La maturité de l'open source reconnue par les entreprises
Les ventes mondiales de serveurs Linux pèseraient plus lourd que celles liées aux grands systèmes IBM. La France est loin d'être en retrait dans l'adoption de l'open source, notamment grâce au secteur public. La vague Linux et la percée du libre dans les serveurs d'application se conjuguent avec des offres plus matures.
01 Informatique
le 08/10/08 à 10h00
sommaire
Voir tout le sommaire
Le flirt presque clandestin des serveurs d'entreprise avec les logiciels libres et open source est devenu, en quelques années, une prospère union bourgeoise. Moins d'une décennie après la naissance des premières distributions Linux d'entreprise (en 2000), accompagnées d'un support technique idoine, IDC affirme que les ventes de serveurs Linux ont pesé 1,9 milliard de dollars au second trimestre 2008. Cela représente plus de 14 % de la valeur mondiale de ce marché – plus que les grands systèmes IBM –, et cela avec une joyeuse croissance de 10 % par rapport à l'année précédente. Pour les quatre années à venir, Gartner accorde à Linux de radieuses perspectives : 9,3 % de croissance annuelle moyenne en valeur pour les ventes. Pour une fois, la France se trouve tout près du centre de cette évolution informatique. Une étude Pierre Audoin Consultants révélait en début d'année que, en 2007, le marché des logiciels et services autour du libre et de l'open source avait crû, toutes activités confondues, de 66 %. Selon Mathieu Poujol, directeur technologies chez PAC, “ la France est le pays où l'activité autour du libre est la plus intense, pas forcément le plus important en valeur mais celui où on trouve le plus de logiciels libres toutes catégories confondues ”. Un statut pionnier qui a provoqué dernièrement la parution d'une série d'articles dans la presse spécialisée américaine.
Le secteur public en fer de lance du libre
Plusieurs raisons à cela : une tradition du développement spécifique dans l'Hexagone, la volonté politique d'encourager l'usage des logiciels libres, notamment dans l'administration et le secteur public en général, l'existence d'un marché scientifique et technique très tôt conquis au modèle, et l'arrivée sur le marché du travail de générations d'ingénieurs et de techniciens correctement formés à ce domaine.
Cette vaste adoption des logiciels libres a provoqué la maturation d'un écosystème diversifié. En 2000, Red Hat engrangeait 42 millions de dollars de chiffre d'affaires. En 2007, 400 millions. L'éditeur espère vite atteindre le symbolique milliard de dollars qui le projettera dans la cour des (très) grands. On a vu aussi Oracle se lancer dans la commercialisation de sa propre distribution, directement dérivée de Red Hat Entreprise Linux (RHEL). Novell mise en partie son futur développement sur la vente de la distribution Suse Linux et voit ses ventes progresser rapidement. Les stratégies de Red Hat et Suse divergent en tout point. Le premier parie sur la mise à disposition d'une pile technique pour serveurs d'infrastructures la plus complète possible. Le second, désormais étroitement associé à Microsoft, joue plutôt sur l'interopérabilité et la compatibilité de son offre avec les autres environnements, Windows en tête. Red Hat promeut une approche globale ; Novell une capacité à se couler dans l'existant.
Si les éditeurs de distributions serveurs font jeu à deux, les prestataires de services se sont multipliés. Rien d'étonnant pour le pays qui inventa la SSII. D'une part de nombreuses sociétés traditionnelles se sont dotées d'une branche open source, parfois affublée d'une identité légèrement différente pour ne pas effrayer certains éditeurs partenaires. De l'autre, les sociétés de services en logiciel libre continuent leur développement, exerçant souvent un rôle médian entre le prestataire de services traditionnel et l'éditeur par leur contribution aux différents projets, contributions orientées par les besoins de leurs clients.
Un marché toujours sous l'emprise de Microsoft
Cette infographie présente les chiffres d'affaires, en milliards de dollars, des différents systèmes d'exploitation tels que Gartner les a observés depuis 2006 et tels qu'il les prévoit jusqu'en 2012. Le rythme de croissance de Linux est soutenu.
Glossaire
Unix est un modèle générique établit à la fin des années 1960 pour décrire le mode de fonctionnement d'un système d'exploitation. Il en existe différentes implémentations, propriétaires (AIX d'IBM, HP-UX de HP, Solaris de Sun, Mac OS X d'Apple) ou non (Linux, FreeBSD, OpenBSD, NetBSD). Un binaire compilé pour l'une de ces implémentations ne fonctionnera pas sur les autres. En revanche, son code source doit se recompiler simplement pour tourner sur toutes, pour peu qu'elles possèdent les bibliothèques nécessaires. Si l'administration graphique est propre à chaque système, les commandes sont les mêmes et les scripts d'administration sont facilement portables d'un Unix à l'autre, en prenant toutefois garde de s'abstraire des subtilités du système de fichiers de chacun.
Une distribution Linux est un assemblage donné des briques disponibles pour composer le système, à savoir un noyau, des commandes d'administration GNU, des outils, des services et des applications open source tiers, ainsi que d'autres utilitaires développés spécifiquement par l'éditeur. Les distributions varient dans l'emplacement de certains fichiers et le format des archives. Les logiciels tiers se téléchargent depuis des sites dits de dépôt (repositories, en anglais) propres à chaque distribution. Un binaire pour Red Hat fonctionnera sur Suse, mais son mode d'installation sera différent.
Des logiciels sont open source à partir du moment où l'accès à leur code est libre. Différentes licences réglementent l'exploitation de ce code, allant de l'utilisation illimitée (BSD) à l'interdiction de s'en servir pour recompiler des binaires (Shared Source, de Microsoft). La licence GPL de Linux autorise toute exploitation du moment que du code propriétaire n'est pas ajouté et que les modifications sont rendues publiques.