey : “ Un de mes clients a préféré s'acquitter de 12 licences Websphere MQ à 20 000 euros pièce plutôt que d'opter pour cette version gratuite. Car ce qu'on achète à IBM, c'est en premier lieu… la tranquillité ! ”.

Plusieurs implémentations d'AMQP déjà disponibles

Face aux spécialistes du MOM, la communauté AMQP fait preuve de dynamisme et les spécifications de leur middleware disposent déjà de plusieurs implémentations. JPMorgan Chase a mandaté iMatix pour fournir une première implémentation de référence de la spécification : OpenAMQ. Red Hat et Iona se sont alliés pour mener le projet Apache Qpid. Rabbit-MQ est une implémentation écrite en langage Erlang qui vise le marché des télécoms. OpenAMQ et Qpid sont tous deux en production chez JPMorgan Chase et, déployés auprès de 2 000 utilisateurs sur cinq continents, ils assurent l'acheminement de 300 millions de messages par jour. A partir de l'expérience acquise dans le projet Qpid, Red Hat a bâti une plate-forme de messaging accompagnée d'une offre commerciale d'assistance professionnelle.

AMQP s'attaque donc à forte partie, mais dispose de quelques atouts. Techniquement, les spécifications déjà publiées sont jugées intéressantes par les experts. Codage binaire pour les performances et transferts de fichiers répondent de façon pragmatique aux besoins des entreprises. C'est là le principal avantage d'AMQP qui se veut une norme portée par les utilisateurs et non pas par des industriels. “ Les spécifications sont restées très simples du point de vue sémantique et générique pour répondre à de nombreux besoins ”, explique Arnaud Simon, ingénieurs chez Red Hat affecté à AMQP. “ Du point de vue réseau, il peut mettre en œuvre les couches transport TCP, SCTP ou Infiniband. On peut déployer un middleware AMQP en cluster sans avoir recours à une technologie propriétaire. Autre particularité appréciable : en l'utilisant, on dispose d'un client Java qui permet d'utiliser l'API JMS, de clients C++, Python, Ruby et même d'un client .Net développé en C#. ”

Un point faible à signaler, quand même : l'absence d'un éditeur majeur de l'intégration dans le groupe de travail comme le souligne Marc Boullier, directeur technique de Vistali : “ AMQP est à surveiller mais l'alliance reste assez faible. Force est de constater que si d'autres acteurs du monde réseau ou du monde middleware ne se joignent pas à cette initiative, AMQP n'a peut-être pas de si beaux jours devant lui. ”

Une domination sans partage d'IBM

Websphere MQ représentait 80 % du marché de la messagerie interapplicative critique en 2006. Le besoin en MOM continue de s'accroître rapidement. Estimé à 718 M$ en 2006, il dépassera 1 Md$ en 2009 et 2,24 Md$ en 2013.

15 ans d'initiatives des acteurs du MOM

Mars 1992 : IBM lance MQSeries.
Décembre 1994 : Tibco Software commercialise son MOM, Rendezvous.
Septembre 1998 : lancement de Message Queue Server 1.0 par Microsoft.
Fin 1999 : Progress Software lance SonicMQ, premier ESB sur le marché.
Mars 2002 : MQSeries devient Websphere MQ.
2003 : début du développement d'un système de messagerie interne par JPMorgan.
2001 : publication des spécifications JMS 1.0 par Sun Microsystems.
2006 : premières spécifications AMQP.
Fin 2008 : version 1.0 d'AMQP.

Une génération de MOM issue du cloud computing ?

La multiplication d'applications web 2.0 ainsi que le cloud computing ont fait apparaître de nouveaux besoins en termes de MOM. Amazon a montré la voie avec SQS (Simple Queue Service), un protocole de diffusion de messages couplé à son service d'hébergement d'application Amazon Elastic Compute Cloud. Une véritable offre Maas (MOM as a service) est en train d'émerger : OnlineMQ, Linxter, Boomi… Ni IBM, ni Tibco ne vont proposer leur MOM en mode Saas, mais chacun propose des versions allégés. IBM a implémenté Bayeux, le protocole de messagerie de Dojo, et Tibco a lancé voici un an Pagebus, un bus de message développé en Javascript que l'éditeur a mis à disposition du groupe Openajax. “ Le MOM traditionnel et ces solutions sont deux marchés importants pour Tibco. S'ils ne fusionneront pas, ces deux mondes vont de plus en plus interagir ” estime Stefan Forestam, de Tibco.

2 questions à… : John O'Hara, directeur exécutif de JPMorgan

Qu'apporte AMQP face aux MOM traditionnels ?

“ Les MOM sont parfaits pour un fonctionnement en interne. Mais pour échanger des messages entre entreprises, des standards ouverts sont nécessaires. AMQP stimule l'innovation, la compétition et la valeur. Et permettra à de nouveaux entrants de proposer des approches originales. ”

Bousculer le leader, est-ce possible ?

“ Prenons un exemple dans la finance : la prévalence de FIX pour acheter et vendre des titres. Ce protocole ouvert a été développé par les utilisateurs pour surmonter les problèmes engendrés par une pléthore de protocoles de trading propriétaires. Petit à petit, la valeur de cette connectivité universelle a conduit toutes les bourses à abandonner leurs standards propriétaires pour adopter FIX. Je crois que nous avons atteint le même point d'inflexion avec AMQP. ”

Ce qu'ils en pensent : AMQP peut-il remettre en cause la forte implantation de Websphere MQ ?

NON - Luc-Michel Demey : “ IBM Websphere MQ, c'est aujourd'hui le TCPI/IP des applications ! ”

“ L'idée de départ d'AMQP, créer un standard ouvert, est très bonne. L'approche libre apporte un certain nombre d'avantages en termes de qualité du code et de pérennité du produit. Toutefois, je doute énormément sur la capacité d'adoption par le marché d'un produit type AMQP, qui n'est pas pour l'instant interopérable avec le standard de facto qu'est IBM Websphere MQ. Car la communauté MQ est beaucoup plus dynamique qu'on ne le pense. Autant une plate-forme libre compatible avec le protocole channel de Websphere MQ pourrait faire très mal, autant une entreprise qui fait le choix d'AMQP va se couper des autres entreprises. Or dans 95 % des cas Websphere MQ est exploité pour interconnecter des SI hétérogènes. ”

OUI - Cyrille Le Clerc (Xebia) : “ le protocole AMPQP est un gage d'indépendance par rapport aux éditeurs ”

“ Le secteur bancaire reprochait à IBM et Tibco de profiter de leur situation dominante sur le marché des middlewares de messages pour exercer des prix excessifs et créer des verrouillages technologiques injustifiés. AMQP est non seulement un standard mais se traduit aussi par le lancement de projets open source d'implémentation du protocole. Ces deux aspects sont aujourd'hui combinés pour garantir l'indépendance face aux éditeurs. Cependant, sans le soutien d'un acteur décisif comme Oracle, AMQP a peu de chances de percer. De plus, avec les innovations et les toilettages de MQ 7, Websphere 6.1 et MQ Low Latency Messaging 2, IBM a rappelé la force et les ambitions de son offre propriétaire sur ce marché très lucratif. ”

publicité
à lire aussi
SUR LES MÊMES THÈMES
Sopra résiste dans l’Hexagone
L’offre payante de Talend disponible en mode Saas
Steria hérite du projet de paie interarmées
Talend se projette en industriel de l'infrastructure
Les nouveaux territoires du MDM
Les ETL motorisent les plates-formes décisionnelles
La qualité de données s'invite dans l'ETL
Dunkerque confie ses interfaces à l'EAI iBolt
Les événements complexes au cœur du SOA
RFI orchestre ses flux radio avec Biztalk
Tibco se lance dans la quête du temps réel
Oracle fanfaronne à nouveau autour de Fusion Middleware
L'ETL de Talend accessible à la demande
Le décisionnel au service des processus
Quand la ToIP se met au courant sur Ethernet
Phildar choisit un progiciel pour refondre son réseau de distribution
Quand un EAI léger marque la première étape dans un projet d'urbanisation
Le Cigref refond son référentiel des métiers du SI
La fibre optique peu accessible aux PME
01Informatique
01 INFORMATIQUE
L'hebdo de référence des décideurs informatiques.
Micro Hebdo
MICRO HEBDO
L'hebdo qui vous simplifie la micro
et Internet.
L'Ordinateur Individuel
L'ORDINATEUR INDIVIDUEL
Le mensuel informatique qui vous informe et vous conseille.
Tous droits réservés © 1999 - 2009 Internext - 01net.