











Après des résultats catastrophiques, Ares a décidé en juin dernier de se séparer progressivement de ses activités hors services informatiques. Au mois de juillet, le distributeur intégrateur a été placé en redressement judiciaire.
Placement en redressement judiciaire d'Ares et vente de ses activités infrastructures à SCC et Cheops, cession du grossiste Logix par Groupe Open… Le monde des grands distributeurs intégrateurs généralistes s'est quelque peu redessiné ces derniers mois. Cette nouvelle étape dans la consolidation n'est pourtant pas à mettre sur le compte des conditions de marché, plutôt favorables. Certes, ces acteurs sont confrontés à une pression constante sur les marges au niveau du matériel, mais, au final, celles-ci ont plutôt stagné voire seraient en légère hausse, selon certains.
Beaucoup se refusent donc à évoquer une dégradation du marché. “ Cette nouvelle étape est surtout liée aux difficultés d'Ares qui était la référence en termes de vente et d'intégration d'infrastructures, juge Jacques Vincent, directeur général de SCC France (ex-Allium), l'un des deux plus gros distributeurs en France avec Computacenter. Le mouvement de consolidation ne s'accélère pas soudainement. C'est une fausse impression. ”
Un point de vue partagé par les dirigeants de Groupe Open qui invoquent d'autres raisons pour justifier la vente en début d'année de son activité de grossiste Logix au groupe américain Arrow. “ Les perspectives étaient plutôt bonnes mais il nous fallait faire un choix de financement. Nous avons décidé de conserver la partie services (Teamlog - NDLR), dont la contribution au résultat était plus forte ”, explique Guy Mamou-Mani, son directeur général. Grossiste d'un côté, SSII de l'autre, le groupe ne pouvait pas continuer à faire le grand écart. Depuis, il a porté sa participation dans la société Teamlog à 98,2 % et lancé dans la foulée une OPA sur la SSII nordiste Sylis.
Les difficultés d'Ares ne datent en fait pas d'hier. Il y a deux ans, le groupe avait déjà livré une perte de 12 millions d'euros. Mais l'exercice 2007-2008, achevé avec un déficit de 29 millions pour un chiffre d'affaires de 329 millions, a conduit les dirigeants à prendre des mesures radicales : vendre le pôle de distribution et d'intégration d'infrastructures pour ne conserver que la partie consacrée aux services informatiques. C'est d'ailleurs l'orientation à marche forcée vers les services, menée depuis deux ans par la nouvelle direction, sous la houlette de Michel Berjamin, qui a, semble-t-il, fragilisé la société. La montée en puissance des concurrents directs d'Ares sur le marché de l'intégration d'infrastructures, la faible cohésion entre les différentes sociétés du groupe ou encore le manque d'adhésion des équipes à la stratégie expliquent aussi ses déboires.
Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, la société britannique SCC monte en puissance grâce au rachat des activités d'Ares en Ile-de-France (environ 100 millions d'euros de revenus). SCC revendique désormais 350 millions d'euros de chiffre d'affaires dans la vente-intégration d'infrastructures (sur un total de 800 millions environ). Des revenus désormais supérieurs à ceux de son activité de distribution volume (environ 270 millions d'euros). Autre concurrent direct d'Ares, Econocom doit sa bonne santé à un panel de métiers élargi. Le groupe franco-belge se partage entre son activité historique de financement d'actifs, les services d'infrastructures et les services télécoms. La distribution de solutions d'infrastructures ne représente que 27 % de son chiffre d'affaires, qui a crû de 4,8 % au dernier semestre.
Le groupe Overlap reste une réussite à part. La société est passée de 24 millions d'euros de chiffre d'affaires en 1999-2000 à 154 millions l'année dernière. Elle s'est d'abord appuyée sur une activité très rentable de distribution de mainframes IBM avant de racheter l'an dernier IB Group, spécialiste des serveurs HP. Loin de se désengager de la vente de matériel, la société s'appuie sur cette activité pour vendre des services de consolidation ou d'architecture de systèmes d'information. Son profil de distributeur de serveurs haut de gamme la protège quelque peu des soubresauts extérieurs.
Qu'est ce qui vous différencie d'un acteur comme Ares ?
“ Depuis que nous sommes en bourse, on nous compare à Ares. Pourtant nous sommes différents. Notre métier est exclusivement tourné vers les infrastructures – haut de gamme, avec de très gros serveurs – et 30 % de notre activité est en services associés. Le matériel que nous vendons aux grands comptes est stratégique dans l'optique d'une consolidation de leurs infrastructures. Ares, même après la vente de son activité volume micro, avait un barycentre infiniment plus bas. En outre, tous les services délivrés sont liés à ce matériel. Ce qui n'était plus le cas d'Arès. ”
Comment s'en sortir sur un marché aux marges en baisse constante ?
“ Cette baisse n'est absolument pas une préoccupation. Elle est d'ailleurs largement compensée par la hausse des services, à condition d'intégrer les ventes de matériel et de services dans la même démarche. Chez certains de nos concurrents, les services délivrés et le matériel vendu sont décorrélés. Le discours qui consiste à se désengager de la vente de matériel pour faire du service nous semble terriblement faux. Notre légitimité chez les clients vient au contraire de la vente de matériel. ”
