“ Toute la logistique mondiale ne doit pas dépendre du département du commerce Américain ”
Pierre Georget, directeur de GS1 France, organisme de gestion des étiquettes RFID, explique l'enjeu politique de l'Internet des objets.
01net.
le 09/10/2008 à 12h20
Pour le directeur de l'organisme qui gère les étiquettes RFID, l’un des défis à surmonter pour créer un nouvel Internet des objets est la mise en place d’un mode de gouvernance équilibré entre tous les pays du monde.
01net. : d'où vient le terme “ Internet des objets ” qui semble soudain émerger ?
Pierre Georget : En réalité, il n'est pas si nouveau, puisqu'il a fait son apparition dans les années 2000, sous la plume de Sanjay Karma, professeur au MIT et de Kevin Ashton, chef de produit chez Procter et Gamble. Ces deux-là, avec d'autres, sont à l'origine de la RFID à vocation commerciale que l'on connaît aujourd'hui, et de l'identification via les codes EPC, qui s'appelaient à l'époque Auto ID.
Quelle est l'activité historique de GS1 et quel peut-être votre rôle dans ce nouvel eldorado des réseaux ?
Notre activité historique est la gestion au niveau mondial des identifiants des codes-barres que l'on trouve sur n'importe quel produit du commerce. Nous sommes une association à but non lucratif, présente dans 108 pays dont l'objectif est d'allouer aux industriels des plages d'identifiants de codes-barres pour étiqueter leur marchandise. Notre activité est comparable à celle de L'Icann pour la gestion des adresses IP.
Progressivement, nous nous sommes intéressés à la technologie RFID, en tant que successeur naturel du code à barre, pour en devenir aujourd'hui l'organisme d'administration du système EPC Global. De la même manière nous allouons des plages d'identifiants EPC aux industriels.
Quelles sont les principales différences entre l'étiquetage par code-barre et l'étiquetage par RFID ?
Un code-barre va définir une classe de produits : un paquet de biscuits, une bouteille de Coca de 33 cl, une bouteille d'eau, etc. Mais à l'intérieur d'une classe de produits, chaque élément va avoir le même numéro et le même code-barre,qui n'est pas un numéro de série à la différence de l'identifiant EPC des étiquettes RFID.
Le code EPC de chaque étiquette est unique, ce qui permet une bien meilleure traçabilité pour l'industriel. Le format EPC ajoute 18 chiffres aux treize chiffres du code à barres, ce qui permet d'adresser une quantité quasi infinie de produits.
Où en est actuellement la mise en œuvre du système de nommage ONS du système EPC Global ?
Le premier ONS (Object Naming Service) a été mis en oeuvre par la société Verisign, qui est également à l'origine du système DNS (Domain Name System). Mais actuellement, le DNS de l'Internet est dépendant à la fois du département du commerce américain et de la société Verisign, qui possèdent deux serveurs racine.
Afin que les erreurs de gouvernance de l'Internet réel ne se reproduisent pas pour l'Internet des objets, nous avons lancé en avril dernier au niveau de GS1 France, notre propre ONS, que nous avons commandé auprès d'Orange. En mai, nous en avons fait don à la Commission européenne afin que l'Europe soit dotée d'un serveur racine pour l'Internet des objets. Actuellement, les deux ONS ne sont pas interopérables. Il est primordial que les gouvernements aient un contrôle sur la partie du système de nommage qui les concerne. Toute la logistique mondiale ne doit pas dépendre du département du commerce américain.