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Lors de l'ouverture de la Conférence internationale sur l'Internet des objets, qui s'est tenue lundi à Nice, les intervenants – tous prestigieux – ont chacun donné leur vision de ce que pourrait et devrait être ce nouveau réseau planétaire. Son ambition est de donner à chaque objet, à la fois un identifiant numérique, une certaine intelligence embarquée et la capacité de communiquer sur la Toile.
“ L'Internet des objets permettra par exemple d'envoyer un SMS à la chaudière de sa maison de campagne afin qu'elle se mette en route, plusieurs heures avant de s'y rendre ”, explique simplement Viviane Reding, Commissaire européenne pour la Société de l'information. Mais pour l'instant, cet Internet des objets reste avant tout à l'état de concept, car rien n'a encore été arrêté sur la manière concrète de le mettre en oeuvre.
Un concept venu dans un premier temps de l'intégration potentielle de deux technologies : d'une part, la technologie IP, qui permet de donner un identifiant unique à une machine sur Internet, et d'autre part la technologie RFID qui permet d'étiqueter de manière unique un objet, de lui adjoindre une petite mémoire numérique et de communiquer électroniquement avec.
Mais pour l'instant, les deux fonctionnent encore de manière totalement isolée. La première utilise des adresses IP quand la seconde s'appuie principalement sur des identifiants EPC (Electronic Product Code), notamment dans les secteurs de la grande distribution et de la logistique.
L'histoire ne dit pas encore lequel de ces deux identifiants sera retenu pour l'Internet des objets, même si pour Viviane Reding, cela ne semble faire aucun doute : “ Demain, chaque objet aura sa propre adresse IP et l'on pourra, grâce aux nanotechnologies, connecter des objets de plus en plus petits ”. Il faudra d'ici là avoir résolu a minima le problème de la pénurie d'adresses Ipv4, en passant à Ipv6, un protocole que la commissaire compte bien soutenir fortement.
Mais plus généralement, de nombreux problèmes techniques restent à surmonter pour atteindre ce “ graal ” des réseaux : “ La chaîne technique de l'Internet des objets est complexe, elle va nécessiter une intense normalisation pour réaliser les interfaces entre les briques logicielles, les réseaux, les serveurs d'applications, etc. ”, souligne Marc Fossier, directeur des stratégies technologiques chez France Télécom.
Pour George Rittenhouse, vice-président des Bell Labs Research, “ le réseau Internet est déjà bien congestionné, alors que se passera-t-il lorsque l'on ajoutera entre 10 et 100 puces communicantes par individu ? De notre côté, nous travaillons sur le traitement au niveau local des informations, afin de pas augmenter le trafic sur Internet ”.
Côté usage, l'Internet des objets suscite bien des questions concernant le respect de la vie privée des citoyens. “ La traçabilité des objets ne doit pas se transformer en traçabilité des personnes ”, rappelle Marc Fossier. Sur ce point, Eric Besson, secrétaire d'Etat au Développement de l'économie numérique réclame “ le droit des citoyens de désactiver les dispositifs, c'est-à-dire le droit au silence des puces ”. Un droit qui pourrait se révéler en contradiction avec l'exigence de traçabilité des biens de consommation.
Bref rien n'est encore écrit sur la manière de créer et d'utiliser ce nouvel Internet. Pourtant, tous les spécialistes s'attendent à un bouleversement en profondeur du réseau mondial. “ L'avenir de l'Internet est imprévisible, mais je suis persuadé que l'Internet des objets va radicalement changer nos vies ”, assure George Rittenhouse, des Bell Labs Research. Même conviction pour Bernard Benhamou, délégué aux usages de l'Internet, du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche : “ La sortie de la RFID du secteur de la logistique est toute réçente, et je pense que l'ensemble de la filière TIC va en être bouleverséé ”.
















