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Conflit russo-géorgien : théâtre d'une guerre de l'information ?

Daniel Ventre, CNRS, chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales. Il est l'auteur de La guerre de l'information (Editions Hermès Lavoisier).
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Dès le 8 août 2008, début du conflit russo-géorgien, de nombreux sites internet géorgiens et russes ont été pris pour cible, sous le feu d'attaques de dénis de service (DDoS) et d'intrusions. Résultats : des serveurs paralysés, des sites web défigurés. Sur son site, le ministère des Affaires étrangères géorgien affirmait qu'une campagne de cyberguerre était organisée par la Russie, et Mikhail Saakashvili déclarait que “ parallèlement à l'agression militaire, la Fédération de Russie bloquait les portails internet géorgiens ”, donnant matière à un véritable emballement médiatique autour de cette facette du conflit. La cause semblait entendue : la Russie était à l'origine de ces agressions, et il s'agissait bien d'une guerre de l'information, d'une cyberguerre.

Plusieurs sites sensibles paralysés

Parmi les “ victimes ” géorgiennes on compte, entre autres, le propre site du président Mikhail Saakashvili, ceux du ministère des Affaires étrangères, du Parlement, du ministère de la Défense. Les défigurations ont tout simplement consisté à remplacer les pages officielles par des photomontages associant l'image du Président géorgien à celle d'Hitler. La Russie et l'Ossétie du Sud furent également touchées par ces attaques frappant les sites d'agences de presse et de médias (RIA-Novosti, osinform.ru, osradio.ru, etc.).

C'est sur la base de ces quelques maigres déclarations et informations qu'est née la vague d'articles déferlant sur le net et dans la presse, croyant sans doute voir là les prémisses d'un conflit révolutionnaire dans sa forme, reprenant et développant à satiété cette idée de cyberguerre livrée sans merci entre les belligérants.

Les militaires à l'origine des attaques ?

Pourtant nul ne sait réellement si l'affaire russo-géorgienne a accouché d'une nouvelle cyberguerre, d'affrontements réels dans le cyber-espace ou bien s'il s'agit plus simplement de l'œuvre de délinquants opportunistes. Les interrogations restent entières. Qui est à l'origine des attaques : les militaires russes et géorgiens, en accompagnement de leurs opérations ? Des “ hacktivistes ” ? Des hackers profitant de la situation ? Des gouvernements alliés ? Qui peut bien se cacher derrière la signature “ South Ossetia Hack Crew ”, revendiquant la défiguration du site du Parlement géorgien ? Faut-il encore s'étonner de ces quelques saturations de serveurs et défigurations de sites qui ne sauraient, certes, résumer à elles seules les capacités de guerre de l'information, mais que l'on relève désormais partout dans le monde, dès que survient une crise ou un conflit ?

Des pratiques devenues courantes

En avril 2008, par exemple, des sites albanais ont été défigurés avec des slogans de propagande pro-Kosovo. Le 1er juillet 2008, quelque 300 sites ont aussi été déformés en Lithuanie et ce, suite à l'adoption d'une loi interdisant l'affichage public de symboles datant de l'ère soviétique et de jouer l'hymne national soviétique. Ces pratiques sont donc devenues courantes et ne peuvent surprendre personne, en tous les cas pas un gouvernement habitué à voir sa sphère informationnelle maltraitée. Bien sûr, être conscient des risques ne signifie pas être en mesure de les contrer.

L'espace informationnel est désormais la 4e dimension incontournable du combat après la terre, l'air et la mer. Une dimension qui leur est aussi transversale, et pourrait même étendre la guerre jusqu'à l'espace si l'on prenait pour cibles les satellites d'observation ou de communication. Il est donc fortement probable que le conflit russo-géorgien ait été le théâtre d'opérations de guerre de l'information. L'absence d'information en provenance directe du terrain des opérations militaires russes et géorgiennes interdit cependant une analyse plus méthodique, et surtout des conclusions hâtives sur la nature de ces cyber-attaques.

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